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Un homme souriant portant un parka rouge et un chapeau de fourrure est assis face à un agent de la GRC portant un parka.

Voix des aînés et des gardiens du savoir, voie de la réconciliation

Les agents de la GRC dans le nord du Manitoba rencontrent des chefs et des dirigeants autochtones et assistent à des événements culturels et à des cérémonies traditionnelles pour mieux comprendre la réconciliation.Crédit Crédit : Andrew Marshall, GRC

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En ce glacial après-midi de décembre, dans le nord du Manitoba, au rythme du tambour et des chants, neuf personnes sont assises en cercle sous une petite tente en forme de coupole faite de branchages de saule recouverts d'une bâche épaisse.

À l'intérieur, l'aîné cri Mervin McKay, ses deux assistants et quelques employés et policiers de la GRC ne sentent pas le froid, malgré une température extérieure inférieure à -30 °C.

Pour cette suerie traditionnelle, les participants entrent dans la tente à quatre pattes et s'assoient autour de pierres ardentes logées dans un trou creusé à même le plancher de bois. Une fois refermée l'entrée de la hutte, pendant que se poursuivent chants et bruits de tambour, M. McKay asperge périodiquement les pierres d'eau pour générer de chaudes vapeurs qui font monter la température. De temps à autre, lui ou l'un de ses assistants y jette de la sauge et du foin d'odeur.

Se raconter

Pendant que l'arôme emplit l'espace, M. McKay se met à évoquer l'histoire de son peuple. Il explique que les branchages de saule représentent les stades de la vie et que cette cérémonie est une forme d'ablution. Après l'avoir écouté, les policiers et employés de la GRC le remercient de leur avoir donné l'occasion de se joindre à lui et de réfléchir aux enseignements qu'ils espéraient tirer de l'expérience.

Cette coutume autochtone pluriséculaire a été bannie au Canada de 1925 à 1951, année où la Loi sur les Indiens a été modifiée. Les sueries sont censées aider les participants à se sentir en communion avec la nature et son créateur et à faire entrer l'harmonie dans leur vie. « La hutte de sudation représente les entrailles de notre mère la Terre », commente l'aîné, qui organise des sueries sur sa propriété, près du centre-ville de Thompson (Manitoba).

Écouter, apprendre

Pour le surintendant Ryan Mitchell de la GRC, l'ancien responsable du district du Nord du Manitoba, cette suerie succédait aux nombreuses autres qu'il a vécues depuis qu'il travaille dans la région, soit depuis 18 mois. « Mon but était de me mettre en lien avec les chefs de détachement, les grands chefs, les chefs, les aînés et les gardiens du savoir afin d'apprendre de leur expérience. »

Dans le nord du Manitoba, il est maintenant usuel que les policiers rencontrent les chefs et dirigeants autochtones, suivent des cours de sensibilisation aux Premières Nations et participent à des activités pour les jeunes, à des festivals locaux, à des événements culturels et à des cérémonies traditionnelles comme des sueries, des pow-wow et des séances de purification.

Selon le surintendant Mitchell, même si leur rôle opérationnel demeure central, les policiers devraient, quand ils en ont le temps, s'investir dans le travail de réconciliation avec les communautés locales.

Pour M. McKay, les efforts déployés par des policiers comme le surintendant Mitchell ne sont qu'un des moyens de susciter le respect mutuel entre Autochtones et non-Autochtones du Canada : « Si vous ignorez nos coutumes, à quel genre de réconciliation pouvez-vous aspirer? »

L'engagement du surintendant Mitchell, dont témoigne aussi son soutien aux équipes de Rangers canadiens dirigées par des Autochtones qui patrouillent à Tadoule Lake et à Shamattawa, impressionne M. McKay : « Il a quelque chose de particulier. Il a vraiment envie d'apprendre. »

Guérir le cœur, l'esprit et le corps

La purification par la fumée est une autre pratique traditionnelle dont le surintendant Mitchell a fait l'expérience grâce à ses contacts avec les Premières Nations. Les plantes médicinales qui y sont brûlées, comme la sauge, le foin d'odeur et le cèdre, permettent la purgation des sentiments négatifs et l'établissement d'une connection avec le Créateur. Au cours de la cérémonie, chacun fait passer les faisceaux fumants devant ses yeux, ses oreilles, sa bouche et sa poitrine pour favoriser l'ouverture de l'esprit, du cœur et du corps.

L'aîné Jack Robinson, qui anime les cérémonies de purification par la fumée dans la communauté, connaît bien le surintendant Mitchell. Maintes fois ils ont participé ensemble à de telles séances. Ces cérémonies, déclare M. Robinson, sont pour lui l'occasion de parler de la culture et des valeurs autochtones, de faire part de son vécu de Cri, marqué par ses séjours en pensionnat, sa narcodépendance et sa réhabilitation, et d'exprimer ses espoirs en l'avenir.

Lors d'une récente cérémonie de purification par la fumée au Ma-Mow-We-Tak Friendship Centre de Thompson, M. Robinson était en train de raconter une histoire ravivant de pénibles souvenirs lorsque des adultes présents ont sommé un groupe d'enfants de garder le silence. M. Robinson est alors intervenu : « Non, laissez-les tranquilles. À une certaine époque, nos communautés ont été frappées de mutisme par le rapt de leurs enfants. Horrible et triste silence. »

MM. Robinson et McKay et le surintendant Mitchell sont d'accord : la réconciliation passe par la participation à des activités culturelles et par l'écoute de récits personnels. « Nous avons ici un cadre propice à l'écoute », précise le surintendant. « Nos membres doivent mettre la main à la pâte… c'est ainsi que nous pourrons œuvrer ensemble à l'émergence d'un monde meilleur. »

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