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Lever le voile sur la traite d’hommes et de garçons

La chercheuse Ena Lucia Mariaca a présenté un atelier à la Direction générale de la GRC en 2023 afin d'aborder la traite de personnes sous l'angle des victimes de sexe masculin. Crédit : GRC

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La traite de personnes consiste généralement en l'exploitation de femmes ou de filles dans un but lucratif, mais elle a aussi un autre visage. La chercheuse et militante Ena Lucia Mariaca étudie depuis cinq ans un aspect moins connu du phénomène, soit l'exploitation d'hommes et de garçons.

La majorité des victimes de traite de personnes dans le monde sont effectivement des femmes ou des filles. Or, selon le département d'État des États-Unis, 29 p. 100 des 24,9 millions de personnes assujetties à une forme d'esclavage moderne en 2019 étaient de sexe masculin.

Ena Lucia Mariaca insiste sur la nécessité de sensibiliser davantage la police à cette réalité. «À force de parler à des survivants, j'ai appris combien il est important que les policiers se demandent s'ils ont des idées préconçues à l'égard du problème, notamment quant au sexe des personnes touchées», souligne-t-elle.

«Ce genre de préjugé amène souvent les gens à penser que les victimes sont toujours des femmes, et les bourreaux, des hommes. Cela peut nuire aux enquêtes, voire mener à leur abandon, car pourquoi se pencher sur une forme d'exploitation qu'on ne croit pas possible?»

Vaincre les préjugés par la formation

La correction de lacunes et la sensibilisation, Ena Lucia Mariaca s'y connaît. Ses recherches lui ont offert l'occasion de présenter ses constatations à des organismes partenaires dans le monde entier. En 2023, le caporal Lorry Thick, de la Section nationale sur la traite de personnes de la GRC, a l'invitée à animer un atelier en la matière à Ottawa. Des participants de la GRC, du ministère de la Défense nationale, du Service de police d'Ottawa et d'autres organismes y ont assisté.

L'objectif était d'offrir une formation de sensibilisation approfondie sur la traite d'hommes et de garçons en s'appuyant sur les expériences d'un groupe de survivants. L'atelier se voulait aussi un moyen pour les policiers de bâtir un réseau et de tirer profit des ressources de divers organismes.

Cinq recommandations clés y ont été présentées dans le but d'aider les participants à déceler la traite de personnes et à mieux la contrer :

  • faire attention aux préjugés fondés sur le sexe;
  • employer une approche tenant compte des effets des traumatismes;
  • miser davantage sur l'intervention de policières formées à ce genre d'approche, car certains survivants de sexe masculin affirment avoir de la difficulté à parler à des hommes en raison des sévices qu'ils ont vécus;
  • faire preuve d'une plus grande empathie envers les groupes minoritaires, qui éprouvent souvent des problèmes particuliers dans leurs rapports avec la police;
  • créer un environnement sûr grâce à une écoute active empreinte de compassion et de bienveillance.

«En général, l'exploitation sexuelle d'hommes et de garçons a jusqu'ici représenté un angle mort pour la police. Nous voulions donc y sensibiliser non seulement les agents de la GRC, mais aussi nos partenaires», note la surintendante Kim Taplin, directrice générale des Services nationaux de police autochtones et de prévention du crime.

Kristine Smith, experte en polygraphie à la Défense nationale, a participé à l'atelier. «Cela m'a aidée à comprendre que j'avais une conception beaucoup trop limitée de la traite de personnes», reconnaît-elle.

Collaborer pour combattre le fléau

Le fait que des représentants de plusieurs organismes aient participé à l'atelier a favorisé une meilleure compréhension du rôle que chacun peut jouer dans la lutte contre la traite de personnes.

«La mise en commun des compétences est essentielle à l'efficacité des efforts fédéraux», estime Kristine Smith. «La réalité, c'est que les ressources sont insuffisantes devant l'ampleur du travail à accomplir. En nous épaulant les uns les autres au lieu de travailler en vase clos, nous pouvons partager nos connaissances afin de mener le combat de façon optimale.»

Accroître les connaissances à l'échelle du pays

Ena Lucia Mariaca espère que d'autres possibilités de formation s'offriront à mesure que la GRC avancera dans son travail de sensibilisation et augmentera sa capacité de faire face à la crise. «Bien des survivants mentionnent le besoin d'amener la police à employer une approche tenant compte des effets des traumatismes», souligne-t-elle. Les pratiques qui s'inscrivent dans cette optique permettent d'orienter la façon dont les policiers interagissent avec les survivants.

«Il serait formidable d'intégrer l'enseignement de telles pratiques à la formation que suivent les cadets à la Division Dépôt», ajoute Ena Lucia Mariaca. «Il y a dix ans, le problème de la traite de personnes était moins connu, mais les choses ont changé. La formation en amont est un bon moyen d'instaurer cette approche.»

Kim Taplin est d'avis que les ateliers de ce genre aident à fournir aux policiers les outils nécessaires pour reconnaître et réprimer la traite d'hommes et de garçons. «Nous espérons élargir cette formation et essayons de voir comment nous pouvons l'étendre aux régions et aux détachements du pays entier», affirme-t-elle.

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