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Qu'est-ce que la criminalité technologique?

Définir la notion de crime technologique est très difficile. Les différents spécialistes ne s’entendent pas sur ce qui devrait être inclus dans une telle définition. En effet, certains se limitent à une définition étroite de la cybercriminalité en n ’incluant que l’aspect purement informatique (réseaux informatiques, espaces virtuels, piratage, etc.). D’autres recoupent d’une façon très large les différents crimes en les incluant dès qu’un élément comporte une notion technologique ou informatique.

Typologie des crimes technologiques

Sans s’attarder sur une définition précise, il est possible toutefois de classifier les crimes de nature technologique afin de mieux les comprendre et les différencier. Principalement, il existe deux catégories de crimes que nous pouvons qualifier de technologiques. La première catégorie concerne les crimes « purement » informatiques. Ces crimes sont des infractions qu’il serait impossible de perpétrer sans l’informatique. En effet, l’avènement des réseaux informatiques et des données numériques a créé de nouvelles opportunités criminelles. Ce nouvel univers virtuel comporte nombre de vulnérabilités pouvant être exploitées par des délinquants motivés. De tels crimes sont, par exemple, la pénétration de systèmes informatiques, l’altération de données numériques ou encore le piratage de réseaux électroniques. L’exploitation de ces vulnérabilités peut affecter grandement les activités des organisations ciblées et causer des pertes substantielles.

La deuxième catégorie de crimes à caractère informatique concerne les crimes « traditionnels » qui comportent toutefois un élément informatique. Effectivement, les nouvelles technologies de l’information et des communications, étant la charnière de notre société contemporaine, interviennent dans toutes les sphères de notre vie quotidienne. Ainsi, presque n’importe quel crime peut maintenant avoir un élément, plus ou moins probant, de nature informatique. À titre d’exemple, l’intimidation peut maintenant se faire également en ligne et est appelée « cyberintimidation ».

Cette distinction peut être importante à faire, car il est parfois difficile de déterminer quelle est la réelle nature d’un crime comportant un aspect informatique. Actuellement, les crimes purement informatiques sont très minoritaires et le Code Criminel canadien comporte seulement quelques articles traitant explicitement de ces cas.

Pour les criminels, les outils que sont les nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC), constituent une façon contemporaine de perpétrer des crimes; que ce soit des crimes traditionnels apprêtés au goût du jour ou des crimes complètement réinventés.

Effectivement, les technologies de l’information créent un univers quasi-illimité de possibilités. Nous pouvons postuler que l’arrivée de ces technologies a affecté les individus de plusieurs façons. Premièrement, les propriétés inhérentes à Internet (l’anonymat perçu, par exemple) et à l’informatique ont poussé certains délinquants au passage à l’acte ; ce sont donc des nouveaux délinquants qui autrement n’auraient pas perpétré un crime. Dans cette catégorie, nous retrouvons également les délinquants agissant uniquement sur une base informatique, comme les pirates informatiques. Deuxièmement, les NTIC ont amené certains délinquants à les utiliser afin d’augmenter leur « performance criminelle ». Ils se servent donc des technologies de l’information pour maximiser leurs gains, augmenter leur efficacité et diminuer leurs risques. De plus, nous supposons que certains délinquants pourraient même délaisser complètement leurs anciennes habitudes criminelles pour se consacrer exclusivement à la cybercriminalité.

Afin d’illustrer la dichotomie entre criminalité traditionnelle et criminalité technologique, voici une comparaison de quelques crimes traditionnels maintenant devenus virtuels.

Les versions virtuelles de tous ces crimes traditionnels offrent aux criminels plusieurs avantages :

  1. Les criminels n’ont plus besoin d’être physiquement présents afin de commettre leur crime;
  2. Ces types de crimes peuvent être à caractère transfrontalier;
  3. En utilisant des systèmes informatiques, les crimes sont commis automatiquement, à haute vitesse et attaquent plusieurs victimes à la fois. Ceci rend la localisation et la judiciarisation des criminels plus difficiles.

Le racketérisme VS. l’extorsion virtuelle

Anciennement, les propriétaires de commerce devaient payer une rançon à des groupes criminels organisés en échange de leur service de protection contre tout dommage criminel à leur commerce. Aujourd’hui, avec l’avancement technologique, ces criminels forcent les commerces en ligne à leur payer une rançon en échange d’une protection contre les attaques virtuelles.

Le vol de banque VS. le piratage

Autrefois, les gangs criminels volaient de larges sommes d’argent des banques de rue ou des camions de sécurité. Maintenant, les criminels piratent les systèmes informatiques des banques afin de transférer électroniquement de l’argent à des systèmes de paiement.

Le vol de cartes de crédit VS. le vol de carte de crédit en ligne

Les criminels volaient les états de compte des cartes de crédit et les factures de services publics dans les poubelles afin d’utiliser frauduleusement l’identité de leurs victimes. Depuis, les cybercriminels volent des milliers de numéros de cartes de crédit en même temps en piratant les bases de données des compagnies.

L’arnaque (financière par téléphone) du « Boiler room share » VS. l’arnaque (financière sur Internet) du « Pump-and-dump share »

Les criminels prétendaient être des courtiers et vendaient des parts de compagnies via téléphone à des prix artificiellement gonflés. De nos jours, ceux-ci achètent des parts de compagnies et utilisent des sites de partage en ligne afin d’émettre des états de compte falsifiés qui gonfleront les prix avant de les vendre pour profit.

Appels frauduleux VS. hameçonnage

Autrefois, les criminels appelaient leurs victimes en se faisant passer pour la division de la sécurité d’une banque afin de leur soutirer des informations personnelles. De nos jours, les criminels envoient des courriels frauduleux imitant ceux des institutions financières afin d’amener les utilisateurs à divulguer des informations personnelles.

Malfaiteurs/voleurs VS. virus informatiques

Les voleurs cognaient directement à la porte de leur victime afin de faire diversion pendant qu’un complice entrait par l’arrière et s’emparait des objets de valeur. De nos jours, le même processus s’opère en ligne. Un logiciel malveillant ouvre certains accès afin de faciliter la pénétration d’un virus dans l’ordinateur de l’utilisateur pour l’infecter.

Pourquoi est-ce un enjeu important?

Afin de rester avant-gardiste et à l’affût des nouveaux moyens employés par les délinquants, il est impératif de se pencher sur les problèmes engendrés par les nouvelles technologies. Effectivement, pour n’importe quel service de police, il est essentiel de rester vigilant et de rester conscient que l’imagination des criminels est pratiquement sans fin. Il est réaliste de penser qu’une majorité des délinquants utiliseront les nouvelles technologies de l’information et des communications indistinctement pour atteindre leurs fins. La technologie n’est, somme toute, qu’un instrument supplémentaire afin d’obtenir ce qu’ils veulent.