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4.0 Discussion et conclusion

Évaluation de la cancérogénicité des produits chimiques utilisés au Service de l’identité judiciair

Après examen des publications scientifiques pertinentes, y compris le dépouillement des bases de données des autorités publiques et des bases de données de santé et sécurité, on a établi le potentiel cancérogène des 66 produits chimiques figurant sur la liste fournie par la GRC. Dans les cas où aucune donnée n’a été répertoriée, les structures chimiques ont été analysées afin de déterminer si elles possédaient des caractéristiques pouvant indiquer une réactivité et, par conséquent, une mutagénicité ou une cancérogénicité, ou les deux. La présence de caractéristiques structurales préoccupantes, même si elle ne constitue pas un critère précis à 100 %, procure au moins certaines indications du danger possible quand on ne dispose pas d’autres éléments d’information.

Sur les 66 produits chimiques évalués, 10 ont été désignés, de manière prudente, comme étant des substances « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquelles les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants », cela d’après l’information contenue dans les publications scientifiques ou dans les systèmes de classification établis par les organismes de réglementation (voir le tableau 5).

Tableau 5 - Produits chimiques « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants »
Produit Numéro CAS Fréquence d'utilisation Limte d'exposition Organe cible (espèces animales)
Chloroforme 67-66-3 Parfois

20 μg/jour (voie orale)
40 μg/jour
(inhalation) (CalEPA, 2009)

reins, foie (rats et souris)
Méthanol 67-56-1 Souvent 500 μg/kg p.c./jour
(US EPA, 2009a)
testicules, tête/cou
(rats)
Phénol 108-95-2 Rarement 300 μg/kg p.c./jour
(US EPA, 2009b)
glandes surrénales, sang (rats)
Bleu brillant de Coomassie 6104-59-2 Utilisé 30 μg/jour (CalEPA, 2009)
(d'après les résultats pour le violet de Coomassie)
glandes mammaires, peau (rats)
Éther de pétrole 8032-32-4 Jusqu'en 2000, Rarement MPT de 300 ppm dans l'air (ACGIH, 2009) peau (souris)
Peroxyde d,hydrogène 7722-84-1 Indéterminé 1 ppm dans l'air (ACGIH, 2009) intestin (souris)
Acide trichloroacétique 76-03-9 Rarement 1 ppm dans l'air MPT (ACGIH, 2009) foie (souris)
Violet de gentiane/violet cristal 548-62-9 Utilisé Non déterminée foie, sang (rats et souris)
hodamine 6G 989-38-8 Parfois Non déterminée glandes surrénales, tégument (rats)
Leucobase du vert malachite 129-73-7 Parfois Non déterminée thyroïde, testicules, foie (rats)

Seuls trois des produits chimiques figurant sur la liste – le chloroforme, le violet de gentiane/violet cristal et, indirectement, le bleu brillant de Coomassie (d’après le niveau de risque non significatif associé au violet de Coomassie) – ont été évalués précisément du point de vue de leur puissance cancérogène. Les autres substances figurant dans le tableau 5 sont assorties de limites d’exposition établies d’après les effets observés en milieu de travail, habituellement des irritations et, à l’occasion, des effets de toxicité au niveau des organes. Les limites d’exposition fondées sur la cancérogénicité et les limites fondées sur d’autres paramètres ne peuvent être comparées directement à celles d’autres produits chimiques puisqu’elles sont dérivées à partir de méthodologies ou de protocoles d’essai différents. En outre, les substances « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants » sont pour la plupart classées dans cette catégorie principalement sur la base de données enregistrées chez les animaux, ces dernières indiquant seulement qu’un danger pourrait exister pour les humains exposés à ces substances.

On ne sait pas si des effets cancérogènes seraient ou non observés chez l’humain pour chacun des 10 produits chimiques « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants » puisqu’on ne dispose d’aucune donnée enregistrée chez l’homme. Dans tous les cas, l’évaluation du risque est faite en fonction tant du danger (c’est-à-dire la capacité potentielle à causer le cancer, ici celle des 10 produits chimiques « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants ») que de l’exposition. La nature de l’exposition déterminerait le risque associé à chacun des produits chimiques. Autrement dit, le risque dépendra de la manière dont les composés sont utilisés en laboratoire, des mesures de précaution (port d’équipement de protection individuel, utilisation de hottes, etc.) prises pour protéger les travailleurs, de la pureté ou de la composition du produit chimique ainsi que de la durée réelle de l’exposition.

Selon les données figurant dans le tableau 5, parmi les 10 produits chimiques « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants », ce sont le bleu brillant de Coomassie, le violet de gentiane/violet cristal et le méthanol qui semblent être associés aux expositions les plus fréquentes ou les plus longues. Cette évaluation est fondée uniquement sur les données préliminaires fournies par le SIJ. On pourrait, dans le cadre d’une autre évaluation, se concentrer plus précisément sur l’exposition réelle du personnel du SIJ aux produits chimiques les plus préoccupants. D’un point de vue toxicologique, sur les trois produits chimiques « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants » et que le SIJ a déclaré être utilisés, fréquemment utilisés ou très fréquemment utilisés, ceux qui sont les plus préoccupants pourraient être le bleu brillant de Coomassie et le violet de gentiane/violet cristal puisqu’ils se sont montrés cancérogènes chez les animaux de laboratoire, qu’ils possèdent des caractéristiques structurales pouvant indiquer une génotoxicité ou une cancérogénicité et, dans le cas du bleu brillant de Coomassie, qu’ils sont étroitement apparentés à des produits chimiques cancérogènes pour les animaux.

En plus des produits chimiques « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants », le jaune basique/jaune brillant, le trans-dichloroéthylène et la 1,8‑diazafluorén-9-one ont été qualifiés de produits « non réputés cancérogènes, mais pouvant présenter un risque théorique », et de produits d’utilisation fréquente ou très fréquente. À la lumière des résultats des essais de génotoxicité et/ou de la présence de caractéristiques structurales pouvant indiquer une activité génotoxique ou cancérogène, chacun de ces trois composés a également été jugé potentiellement préoccupant.

Globalement, il est à noter qu’aucun des produits, parmi le bleu brillant de Coomassie, le violet de gentiane/violet cristal, le jaune basique/jaune brillant, le trans-dichloroéthylène et la 1,8‑diazafluorén-9-one, n’est clairement cancérogène pour l’humain (aucun ne figure dans la catégorie des « produits connus pour causer le cancer chez l’humain »). Selon toute probabilité, vu les scénarios d’exposition prévisibles, ces substances ne sont pas susceptibles d’accroître le risque de cancer de manière significative par rapport au risque de base.