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3.0 Résultats

Évaluation de la cancérogénicité des produits chimiques utilisés au Service de l’identité judiciair

Des 66 substances chimiques initialement soumises à l’évaluation, une a été exclue de l’analyse : le “substitut de xylène”. En effet, l’identité exacte de ce “substitut” était inconnue ou n’a pas été indiquée. Un autre produit chimique, le rouge de Hongrie, s’il constituait une espèce bien précise, n’était cependant assorti d’aucune information toxicologique. En outre, comme la structure chimique du rouge de Hongrie n’a pu être établie, il a été impossible d’effectuer une analyse des rapports structure-activité ou encore d’étudier les caractéristiques structurales pouvant indiquer un potentiel cancérogène. Par conséquent, l’examen de ce produit chimique n’a permis que de constater l’absence de données et n’a pu mener à aucune conclusion.

D’après l’étude systématique des données effectuée par Cantox et d’après l’opinion d’organismes faisant autorité tels que le CIRC, le NTP, le CCHST et l’EPA, pour ne nommer que ceux-là, parmi les 64 produits chimiques que l’on a pu classer dans une catégorie du point de vue de leur cancérogénicité, aucun n’était un “produit dont la cancérogénicité a été établie”, et dix étaient des “produits ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants”; “produits non réputés cancérogènes”.

Les 54 autres produits chimiques n’ont montré aucun signe d’activité cancérogène chez les humains ou les animaux. Une analyse plus approfondie de ces substances d’après des données de génotoxicité, les caractéristiques structurales pouvant signaler une certaine cancérogénicité, et leur similarité avec des produits chimiques dont l’action cancérogène est établie a révélé que six d’entre elles pouvaient être classées parmi les “produits non réputés cancérogènes, mais présentant un risque théorique” (catégorie C1). Les 48 autres produits chimiques appartenaient à la catégorie C2, c’est-à-dire les “produits non réputés cancérogènes et ne présentant aucun risque théorique”.

3.1 Produits chimiques “ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants”; “produits non réputés cancérogènes”

Le tableau 2 présente un sommaire de la classification de chacun des produits chimiques “ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants” ainsi que des limites d’exposition associées à chacun, le cas échéant. Les organes cibles (incidence accrue de tumeurs) ayant été relevés dans le cadre des études sur des animaux de laboratoire sont indiqués dans la dernière colonne à droite.

Tableau 2 - Sommaire des produits chimiques “ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants »
Produit chimique Numéro CAS Fréquence d'utilisation Limites d'exposition Organes cibles (espèces animales)
Chloroforme 67-66-3 Parfois

20 μg/jour (voie orale)
40 μg/jour (inhalation) (CalEPA, 2009)

reins, foi (rats et souris)
Méthanol 67-56-1 Souvent 500 μg/kg p.c./jour
(US EPA, 2009a)
testicules, tête/cou (rats)
Phénol 108-95-2 Rarement 300 μg/kg p.c./jour
(US EPA, 2009b)
glandes surrnales, sang (rats)
Bleu brillant de Coomassie 6104-59-2 Utilisé 30 µg/jour (CalEPA, 2009) (d'après les résultats pour le violet de Coomassie) glandes mammaires, peau (rats)
Éther de pétrole 8032-32-4 Jusqu'en 2000, rarement MPT de 300 ppm dans l'air (ACGIH, 2009) peau (souris)
Peroxyde d'hydrogène 7722-84-1 Indéterminé 1 ppm dans l'air (ACGIH, 2009) intestin (souris)
Acide trichloroacétique 76-03-9 Rarement 1 ppm dans l'air TWA (ACGIH, 2009 foie (souris)
Violet de gentiane/violet cristal 548-62-9 Utilisé Non déterminée foie, sang (rats et souris)
Rhodamine 6G 989-38-8 Parfois Non déterminée glandes surrnales, tégument (rats)
Cucobase du vert malachite 129-73-7 Parfois Non déterminée thyroïde, testicules, foi (rats)

MPT - moyenne pondérée dans le temps

Une brève évaluation de chacun des produits chimiques suit. Ces sommaires ne se veulent pas exhaustifs; ils ont plutôt comme fonction de mettre en évidence les principales données sur lesquelles reposent les classifications réglementaires et la catégorisation des substances par Cantox.

3.1.1 Chloroforme

Le chloroforme est couramment utilisé comme solvant et comme intermédiaire chimique. Il n’existe pas d’ensemble cohérent d’éléments de preuve indiquant que le chloroforme est cancérogène pour l’humain puisque les études cas-témoins avaient plusieurs limites, par exemple une faible efficacité statistique ou des résultats non concordants (IARC, 1999a). Un certain nombre d’études menées sur des rats et des souris ont montré que le chloroforme causait des tumeurs aux reins et au foie lorsqu’il était administré par inhalation ou par voie orale (IARC, 1999a). Le chloroforme a fait l’objet de nombreuses études visant à évaluer sa capacité à entraîner des dommages à l’ADN (c’est-à-dire son potentiel mutagène ou génotoxique). Ces études ont donné des résultats soit négatifs (c’est-à-dire aucun signe d’une capacité à endommager l’ADN), soit, au mieux, équivoques (CCRIS, 2008a). D’après ces données, le CIRC (1999a) a classé le chloroforme parmi les produits du groupe 2B (« peut-être cancérogènes pour l’homme »). Au sein de l’Union européenne (UE), le chloroforme fait partie des produits pour lesquels on dispose de « données limitées sur la cancérogénicité » (EU IHCP, 2009a). L’ACGIH considère le chloroforme comme un « cancérogène confirmé pour les animaux, sans qu’on sache si ce résultat est transposable aux humains ». Par contre, le chloroforme figure sur la liste des produits connus pour causer le cancer de la California EPA (CalEPA, 2009). La CalEPA a calculé un « niveau de risque non significatif » correspondant à une exposition quotidienne pendant la vie entière sans accroissement du risque de cancer (risque inférieur à 1 pour 100 000) de 20 μg/jour (exposition par voie orale) et de 40 μg/jour (exposition par inhalation). La DT50 (dose quotidienne, en mg/kg poids corporel/jour, induisant des tumeurs chez la moitié des animaux soumis aux essais, animaux qui n’auraient pas développé de tumeur à dose nulle) associée aux tumeurs hépatiques et rénales est de 262 mg/kg poids corporel/jour chez les rats, et de 111 mg/kg poids corporel/jour chez les souris (CPP, 2007a).

3.1.2 Violet de gentiane/violet cristal

Le violet de gentiane, ou violet cristal, est un pigment ou un colorant. Chez les souris et les rats traités au violet de gentiane/violet cristal par voie orale, l’incidence de tumeurs du foie, du système hématopoïétique ou de la glande de Harder aurait augmenté (CCRIS, 1994; CPP, 2007b). La DT50 était de 90,5 mg/kg poids corporel/jour (CPP, 2007b). Aucune autre limite d’exposition liée à l’activité cancérogène n’a été répertoriée dans la littérature scientifique consultée. Ce pigment a donné des résultats négatifs dans les lignées cellulaires de mammifères (CHO) et pour toutes les souches de Salmonella typhimurium, sauf une; il a produit des résultats positifs dans un essai de mutagénicité sur Escherichia coli (CCRIS, 1994). Ce produit chimique n’a été évalué que du point de vue de son potentiel cancérogène par l’UE, où il a été classé parmi les produits pour lesquels on dispose de « données limitées sur la cancérogénicité » (EU IHCP, 2009b), selon la présence ou l’absence de cétone de Michler (si la teneur de cétone est > 0,1 %, le produit est rangé dans la catégorie R45, soit les produits « pouvant causer le cancer »). La nature exacte du violet de gentiane utilisé n’est pas connue; par conséquent, on a prudemment conclu que ce produit chimique faisait partie des composés « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants ».

3.1.3 Rhodamine 6G

D’après les études sur la cancérogénicité par voie orale effectuées par le NTP (1989), les résultats sur l’activité cancérogène de ce produit sont équivoques, d’après la légère hausse de l’incidence de kératoacanthome intégumentaire chez les rats mâles et, chez les femelles, les légères hausses de l’incidence de phéochromocytomes des glandes surrénales. Aucun signe de cancérogénicité n’a été détecté chez les souris mâles ou femelles. La rhodamine 6G a produit des résultats négatifs au test d’Ames (essais sur bactéries visant à évaluer la capacité d’un produit chimique à induire des mutations de l’ADN) (NTP, 1989), mais des résultats positifs dans un essai sur l’échange de chromatides sœurs (essai de laboratoire permettant d’évaluer la capacité des produits chimiques à affecter les chromosomes) et un test d’aberrations chromosomiques (essai de laboratoire sur cellules permettant d’évaluer la capacité des produits chimiques à causer des ruptures et d’autres dommages chromosomiques) avec activation métabolique, et des résultats positifs dans un test sur lymphomes de souris (essai portant sur des cellules lymphomateuses de souris et visant à évaluer la capacité des produits chimiques à provoquer des mutations de l’ADN) sans activation métabolique (NTP, 1989, 2009a). D’après les données disponibles, le CIRC (1978a) a qualifié la rhodamine G de produit « inclassable du point de vue de sa cancérogénicité pour l’humain ». Cette désignation est souvent attribuée lorsqu’il n’y a pas de données chez l’humain et qu’il n’existe que des données limitées chez les animaux, comme c’est le cas pour la rhodamine G. Cantox a prudemment (à des fins de protection de la santé) placé la rhodamine G parmi les produits « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants ».

3.1.4 Bleu brillant de Coomassie

Ce produit chimique est un pigment servant à diverses techniques de laboratoire. Il existe très peu de données toxicologiques à son sujet. Il a donné des résultats négatifs dans un essai in vitro sur les dommages à l’ADN (Reifferscheid et Heil, 1996). Par contre, une substance étroitement apparentée, le violet de Coomassie, a fait l’objet de plusieurs études de cancérogénicité chez le rat, les sujets ayant été traités par voie orale ou par voie sous-cutanée. Ce composé a engendré des carcinomes mammaires et des carcinomes cutanés à cellules squameuses après administration par voie orale à des rats femelles, ainsi que des fibrosarcomes localisés après son injection sous-cutanée chez des rats mâles et femelles. Il a également causé un accroissement de l’incidence de tumeurs mammaires bénignes chez les rats femelles exposés par le milieu ambiant. D’après ces données, le CIRC (1987a) a classé le violet de Coomassie parmi les substances du groupe 2B [L’agent (mélange) pourrait être cancérogène pour l’humain]. Un niveau de risque non significatif de 30 μg/jour a été établi par la CalEPA (2009). D’après les données sur le violet de Coomassie, le bleu brillant de Coomassie a été classé parmi les produits chimiques « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants ».

3.1.5 Leucobase du vert malachite

La leucobase du vert malachite est un agent colorant. Une étude de cancérogénicité sur deux ans effectuée par le NTP (2005a, 2009b) a donné des résultats équivoques quant au développement de tumeurs de la glande thyroïde, des testicules et du foie chez les rats mâles et femelles, et n’a révélé aucun signe de tumorigénicité chez les souris femelles. On ne disposait d’aucune donnée sur l’humain aux fins de l’évaluation. La leucobase du vert malachite s’est révélée active (résultats positifs) dans un test du micronoyau (test évaluant la capacité des produits chimiques à causer des dommages chromosomiques chez les animaux, habituellement les rats) mené dans le cadre de la même série d’études du NTP. La leucobase du vert malachite possède également des caractéristiques structurales pouvant indiquer une activité génotoxique (Ashby et Tennant, 1991; Benigni et Bossa, 2008). Aucune autorité, y compris le CIRC, l’UE, le NTP, l’EPA, la CalEPA et l’ACGIH, n’a classé la leucobase du vert malachite quant à son potentiel cancérogène.

3.1.6 Méthanol

Le méthanol (aussi connu sous le nom d’alcool méthylique) est un liquide incolore dégageant une forte odeur; il est utilisé comme solvant et comme nettoyant (NJHSFS, 1996a). Des études limitées sur la toxicité par inhalation chez les souris, les rats et les singes n’ont révélé aucun effet cancérogène, et aucun effet n’a été observé dans le cadre d’une étude sur la cancérogénicité par voie cutanée (CCOHS, 2007b). Dans une étude sur l’exposition de rats par l’eau potable sur toute la durée de vie (Soffritti et al., 2002), on a signalé des hausses significatives des carcinomes de la tête et du cou, ainsi que des tumeurs des testicules. Cependant, la véracité des résultats de cette étude n’a pas fait l’objet d’une vérification indépendante. Malgré certains résultats équivoques tirés de quelques études in vitro, la plupart des données indiquent que le méthanol n’est pas mutagène, en particulier dans les essais de mutagénicité in vivo (CIR, 2001; CCOHS, 2007b; CCRIS, 2008c). Le méthanol ne comporte pas de caractéristiques structurales pouvant indiquer une génotoxicité ou une cancérogénicité. Il est à noter que le méthanol a été classé parmi les produits chimiques « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants » sur la base d’une étude dont la conduite et le rapport laissent à désirer, et dont les résultats n’ont été reproduits dans aucune autre étude. Les éléments probants laissent supposer que le méthanol n’est pas cancérogène.

3.1.7 Éther de pétrole

Il s’agit d’un mélange composé d’hydrocarbures hautement volatils, plus précisément un distillat de pétrole intermédiaire se situant entre le naphte et le kérosène, qui est utilisé comme solvant non polaire. Le CIRC (1989) a trouvé l’éther de pétrole « inclassable du point de vue de sa cancérogénicité pour l’humain ». L’UE a quant à elle conclu que l’éther de pétrole « pourrait causer le cancer » (EU IHCP, 2009c), tandis que l’ACGIH (2009) l’a rangé dans la catégorie A3, qui rassemble les « cancérogènes confirmés pour les animaux, sans qu’on sache si ce résultat est transposable aux humains ». Les études sur les animaux et les études in vitro (en laboratoire) ont produit des résultats équivoques, et les résultats « positifs » (c‘est-à-dire les résultats indiquant une activité) pourraient fort bien être attribuables à la présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) comme impuretés dans l’éther de pétrole (IUCLID, 2000a). Les HAP sont des substances dont l’activité génotoxique est établie. D’après son profil toxicologique, l’éther de pétrole a été classé parmi les produits « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants ». Néanmoins, cette assignation pourrait être exagérément prudente dans le cas de l’éther de pétrole exempt de HAP, issu d’un raffinage bien caractérisé.

3.1.8 Peroxyde d’hydrogène

Le peroxyde d’hydrogène est un liquide incolore et inodore, habituellement en solution dans l’eau, que l’on emploie couramment comme agent d’oxydation ou de blanchissage, comme désinfectant ainsi que dans les désodorisants, le traitement des eaux et des eaux usées, les propergols et la fabrication de produits chimiques (NJHSFS, 1998c). Le peroxyde d’hydrogène a induit des tumeurs intestinales dans des souches de souris hautement sensibles exposées à des doses élevées du produit par l’eau potable (Munro et al., 2006; CPP, 2007c). Cependant, lors d’une étude standard de cancérogénicité sur deux ans dans laquelle des rats ont été exposés à du peroxyde d’hydrogène par l’eau potable, et ce, en concentrations allant jusqu’à 0,6 %, on n’a signalé aucun signe de cancérogénicité (Munro et al., 2006). Pour ce qui est des effets génotoxiques, des essais de mutagénicité sur bactéries ont donné des résultats équivoques, mais des résultats positifs ont été obtenus dans de nombreux autres essais in vitro, dont des tests sur lymphomes de souris et des tests du micronoyau (CCRIS, 2009). Par contre, d’autres études in vivo ont produit des résultats négatifs, les systèmes in vivo possédant des mécanismes de détoxification absents in vitro (CCOHS, 1998; Munro et al., 2006). Le CIRC (1999d) a placé le peroxyde d’hydrogène dans le groupe 3 (produits « inclassables du point de vue de leur cancérogénicité pour l’humain »), tandis que l’ACGIH (2009) le considère comme une substance du groupe A3 (cancérogène confirmé pour les animaux, sans qu’on sache si ce résultat est transposable aux humains). D’après les résultats d’études non standard sur des souris, le peroxyde d’hydrogène a été classé parmi les produits chimiques « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants ». Comme les données sur la génotoxicité in vitro et les résultats d’études menées sur des souches spéciales de souris sont difficilement transposables à l’humain, voire pas du tout, il est probable que la cancérogénicité du peroxyde d’hydrogène pour l’humain ne soit pas préoccupante.

3.1.9 Acide trichloroacétique

L’acide trichloroacétique est un solide cristallin incolore, employé en solution sous forme liquide pour la fabrication de produits pharmaceutiques ou antiparasitaires (NJHSFS, 1997a). L’ACGIH (2009) l’a rangé dans la catégorie A3, soit les « cancérogènes confirmés pour les animaux, sans qu’on sache si ce résultat est transposable aux humains », et le CIRC (1995) le considère comme « inclassable du point de vue de sa cancérogénicité pour l’humain ». Ces classifications sont fondées sur les résultats tirés d’études sur l’eau potable dans le cadre desquelles des souris ont été traitées à l’acide trichloroacétique pendant 52 ou 61 semaines. Ce traitement a été associé à une incidence accrue de tumeurs du foie chez les mâles seulement. Par contre, une étude de 2 ans sur l’exposition par voie alimentaire dans le cadre de laquelle des rats ont été exposés à 250, 630, 1 600 ou 10 000 mg/kg d’aliments, et dans une étude de 2 ans sur l’exposition par l’eau potable menée sur des rats également n’ont révélé aucun signe de cancérogénicité, même si une certaine toxicité pour le foie a été observée (OECD SIDS, 2005). On pense que les tumeurs du foie relevées chez les souris ayant reçu de fortes doses d’acide trichloroacétique constituent probablement un effet propre à l’espèce, et ne sont pas révélatrices d’un risque de cancer pour l’humain. Les études de mutagénicité in vitro et in vivo ont produit des résultats tant positifs que négatifs (OECD SIDS, 2005); toutefois, les résultats positifs pourraient être en grande partie attribuables à l’effet d’abaissement du pH par l’acide. D’après les études sur l’exposition par l’eau potable chez les souris, l’acide trichloroacétique a été classé parmi les produits chimiques « ayant provoqué des tumeurs chez des animaux de laboratoire, mais pour lesquels les éléments de preuve chez l’humain manquent ou ne sont pas concluants », même si les mécanismes par lesquels les tumeurs sont apparues pourraient ne pas être associables à un risque de cancer chez l’humain.

3.1.10 Phénol

Le phénol est un solide cristallin incolore ou blanc ou, en solution aqueuse, un liquide rose à rouge, s’il n’est pas à l’état pur; il est employé dans la fabrication de contreplaqué, de produits pharmaceutiques, d’adhésifs, de plastiques et de caoutchoucs (NJHSFS, 1995d).

La génotoxicité du phénol a fait l’objet d’une série de tests in vivo et in vitro (ATSDR, 2008). Les résultats de ces essais sont en général variés. On a observé des hausses statistiquement significatives des cas de tumeurs des glandes surrénales ainsi que de leucémie ou de lymphomes chez les rats mâles exposés à de faibles doses de phénol dans le cadre d’une étude sur l’exposition par voie alimentaire, mais pas chez les sujets exposés à des doses élevées, ni chez les rats femelles ou les souris (CCOHS, 1999). Il existe également certaines indications selon lesquelles le phénol serait un promoteur de tumeurs, d’après des études sur la cancérogénicité de cancérogènes connus par voie orale et par voie cutanée (CCOHS, 1999). Dans l’ensemble, les résultats sont considérés comme non concluants et, par conséquent, le phénol a été classé par l’ACGIH (2009) dans la catégorie A4 (inclassable comme cancérogène pour l’humain), tandis que le CIRC (1999e) le place parmi les substances du groupe 3 (inclassable du point de vue de sa cancérogénicité pour l’humain). Cette classification reflète aussi celle de l’EPA.