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3.2 Produits chimiques « non réputés cancérogènes, mais pouvant présenter un risque théorique »

Évaluation de la cancérogénicité des produits chimiques utilisés au Service de l’identité judiciair

Le tableau 3 présente un sommaire de la classification de chacun des produits chimiques « non réputés cancérogènes, mais pouvant présenter un risque théorique » ainsi que des limites d’exposition associées à chacun, le cas échéant. Comme aucune association entre l’exposition à ces produits chimiques et des cas de cancer chez les humains ou les animaux n’a été signalée, les possibles organes cibles, s’il y en a, ne peuvent être déterminés.

Tableau 3 - Sommaire des produits chimiques « non réputés cancérogènes, mais présentant un risque théorique »
Produit chimique Numéro CAS Fréquence d'utilisation Limite d'exposition
Noir amido 1064-48-8 Parfois Non déterminée
Jaune basique/jaune brillant 29556-33-0 Souvent Non déterminée
Huile de rouge O 1320-06-5 À l,essai Non déterminée
Perborate de sodium 7632-04-4 Parfois Non déterminée
Trans-dichloroéthylène 156-60-5 Très souvent Non déterminée
1,8-diazafluorén-9-one 54078-29-4 Utilisé Non déterminée

Une brève évaluation de chacun des produits chimiques suit. Ces sommaires ne se veulent pas exhaustifs; ils ont plutôt comme fonction de mettre en évidence les principales données sur lesquelles reposent les classifications réglementaires et la catégorisation des substances par Cantox.

3.2.1 Colorants/pigments (noir amido, huile de rouge O et jaune basique)

Deux produits chimiques (le noir amido et l’huile de rouge O) appartiennent à la catégorie des colorants azoïques et, bien que l’on n’ait pu trouver de renseignements sur leur potentiel cancérogène, on a conclu que, si la toxicité de cette famille de composés (les colorants azoïques) est faible, certains produits de leur clivage métabolique ou certaines impuretés qu’ils renferment (amines aromatiques) sont quant à eux potentiellement cancérogènes (Danish EPA, 1998). De manière plus précise, les colorants azoïques à base de benzidine, de 3,3'‑diméthoxybenzidine et de 3,3'-diméthylbenzidine ont été classés par l’UE parmi les cancérogènes de catégorie 2 comme « substances devant être assimilées à des substances cancérogènes pour l’homme ». Même si le risque de cancer est considéré comme petit, il demeure qu’il existe un risque. Le risque de cancer que posent les colorants azoïques est directement relié à leur solubilité dans l’eau, à la facilité avec laquelle ils sont métabolisés en amines cancérogènes, ou à la présence d’impuretés cancérogènes provenant de la fabrication de ces colorants.

Le noir amido aurait montré une activité dans un test d’Ames (essai sur le potentiel mutagène chez les bactéries) (Kaur et al., 1993). Il possède également une caractéristique structurale pouvant indiquer une cancérogénicité ou une génotoxicité (Benigni et Bossa, 2008).

On n’a répertorié aucun renseignement sur l’huile de rouge O mais, étant donné que ce colorant possède, comme le noir amido, un groupement azoïque aromatique pouvant indiquer un danger (Benigni et Bossa, 2008), Cantox, pour faire preuve de prudence, a considéré que l’huile de rouge O présentait un risque théorique d’activité cancérogène.

Le jaune basique ne s’est montré cancérogène ou génotoxique pour aucun système, et il ne fait pas partir des colorants azoïques. Toutefois, ce produit chimique possède un groupement mono- ou dialkylamine aromatique pouvant signaler une cancérogénicité ou une génotoxicité (Benigni et Bossa, 2008); par souci de prudence, il a donc été classé parmi les « produits non réputés cancérogènes, mais présentant un risque théorique ».

3.2.2 Trans-1,2-dichloroéthylene

Le trans-1,2-dichloroéthylene est utilisé comme solvant pour les cires et les résines ainsi que pour l’extraction du caoutchouc, comme réfrigérant, dans la fabrication de produits pharmaceutiques et dans l’extraction des huiles et des graisses des poissons et de la viande (HSDB, 2001). Aucune étude épidémiologique ou étude sur la cancérogénicité chez les animaux n’a été trouvée en ce qui concerne ce composé. Au vu des éléments probants dont elle disposait, l’EPA a placé le cis‑1,2‑dichloroéthene dans le groupe de substances D, c’est‑à‑dire les composés inclassables du point de vue de leur cancérogénicité pour l’humain, cela en raison de l’absence de données sur le cancer chez les humains ou les animaux ou de l’existence de résultats négatifs à cet égard.

Les effets mutagènes du cis- et du trans-1,2-dichloroéthylène ont été étudiés chez une souche diploïde (D7) de la levure Saccharomyces cerevisiae dans le cadre d’essais en suspension avec ou sans système d’activation (microsomes de mammifères). En outre, les deux isomères du 1,2-dichloroéthylène ont été évalués dans un essai in vivo par passage sur hôte intrasanguin chez la souris (Bronzetti et al., 1984). On a observé une toxicité proportionnelle à la dose pour les deux isomères chez la levure, et la survie était moins grande avec activation métabolique que sans. Dans l’essai par passage sur hôte chez la souris, seul l’isomère cis a donné des signes d’activité mutagène. Une telle activité a été notée après administration de doses aiguës ou de doses chroniques, et ce, dans les tissus hépatiques, rénaux et pulmonaires. L’isomère trans ne s’est pas montré mutagène dans le cadre de cet essai. Le trans-1,2-dichloroéthylène ne possède pas de caractéristique structurale pouvant signaler une cancérogénicité; il s’agit d’un dihalogénure d’alcène, et ce sont les monohalogénures d’alcène qui sont les plus préoccupants de ce point de vue (Benigni et Bossa, 2008).

Le profil des données sur le trans-1,2-dichloroéthylène pourrait justifier de placer ce produit dans la catégorie des « produits non réputés cancérogènes et ne présentant aucun risque théorique », mais il a plutôt été classé dans la catégorie des « produits non réputés cancérogènes, mais présentant un risque théorique », principalement vu le manque de données à son sujet et vu les effets cancérogènes observés pour le 1,2‑dichloroéthane (pas le dichloroéthylène) chez les rats et les souris. Dans le rapport du NTP sur les cancérogènes (NTP, 2005b), le 1,2-dichloroéthane est à juste titre présumé cancérogène pour l’humain d’après l’existence de preuves suffisantes de la cancérogénicité de ce produit chez les animaux de laboratoire (NCI, 1978; IARC, 1979, 1987b, 1999b).

3.2.3 1,8-diazafluorén-9-one (DFO)

On n’a trouvé aucune information sur la 1,8-diazafluorén-9-one (DFO); toutefois, sa structure chimique possède certaines caractéristiques préoccupantes, notamment des groupements aza. C’est pour cette raison que ce composé est considéré comme un « produit non réputé cancérogène, mais présentant un risque théorique ».

3.2.4 Perborate de sodium

Le perborate de sodium entre dans la composition des agents de blanchiment des dents. On n’a répertorié aucune étude épidémiologique ou étude sur la cancérogénicité chez les animaux. Le perborate de sodium aurait donné des résultats positifs dans un test d’Ames (sans S9 seulement), causé des aberrations chromosomiques dans des cellules ovariennes de hamster chinois, et a produit des résultats positifs dans un essai sur les dommages à l’ADN (Seiler, 1989). Cependant, l’auteur de cette étude a conclu que l’importance de ces résultats positifs pourrait être réduite par l’action des systèmes de défense des mammifères et que, par conséquent, ils ne sont pas préoccupants pour l’humain. Par prudence, le perborate de sodium a été classé parmi les « produits non réputés cancérogènes, mais présentant un risque théorique » vu les données limitées dont on dispose sur la génotoxicité de ce composé.