Ce projet a été entrepris afin d’explorer l’enjeu et fournir de l’information sur le sujet. L’opinion exprimée est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle de la Gendarmerie royale du Canada ou du gouvernement du Canada.
Le sujet des « gangs de jeunes » est devenu une question importante qui préoccupe sérieusement de nombreuses collectivités du Canada, en particulier les services de police. Les données empiriques disponibles indiquent qu'on trouve des gangs de jeunes sur à peu près tous les continents, surtout dans les zones urbaines mais également de plus en plus dans les autres régions. Le présent document passe en revue les comptes rendus de recherche diffusés sous forme imprimée et sur l'Internet.
En raison de la diversité du phénomène des gangs, il n'existe aucune définition universellement acceptée de « gang de jeunes » dans les comptes rendus de recherche. Souvent, les termes « gangs de rue » et « gangs de jeunes » sont utilisés de façon interchangeable. Aux fins du présent document, la définition de Klein et Maxson semble être la plus acceptable, car elle englobe les aspects les plus importants d'un gang de jeunes et offre suffisamment de flexibilité pour tenir compte de la diversité du phénomène en ce qui concerne les réactions du milieu de l'application de la loi et de la collectivité. Cette définition est la suivante : « [Un gang est] tout groupe identifiable... [d'adolescents et de jeunes adultes] qui (a) sont généralement perçus comme un groupe par les résidents du quartier, (b) se considèrent eux-mêmes comme un groupe identifiable (et portent presque invariablement un nom de groupe), et (c) ont commis un nombre suffisant d'actes [illégaux] pour susciter une réaction négative des résidents du quartier et/ou des organismes d'application de la loi. [TRADUCTION] »
Des chercheurs ont identifié un certain nombre de facteurs de risque expliquant l'apparition et la survie des gangs de jeunes. Les recherches indiquent que les facteurs socioéconomiques (pauvreté et chômage, désavantage réel ou perçu), familiaux (famille dysfonctionnelle, violente ou négligente), scolaires (mauvais résultats scolaires et faible attachement scolaire) et communautaires (collectivités désorganisées, touchées par la criminalité et peu sûres) qui contribuent à la marginalisation des jeunes, ainsi que les facteurs individuels et biologiques négatifs (attitudes antisociales, ETCAF, etc.) peuvent contribuer à l'apparition et à la survie des gangs de jeunes.
Les données indiquent qu'il y a à la fois des facteurs « répulsifs et attractifs » qui contribuent à la décision des jeunes d'appartenir à un gang, et ils chevauchent les facteurs de risque. Ces facteurs sont les suivants : une famille dysfonctionnelle caractérisée par la violence et la négligence, des collectivités socialement désorganisées, de piètres résultats scolaires, l'absence de possibilités d'activités prosociales, y compris un emploi légitime, la présence de membres d'un gang dans la famille, chez les amis et/ou dans le quartier qui sont pris pour modèles, et les besoins des jeunes d'acceptation, d'amour, de discipline, de structure, d'argent, de sécurité, de protection personnelle et de drogues.
Les données scientifiques disponibles indiquent que l'âge des membres des gangs de jeunes varie grandement, de 8 ans à plus de 50 ans dans certains cas, que l'âge moyen tend à se situer entre 14 et 16 ans, qu'il y a davantage de membres masculins que féminins, et que de nombreux membres de gangs proviennent de groupes ethniques minoritaires socialement marginalisés et défavorisés. On a également remarqué récemment une tendance des gangs de jeunes à inclure des jeunes plus âgés ou de jeunes adultes.
La plupart des gangs bien établis ont tendance à avoir des codes de conduite. Ils comprennent parfois des rites d'initiation et le port de vêtements de style et de couleur particuliers. Ils utilisent les graffiti, les tatouages et un langage particulier pour s'identifier et pour déterminer leur territoire. Le prix de la non conformité peut être le châtiment corporel et même la mort.
Les membres de gangs commettent diverses infractions allant de mineures à graves, telles que : les graffiti, les cambriolages, le vol, le vandalisme, le vol de véhicules, l'incendie criminel, les agressions, les fusillades au volant d'une voiture, la vente de crack, de cocaïne en poudre, de marijuana et d'autres drogues, la violation de domicile, l'intimidation, le viol, le vol qualifié, l'utilisation d'armes à feu et l'homicide. Ils peuvent également s'adonner à des fraudes, au piratage et à la vente de films et de musique, au vol d'identité, à l'identification et à l'intimidation de témoins, et communiquer avec d'autres membres de leur gang par téléphone cellulaire, l'Internet et des ordinateurs.
Les chercheurs pensent que l'appartenance à un gang comporte des conséquences à court terme et à long terme pour les jeunes et la collectivité. Par exemple, les risques d'arrestation, d'incarcération, de blessure ou de mort violente, l'absence de transition à une vie adulte normale comportant un emploi légitime. L'incidence sur la collectivité, le système judiciaire et le système de santé est également énorme et n'est parfois pas bien connue. Le coût financier des activités des gangs dans tous ces domaines est considérable. De plus, ces activités entraînent des coûts sociaux en possibilités perdues et en peur du crime qui entravent les activités normales des citoyens.
On ne dispose d'aucunes données empiriques concluantes indiquant un lien entre les gangs de jeunes au sein des collectivités ou entre différentes collectivités. Cependant, certains faits tendent à indiquer qu'il y a beaucoup de rivalité entre les gangs pour le contrôle des territoires de commerce de drogues illégales et que la violence est un outil couramment utilisé pour établir ce contrôle. Il semble que bien que les gangs de jeunes ne soient pas tous associés avec des groupes du crime organisé, certains (notamment les « gangs de rue ») le sont probablement. Il est également concevable que dans des gangs caractérisés par des structures fluides, certains jeunes adultes établissent des liens avec des gangs d'adultes. Une autre possibilité à laquelle il faut accorder une attention particulière est le « lavage de cerveau » et le recrutement de membres par des groupes violents, notamment à l'intérieur des prisons. Il est assez facile d'attirer des jeunes qui ont des attitudes antisociales et anti-conventionnelles et de les persuader qu'ils doivent combattre « l'injustice sociale » par tous les moyens.
La plupart des chercheurs pensent que pour la majorité des jeunes qui deviennent membres de gangs, il s'agit d'une expérience transitoire qui dure un an ou moins. Cependant, dans certains cas, comme chez les gangs multigénérationnels ou fortement structurés, les jeunes, en particulier les membres endurcis ou de longue durée, peuvent trouver difficile de quitter le gang. Le désir de quitter un gang peut découler d'un mûrissement naturel et du désir de mener une vie « normale » stable ou de la crainte pour sa sécurité personnelle, d'être incarcéré, du décès d'un proche par surdose de drogue, de blessures ou d'un décès. Un solide réseau de soutien et l'acquisition de compétences psychosociales sont essentiels à la réintégration réussie de ces jeunes dans la société dominante. Mais certains jeunes peuvent ne jamais abandonner le style de vie des gangs et devenir membres de gangs carcéraux au début de l'âge adulte.
La lutte au phénomène des gangs est un grand défi pour les services de police et pour la société en général. Les recherches indiquent que le phénomène des gangs est extrêmement complexe dans son origine et son fonctionnement, dans lequel les facteurs socio-économiques, psychologiques, familiaux et personnels, entre autres, poussent les jeunes à créer des gangs, à en devenir membres et à y rester. Il serait naïf de penser que le problème peut être résolu sans régler ces aspects sous-jacents. Il semble que les services de police assument le rôle logique du leadership dans les efforts de lutte contre la création des gangs de jeunes et les activités reliées aux gangs, mais en partenariat avec les collectivités, les institutions sociales comme les écoles, les universités et les églises, les travailleurs des services d'action directe, les organismes de services à la jeunesse et les conseillers auprès des jeunes et des familles. Le fondement des services de police communautaires de la GRC et les principes de justice réparatrice sont bien adaptés à un rôle de chef de file dans ce domaine, à condition de disposer de ressources suffisantes. À partir des quelques exemples disponibles, il pourrait être possible d'élaborer un système efficace de suivi des incidents reliés aux gangs qui ne soit pas fondé sur les données des infractions individuelles actuellement recueillies dans le système de déclaration uniforme de la criminalité.
Tout effort de prévention et d'intervention semble avoir pour condition de base que les programmes soient axés sur l'offre de solutions de rechange légitimes aux jeunes à risque et appartenant à des gangs pour satisfaire leurs besoins fondamentaux d'amour, de discipline, de structure, d'appartenance, de sécurité personnelle et de protection. Autrement dit, tout programme d'atténuation ou de prévention du phénomène des gangs doit comprendre du soutien et du counselling aux jeunes et à leur famille, en particulier pour les familles et les collectivités isolées, l'éducation et la formation des jeunes pour leur permettre de gagner honnêtement leur vie, des compétences en résolution de conflits et des activités récréatives (par exemple, des programmes parascolaires) qui offrent aux jeunes une alternative de mode de vie sain et un sentiment d'estime et de respect de soi. Les programmes de lutte contre l'intimidation peuvent également contribuer à réduire le recours à la violence physique chez les enfants et les adolescents pour leur protection et leur sécurité personnelle.
Des données empiriques ont démontré que la mobilisation des collectivités est une des stratégies les plus efficaces pour lutter contre le problème des gangs. Cela implique obtenir le soutien et la pleine participation des résidents du quartier les jeunes et les adultes, les églises et les organismes éducatifs et sociaux, les organismes d'action directe dans les collectivités urbaines et rurales, à tous les niveaux socio-économiques et dans les quartiers homogènes ou diversifiés sur le plan de la race qui sont touchés. La mobilisation et le renforcement des collectivités ainsi que le partage des ressources à la base doivent être intégrés aux stratégies de prévention à long terme dans tout programme d'atténuation du phénomène des gangs. L'intervention auprès des jeunes qui participent déjà aux activités des gangs et le ciblage des récidivistes endurcis et connus pour leurs crimes graves seront également nécessaires dans certains cas. Cependant, une évaluation approfondie et exacte du problème que pose les gangs de chaque collectivité doit être effectuée comme première étape avant la planification, l'élaboration et la mise en uvre des stratégies appropriées. La recherche démontre également l'efficacité d'une stratégie polyvalente, à partenaires multiples, globale et équilibrée pour prévenir, réduire et affronter les problèmes liés aux gangs.