
Les policiers civils canadiens Roch de Roy, Paul Driscoll and Graham Muir.
En Afghanistan en tant que commandant du contingent de police canadien depuis environ six mois - soit à peu près la moitié de la durée de mon affectation - je suis extrêmement fier d’avoir servi dans les Forces de police canadiennes, à la fois civiles et militaires. Ce que nous accomplissons dans ce pays est difficile et intéressant, et cela dans le but de faire de la Police nationale afghane une force plus apte à protéger les communautés qu’elle dessert.
Je partagerais quelques impressions, que j’ai réunies au cours de mes « allées et venues » dans la ville durant mon bref séjour. En poste à Kaboul, il m’a été donné récemment de me rendre à la ville de Kandahar où j’ai eu l’occasion de rencontrer à deux reprises, sur le terrain, le colonel David Chase, commandant du 97e Bataillon de police militaire des États-Unis, qui travaille avec nous au maintien de l’ordre dans la ville de Kandahar; les deux fois, j’ai pu participer aux patrouilles à pied de sa compagnie et de la Police nationale afghane (PNA).
Premièrement, il est clair que la PNA n’a pas tendance à se déplacer parmi les gens dans un but bien précis – que ce soit en véhicule ou à pied – comme le font nos agents de police au Canada. La Police nationale afghane n’a pas d’antécédents ni de conventions pour ce qui est de « marcher et parler » avec le public. Or nous savons que l’interaction avec le public est la condition requise pour gagner la confiance et le respect des Afghans, ce qui contribue au renforcement de la sécurité, réelle et perçue. Nous savons également, surtout dans les régions urbaines, que c’est-là le seul moyen pour la PNA de connaître ses communautés et de savoir qui appartient à ces communautés et qui n’y appartient pas. Et, franchement, c’est la partie la plus ardue du maintien de l’ordre dans une « phase de maintien de mesures anti-insurrectionnelles. » Durant toute la période que j’ai passée à patrouiller à pied, je n’ai jamais vu de regard détendu ou confiant sur le visage des policiers afghans qui marchaient avec nous. Patrouiller dans la ville n’était évidemment pas une « promenade » de détente pour ces jeunes agents de police. Ils étaient clairement en dehors de leur élément habituel et de leur zone de confort. Si nous ne pouvons pas aider la PNA à empêcher les insurgés d’occuper l’espace et de s’infiltrer dans la population, nous ne gagnerons pas et la PNA, non plus.
Deuxièmement, au cours d’une patrouille à pied ultérieure dans marché du centre-ville proche du siège de la police provinciale, nous avons vécu une expérience différente. Nous avons côtoyé plusieurs centaines de Kandaharis et rencontré quelques-uns d’entre eux. Nous n’avons pas entendu de propos durs ni de voix s’élever de colère à cause de notre présence. Au contraire, nous avons eu beaucoup de sourires et de souhaits de bienvenue, sans compter les innombrables enfants qui nous ont demandé des stylos [pour l’école].
Les agents de la Police nationale afghane doivent apprendre à circuler librement et avec aisance parmi leurs concitoyens. Dans quelques secteurs de la ville, les insurgés occupent encore le terrain et empêchent les agents de police d’y entrer, et nous n’avons pas la possibilité de nous y déplacer avec eux et de les encadrer dans de telles conditions, ce qui pose un enjeu immédiat. Fort heureusement, la ville nous est en grande partie accessible et à nous de la « gagner et garder. » Il incombe au contingent canadien de police civile et aux autres forces de police et militaires de la coalition de mobiliser la PNA et de la faire sortir de ses postes de police pour interagir avec le public et sa communauté.
Il est vrai que les progrès sont lents et que la PNA a été durement critiquée. Je le comprends parfaitement. Toutefois, nous commençons à peine à découvrir ce que sont les facteurs de réussite : une mobilité accrue en dehors des murs d’enceinte avec les forces américaines et canadiennes; un plan de maintien de l’ordre concerté et prêt à être exécuté de concert avec la PNA; et le déploiement d’opérations solides et intégrées des partenaires de la coalition.
Notre équipe est consciente des enjeux qui se posent, mais la créativité, le travail d’équipe et la persistance peuvent rendre notre présence plus utile pour la PNA, parce que la population s’attend à une présence policière plus forte pour assurer sa sécurité. De ce que j’ai pu observer au cours de mes patrouilles urbaines, le peuple est prêt à accueillir sa police. Notre travail est de créer, de stimuler et de maintenir un environnement stable et sécuritaire qui permette d’aller beaucoup plus loin encore que ce que nous avons tout juste commencé.