Par le surint. Joe McAllister
Kandahar (Afghanistan) — Difficile de croire que notre périple a débuté il y a un peu plus d’un an déjà. Dernièrement, les choses se sont précipitées. Nous en sommes à un jalon important, sinon vital, de notre initiative de mentorat dans le Sud auquel nous consacrons toute notre énergie. Ces dernières semaines, j’ai eu l’occasion d’évoluer sur le terrain et de vraiment constater nos progrès ainsi que le travail qu’il reste à faire.
J’ai participé à une expédition dans les deux secteurs principaux où le Canada est affecté, ce qu’on appelle la Zone vitale : Zhari et Panjwayi. On y trouve deux sous-stations : l’une comporte déjà un QG, et la construction d’un second QG est en voie dans l’autre. À Panjwayi, nous avons rencontré le chef provincial et le général pour discuter de ce qui fonctionne bien et des points sur lesquels nous devrions nous concentrer à l’avenir. Le chef était très enthousiaste; en parcourant du regard le nouveau QG, nous pouvions voir qu’il était utilisé aux fins que nous avions envisagées.
Au début, la PNA ne voulait pas utiliser le QG parce qu’il se trouvait à un kilomètre à l’extérieur de la ville. En Afghanistan, c’est une longue distance, quand on sait que le transport public dans les districts se limite à la bicyclette ou à un âne. Le centre de district se trouve juste à côté du QG; par chance, comme c’était la tenue de la choura hebdomadaire sur la sécurité, nous y sommes arrêtés pour entendre ce que les résidents locaux et le chef de district avaient à dire et voir comment le chef abordait les préoccupations. Ce forum s’apparente beaucoup à nos groupes consultatifs communautaires et j’ai été impressionné par la manière franche avec laquelle le chef a abordé les problèmes.
Nous avons poursuivi jusqu’à Pashmul Sud où je m’étais arrêté il y a un an lors de ma première expédition hors de l’enceinte. C’est probablement là où j’ai constaté le plus grand changement, principalement grâce à l’initiative de l’Équipe de liaison et de mentorat opérationnel (ELMO) qui y est affectée.
Surint. Joe McAllister et le Commandant adjoint, Major Louis Carvello, devant la Mosquée bleue. Cette mosquée abrite la monture du Prophète et est un lieu très saint à Kandahar. Surint. Joe McAllister et le Commandant adjoint, Major Louis Carvello, devant la Mosquée bleue. Cette mosquée abrite la monture du Prophète et est un lieu très saint à Kandahar.
L’année dernière, cette route était le théâtre de fréquentes embuscades et attaques dans le champ de vision même du point de contrôle de la police. Les membres de la PNA se mettaient alors à l’abri et s’abstenaient de réagir. Ils quittaient rarement le point de contrôle, et surtout pas la nuit. Aujourd’hui, ils sont bien équipés, ont fière allure et sont sous la direction d’un excellent chef qui sait les motiver au quotidien. Lorsque je l’ai interrogé sur ce qui avait changé en un an, il m’a répondu que c’était l’entraînement reçu au Centre régional de formation, le mentorat assuré par l’EMLO, l’équipement fourni et l’infrastructure érigée durant la période.
Notre voyage à Zhari et à l’emplacement des futures stations de police nous a permis d’évaluer ce qui reste à faire dans le secteur. Mais le gros changement, c’est que tous les policiers sont en uniformes et en poste; un horaire des quarts et un plan ont été établis et les policiers patrouillent régulièrement sur les voies principales. Là encore, ces progrès peuvent sembler banals, mais c’est le jour et la nuit comparé à il y a seulement un an.
Nous leur avons distribué la majeure partie de leur équipement hivernal, alors que l’an dernier, ils ne l’ont reçu qu’à la fin janvier, et seulement la moitié de ce dont ils avaient besoin. Nous avons décidé d’accroître le matériel en commandant 2000 couvertures et 4000 paires de chaussettes, de chapeaux et de gants chauds.
Au cours des deux dernières semaines, j’ai participé à cinq patrouilles à pied dans la ville, notamment une patrouille nocturne et une autre au centre-ville. L’an dernier, cela aurait été impensable; mais aujourd’hui, les membres de l’Armée nationale afghane (ANA) et de la PNA sont désormais en mesure d’exécuter ces patrouilles par eux-mêmes, ou en notre compagnie, et ce, dans des secteurs qu’ils jugent stratégiques pour la sécurité.
La nuit, c’est une autre histoire. Au cours d’une promenade dans les rues abandonnées, la vue d’immeubles endommagés, rendue possible par le port de jumelles de vision nocturne, m’a donné l’impression d’être arrivé au lendemain d’une guerre nucléaire. Quel paysage sinistre!
Ma patrouille préférée, c’était il y a environ une semaine. Nous avons quitté le camp par un chemin différent pour nous diriger vers un marché assez achalandé. En passant près d’une école, des enfants nous ont remarqués, puis se sont mis à notre suite. En un rien de temps, ils étaient des centaines à nous suivre. Au début, timides, ils n’osaient s’approcher, mais après que nous leur ayons adressé quelques mots en pachtoune, ils n’ont pas hésité à engager la conversation. Grâce à nos interprètes, nous avions le plaisir de jaser avec ces enfants, de leur demander s’ils aimaient aller à l’école, ce qu’ils voulaient devenir quand ils seraient grands, une conversation normale, quoi. La plupart des enfants nous demandaient un stylo; de toute évidence, les fournitures scolaires étaient rares, tout comme les professeurs.
Tandis que nous marchions, je saluais les enfants et leur donnait la main. Certains des garçons ne voulaient plus nous lâcher la main, et même des fillettes osaient nous serrer la main. Quelques soldats qui étaient avec nous n’ont pas tardé à répondre à la main tendue des enfants; on aurait dit le joueur de flûte entouré de toute une ribambelle d’enfants.
En résumé, après un an, je peux dire que les défis continuent de me stimuler, et j’ai encore une tonne de travail à terminer avant de pouvoir rentrer. Je sais qu’il reste beaucoup à faire et de nombreux défis à relever, mais les progrès viendront avec le temps.
Salutations du désert froid de l’hiver.
Joe