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Journal de la CIVPOL : de retour au désert

Par le surint. Joe McAllister

Afghanistan Après un long congé de Noël partagé entre la salle d’opération, les paysages enneigés et les joies de la plage, je suis de retour au poste depuis quelques semaines. Même quand je m’absente pendant un bon moment, l’Afghanistan ne me quitte jamais vraiment. Nous avons perdu beaucoup de soldats en décembre, dont certains que je connaissais assez bien. Trois d’entre eux relevaient notre Équipe de reconstruction provinciale (ERP), et un autre était un guide pour les questions de police que j’avais rencontré une fois à son arrivée puis de nouveau lorsqu’il s’apprêtait à rentrer au pays pour les Fêtes. J’arrive tout juste de la dernière cérémonie de rapatriement et je peux dire en toute honnêteté que je ne m’y habitue jamais. Voir ces jeunes porter le cercueil de leur confrère entre les rangées de la haie d’honneur a quelque chose de solennel.

Tous les membres de la police civile qui participent à la mission se sont réunis lors d’une conférence de trois jours tenue dans les locaux de l’ERP au cours de la dernière semaine. Certains de nos homologues de Kaboul y étaient. Chaque policier a fait le compte rendu de ses activités pendant son affectation, décrivant ses expériences – bonnes et mauvaises –, les points sur lesquels il croyait que nous devrions nous concentrer et les objectifs qu’il avait atteints ou espéré atteindre pendant son séjour. Au début, nous avons pensé que ces témoignages prendraient peu de temps, mais ils ont duré toute la journée et se sont avérés très édifiants pour bon nombre des participants.

Surint. Joe McAllister et le Commandant adjoint, Major Louis Carvello, devant la Mosquée bleue.
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Surint. Joe McAllister avec le ministre afghan de l’Intérieur, M. Atmar.

Cet exercice nous a aussi apporté une forme de validation, puisque nous n’avons jamais travaillé dans ce genre de milieu auparavant et que nous n’avons jamais eu accès à autant de fonds pour les activités de développement. Habituellement, quand nous sommes affectés à une mission ou à un tribunal de l’ONU dans un rôle de formation ou autre, tous les aspects de la mission sont pris en charge ou financés par l’organisme hôte. Il arrive aussi que nous recevions une indemnité journalière et que nous vivions dans la communauté où nous travaillons. Ici, nous sommes l’organisme hôte; nous logeons dans les bases militaires, faisons partie de la machine militaire et suivons les règles et les procédures militaires. Nous avons aussi la possibilité inouïe d’utiliser des fonds spéciaux sur une échelle jamais vue à notre niveau. L’an dernier, nous avons consacré plus d’un million de dollars à des projets visant à aider le Corps de police national afghan (CPNA) dans les principaux districts où travaille le personnel canadien.

Le plus génial, c’est que ces projets sont l’œuvre de policiers canadiens qui ont pu en suivre toute la progression, depuis la première pelletée de terre jusqu’à l’ouverture d’un nouveau poste de police équipé de meubles neufs et doté de policiers fraîchement formés. Ils ont eu l’occasion unique de planifier de nombreux projets, d’y collaborer, de les financer et d’assister à leur réalisation. Ils voient aussi les avantages qui en découlent pour la police et la collectivité.

Récemment, j’ai présenté la Médaille pour services généraux à trois des nôtres, un honneur dont je suis très fier. Cette médaille est décernée en reconnaissance des services exceptionnels que les récipiendaires ont rendus à leur pays et au peuple afghan, de même que pour souligner le courage et l’abnégation dont ils ont fait preuve en donnant plus d’un an de leur vie à cette mission. Les gendarmes Jeff Hirsch, Ryan Mitchell et Bing Chow ont tous fait un travail remarquable, chacun à sa façon.

Ces membres font partie intégrante de l’équipe, et ils nous manqueront. Leur départ laissera un vide, même si d’autres viendront prendre leur place.

J’ai aussi eu l’occasion extraordinaire de rencontrer le ministre afghan de l’Intérieur, M. Atmar, un homme très aimable dont le rôle équivaut à celui de notre ministre de la Sécurité publique. Nous l’avions fait venir à Kandahar pour plusieurs raisons, dont la certification de notre centre de formation, afin que nous puissions offrir des cours crédités aux policiers afghans. C’est comme dans n’importe quel programme de perfectionnement professionnel : à moins que votre cours soit reconnu et que le certificat soit validé par votre organisation, il ne sera pas d’une très grande utilité pour votre carrière, même si vous pouvez tout de même appliquer ce que vous avez appris.

J’ai expliqué que la GRC et la CIVPOL avaient une longue expérience au chapitre de l’enseignement lors des missions internationales et je lui ai donné une idée de ce que nous espérions offrir à ses agents. Il nous a appuyés à 100 %. Il s’est penché vers moi et a promis de signer le document de certification dans un délai de quatre jours. Je lui ai gentiment dit qu’il pouvait même en prendre cinq s’il le fallait, remarque qui m’a valu un petit rire de sa part. Une fois obtenue, cette accréditation représentera vraiment l’une de nos plus belles réalisations. Le ministre souhaite ardemment centrer davantage les services de police de son pays sur le renseignement, comme le font nos analystes de la criminalité au Canada. Nous lui avons fait visiter notre centre de formation et lui avons parlé de nos projets de développement. Il a témoigné beaucoup d’enthousiasme à l’égard de notre école et des progrès que nous avons réalisés ici.

Nous nous sommes donné pour objectif de réunir des policiers afghans compétents et de les former à devenir instructeurs. Par la suite, nous les encadrerons et ferons appel au besoin à des experts en la matière pour la prestation des cours. Heureusement, nous avons parmi nous une conseillère supérieure qui a déjà été directrice du Collège canadien de police, à Ottawa, et qui sert de personne-ressource au ministre pour les questions liées aux politiques et aux relations hommes-femmes. Elle nous a donné d’excellentes suggestions et a fait des observations très perspicaces sur les difficultés qu’il nous reste à surmonter, mais je pense que nous avons de bonnes chances d’atteindre notre but.

Je connais enfin la date à laquelle mon affectation se terminera. C’est une perspective qui me réjouit, mais il reste encore tant de pain sur la planche que j’ai peine à croire que plus de 14 mois se sont écoulés. Parfois, je sens que nous sommes sur le point de franchir une étape déterminante, puis les circonstances nous obligent à reculer. Les attaques récentes dans la ville et contre le CNPA nous incitent à la vigilance, et j’essaie de me concentrer davantage sur le travail à accomplir demain que sur la fin de mon affectation. Comme le disait l’un de mes amis, « l’Afghanistan est un gros éléphant qui se mange seulement une bouchée à la fois ».

À bientôt,
Joe