Mon affectation de neuf mois tire rapidement à sa fin. J'approche de la fin de ma mission avec des sentiments ambivalents. J'ai hâte de retrouver ma vie au Canada, plus confortable que celle d’ici, et ma fiancée qui m'attend avec impatience, mais je ressens également un certain regret à l’idée des collègues et des amis afghans que je laisse derrière.
En juillet 2009, on m'a affecté à Kaboul, tout d'abord au sein du Commandement de la transition conjointe de la sécurité en Afghanistan, dans un bureau de soldats américains, et peu après au sein de la Mission de police de l'Union européenne en Afghanistan (EUPOL). Nous sommes une douzaine de policiers canadiens travaillant aux côtés de nos collègues européens à Kaboul et à Kandahar dans le cadre des engagements bilatéraux du gouvernement canadien pour appuyer les efforts de l'Union européenne dans cette région. J'ai eu la formidable occasion de travailler avec des collègues provenant de divers pays européens alors que je participais au cadre de formation de l’EUPOL. Avec nos « assistants linguistiques » afghans, nous avons dispensé divers cours de formation à des membres de la police nationale afghane, ce qui nous a amenés au ministère de l’Intérieur, au quartier général de la police de la ville de Kaboul et à d'autres bases militaires ou bureaux de police afin de donner ces cours et séminaires interactifs. Ce fut stimulant et valorisant.
Le fait de travailler par l'entremise d'un interprète comporte de nombreux défis ; j’ai dû ajuster ma façon de m’exprimer afin que mon message soit adéquatement transmis en dari, une langue complètement différente que parlent la plupart des Afghans à Kaboul et dans les environs. Il faut parler lentement, clairement et faire fréquemment de longues pauses afin que l’interprète puisse se rattraper et traduire ce que vous avez dit. En général, les policiers afghans sont enthousiastes à l'idée d'apprendre nos techniques policières modernes et à leur diplomation, ils sont toujours emballés de recevoir leur certificat et claironnent souvent quelque chose du genre « Je fais ceci pour l'Afghanistan, je fais ceci pour les miens ! » devant la classe, tout en tenant fièrement leur nouveau certificat laminé devant eux.
Nous enseignons à nos étudiants des notions allant des techniques policières de base aux techniques d’enquête avancées. Les droits humains et les questions liées à l'égalité des sexes sont fortement imbriqués dans nos plans de cours. Ce sont des choses que nous tenons pour acquis chez nous, qui vont tellement de soi qu’elles non pas besoin d’être expliquées en détail. Les Canadiens auraient considéré comme de la torture les techniques d'interrogation afghanes reconnues jusqu’à récemment. Nous travaillons fort pour changer ces attitudes. Cependant, nous devons également respecter la culture afghane ainsi que la loi de la « charia », laquelle se fonde principalement sur la religion de l'islam.
Je crois que la partie la plus difficile de cette mission fut le manque de liberté. En raison des problèmes de sécurité à Kaboul, nous devions nous déplacer en véhicule blindé en tout temps. Il est vrai que le risque était tout simplement trop élevé, avec les attentats suicides à la bombe, les attaques à la roquette et les attaques avec des armes légères qui se produisent régulièrement dans cette capitale.
Ce que j'ai le plus apprécié de cette mission est la chance de travailler avec des Afghans sympathiques et accueillants et avec des camarades européens qui furent plus que coopératifs. De nombreux nouveaux amis me manqueront, mais j’ai l’impression que j'en croiserai quelques-uns au cours de prochains voyages, car nous avons forgé des liens étroits. Cependant, ma fiancée me manque encore plus et il est donc temps de retourner à la maison!