En arrivant en Afghanistan le 10 novembre 2007, ma première impression a été celle d’un terrain d’aviation sale, poussiéreux et bruyant. En tant que seul agent de la paix civil à l’aérodrome de Kandahar, je suscitais beaucoup de curiosité, et on me demandait constamment ce que j’y faisais. Il semble que très peu de personnes savent que depuis 2005, les policiers canadiens offraient des services de mentorat. Toutefois, dans le contexte de l’époque, comme bien d’autres éléments, la police passait presque inaperçue. On ne consacrait que très peu d’énergie pour l’améliorer, pour former les agents de la paix et pour leur offrir un mentorat qui leur permettrait d’être efficients, efficaces et professionnels dans cette partie du pays.
C’est alors que l’initiative sur le perfectionnement ciblé par district a été instaurée. Cette initiative était dirigée par les États‑Unis et notre rôle consistait à choisir des districts où nous croyions qu’un certain succès était possible avec ce programme. Pour choisir les districts où donner notre formation, il a fallu faire face à divers intérêts conflictuels, étant donné le petit nombre d’écoles et de mentors disponibles. Notre plus grande réussite a été de faire de Kandahar une priorité. Nous savions que nous pourrions y faire une différence en ce qui a trait aux services de police civils, puisque les déplacements dans la ville étaient encore possibles, que la population était plus intéressée par les services de police axés sur la collectivité et que des mécanismes étaient déjà en place pour appuyer ces programmes. Nous avons donc pu offrir un soutien et des mentors non seulement à Kandahar, mais aussi dans les districts principaux de Zhari, de Panjwayi, d’Arghandab, de Dand, de Daman et de Spin Boldak.
Pour réussir ce projet, il fallait trouver un plus grand nombre d’agents de police qui avaient les compétences requises pour offrir du mentorat et de la formation aux membres de la Police nationale afghane (PNA). Pendant la dernière année, nous avons triplé le nombre d’agents de l’Équipe de reconstruction provinciale (ERP) à Kandahar. Cette équipe comptait huit personnes quand j’y suis arrivé; maintenant, vingt‑quatre agents travaillent dans la province. Nous avons réussi à faire construire notre propre centre de formation et offert une formation policière utile à des centaines d’agents de la PNA. Nous avons donné à ces derniers des cours sur l’installation d’un cordon de sécurité en cas d’explosion de dispositifs explosifs de circonstance, les premiers soins au combat, les techniques d’entrevue, la lutte antiterroriste, la sécurité des agents, les armes à feu, la gestion des points de contrôle des véhicules, la gestion d’un commissariat de police, et la gestion des scènes de crime, ainsi que des cours de garde du corps, afin de les aider à s’acquitter de leurs tâches quotidiennes.
Bien que nous ayons aidé à former plus de 1 200 membres de la PNA dans nos districts, il reste encore beaucoup de travail à faire. La PNA continue d’être la principale cible des insurgés, qui sont la cause de la perte de plus de 1 100 agents par année partout au pays, plus particulièrement dans les régions du sud. La PNA a donc besoin d’un plus grand soutien et d’une meilleure gestion de l’équipement. Elle a également de graves problèmes d’analphabétisme et de toxicomanie à surmonter. Malgré cela, la police gagne tranquillement du terrain; aussi, elle est plus confiante dans ses capacités et elle gagne le respect de la population, ce qui est essentiel à sa réussite. Les policiers ont encore besoin d’appui, de formation et d’aide avant de pouvoir voler de leurs propres ailes, mais au cours de la dernière année, ils se sont enfin bien engagés dans cette voie. Il ne manque pas de recrues, et à mesure que croît notre capacité de les former, notre capacité de leur offrir un mentorat devra également être accrue, et ce, à tous les échelons. Il s’agit là d’un projet à long terme qui nécessitera du temps et de la patience, tant de notre part que de celle des Afghans.
Il a été bon de voir tous les changements qui ont été apportés et d’avoir participé au mouvement qui a marqué leur envol. Cette période a été, jusqu’à maintenant, la plus intéressante, la plus unique et aussi la plus exigeante de ma carrière. Ici, j’ai perdu et j’ai trouvé des amis. Mon expérience de l’Afghanistan restera avec moi pendant de longues années encore.
Le surint. Joe McAllister de la GRC travaille au sein de l’Équipe de reconstruction provinciale à Kandahar depuis le 10 novembre 2007.