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Bulletin - Numéro 36

Prix Air Canada Horizons enfance -- GRC enfants retrouvés 2008

Par : Sergent d'état-major Roger Martin

De gauche à droite : le sergent d'état-major Roger Martin, sous-officier. responsable des Services nationaux des enfants disparus, l'inspecteur Peter Goulet du détachement de Toronto-Nord (Newmarket) de la GRC, la détective Sandra  Staley, le chef du Service de police régional de York Armand La Barge et le surintendant Tony Cusimano du District 4 du Service de police régional de York.

De gauche à droite : le sergent d'état-major Roger Martin, sous-officier. responsable des Services nationaux des enfants disparus, l'inspecteur Peter Goulet du détachement de Toronto-Nord (Newmarket) de la GRC, la détective Sandra Staley, le chef du Service de police régional de York Armand La Barge et le surintendant Tony Cusimano du District 4 du Service de police régional de York.

Sandra Staley reçoit un prix national

Le Prix Air Canada Horizons enfance – GRC enfants retrouvés est un prix d'excellence visant à reconnaître le travail et les efforts déployés par un organisme ou un citoyen canadien à la recherche d’enfants disparus pour les ramener en lieu sûr.

Sandra Staley s'est récemment vue récompensée pour son travail extraordinaire à la suite de l'enlèvement d'un enfant de deux ans. Le 2 décembre 2008, à l'occasion d'une cérémonie qui s'est déroulée à Newmarket en Ontario, la détective Staley a reçu le Prix Air Canada Horizons enfance – GRC enfants retrouvés.

La détective Staley a commencé sa carrière en 1980 à titre de membre civil du Service de police régional de York. Elle a occupé divers postes, dont certains en administration et à la répartition, en plus d'appuyer de différentes manières le travail des agents de police et du procureur de la Couronne.

En 1994, elle a quitté le Service de police régional de York et est devenue agente de police. Elle a occupé des postes, entre autres, au sein de la Police provinciale de l'Ontario et du Service de police régional de Durham.

En 1998, elle est revenue au Service de police régional de York à titre d’agente de police. Après plusieurs affectations aux services de police de première ligne, elle a été promue au rang de sergente.

Tout au long de sa carrière, Mme Staley s'est démarquée par ses services exceptionnels et a remporté plusieurs prix prestigieux décernés par le monde policier.

Le prix qu'elle vient de recevoir lui a été décerné pour son travail d'enquête à la suite de l'enlèvement d'un enfant de deux ans. La garde de l’enfant avait été retirée à la mère biologique de l'enfant et confiée aux Services à la famille. La mère a enlevé l'enfant de son environnement « sécuritaire » pour l'emmener dans un environnement jugé « non sécuritaire ». La récipiendaire de ce prix a coordonné une enquête complexe qui a permis de récupérer l'enfant et de le ramener aux services de protection de l’enfance.

Essentiellement, ce prix est remis à une personne qui a œuvré diligemment à la réalisation de nombreux objectifs dans le milieu policier et qui a réussi à faire le saut du travail civil aux tâches policières.

Malgré qu'elle soit aujourd'hui agente de police, son travail à titre de membre civil a aussi été reconnu. Dans toutes les situations de travail, elle a poursuivi ses objectifs avec détermination, diligence et persévérance, en risquant parfois sa propre sécurité pour « faire le travail ».

Pour ceux d'entre nous qui travaillons à la prévention ou la diminution de la victimisation chez les enfants, il s'agit d'un prix prestigieux dont la détective Staley a tout lieu d’être fière.

Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec les Services nationaux des enfants disparus ou consulter le site Internet Nos enfants disparus (NED), à l'adresse www.nosenfantsdisparus.gc.ca.

Séances de formation des Services nationaux des enfants disparus

Atelier sur les enfants disparusLes 28 et 29 octobre 2008, la cap. Julie Gagnon et la cap. Marie-France Olivera ont animé un atelier de deux jours sur les enfants disparus auprès d'un groupe de 24 enquêteurs du Service de police régional de York. L'atelier a accueilli des conférenciers tels que Sharon Pezzano, agente de renseignement de l'Agence des services frontaliers du Canada, l'enquêteur Ed Dizon de l'escouade contre la prostitution juvénile de la police de Toronto et M. Emil Dittrich, un père dont les trois enfants ont été enlevés et amenés en République tchèque par leur mère, puis retournés au Canada en 2007. Des ateliers semblables sont organisés plusieurs fois par année partout au Canada et sont offerts sans frais à tout service de police canadien qui décèle le besoin de former ses agents pour qu’ils puissent traiter de tous types de cas de disparition d'enfants.

L'atelier porte surtout sur les enquêtes concernant les enlèvements par un des parents et se penche sur les lois provinciales et fédérales et sur les ordonnances des tribunaux. Il comporte des exercices basés sur des scénarios. Cette formation de deux jours aide les enquêteurs à acquérir des connaissances fondamentales qui leur permettront d'améliorer leurs enquêtes et, ce qui est encore plus important, de mieux connaître les Services nationaux des enfants disparus, les Services nationaux de police et les services d’autres organismes qui peuvent les aider, les guider et les soutenir dans la résolution de leurs enquêtes portant sur des enfants disparus.

Annonces

  1. Conférence du Centre canadien de police pour les enfants disparus et exploités, du 2 au 4 juin 2009, Montréal (Québec) (Services nationaux des enfants disparus et Centre national de coordination contre l'exploitation des enfants).
  2. Cinquième Congrès mondial sur le droit de la famille et les droits des enfants et des jeunes, du 23 au 26 août 2009, Halifax (Nouvelle-Écosse) (Séance sur l'application de la loi, 120 minutes).
  3. Les défis futurs des responsables de l'application de la loi – La protection des enfants
    1. Le mandat des Services canadiens et le soutien aux enquêtes
    2. Le soutien technologique aux enquêtes
    3. Une vision pour l'avenir (www.lawrights.asn.au)

Dites « au revoir » à la cap. Marie-France Olivera

Cap. Marie France Olivera

C'est avec une certaine tristesse que je dis adieu à mon poste d'analyste d'opérations au sein des Services nationaux des enfants disparus (SNED). J'ai consacré les douze dernières années de ma carrière aux enfants disparus ou exploités. Les gens m’ont dit que mon travail devait être difficile. Cependant, j'ai toujours cru que ce sont les agents de la paix de première ligne et les travailleurs œuvrant auprès des différents organismes à but non lucratif qui assument les tâches les plus difficiles, soit rencontrer les victimes en personne et contribuer au travail difficile de recherche et de récupération des enfants disparus. Je me sens extrêmement privilégiée d'avoir pu aider ces professionnels dévoués tout en restant confortablement assise à mon bureau, devant mon ordinateur, à la Direction générale de la GRC à Ottawa.

Au cours de mes nombreux voyages, ma participation a consisté à donner ou à suivre de la formation, à participer à des réunions et à discuter d'enjeux avec des corps policiers étrangers, des organismes gouvernementaux, des parents abandonnés et, parfois, des enfants victimisés. Mes déplacements ont aussi été l'occasion de présenter les services des SNED et leurs procédures d'enquêtes pour l'application de la loi. Au cours de ces années de travail, j'ai tiré de précieuses leçons de vie. Il n'est donc pas surprenant que je sois demeurée aux SNED aussi longtemps. J’ai passé du bon temps ici et je suis reconnaissante de cette chance qui m'a été donnée de contribuer à une cause aussi honorable.

J'ai travaillé avec de nombreux organismes partenaires dont les efforts ont joué un rôle crucial dans le retour de tant d'enfants... des collègues et des êtres humains qui ont le cœur sur la main. J'aimerais remercier chacun d'entre vous pour votre dévouement, votre affection et votre engagement dans la cause des enfants disparus. J'ai toujours eu hâte à mes journées bien remplies aux SNED pour les défis et la satisfaction que j'en retirais. Pour tout vous avouer, chaque fois que j'arrivais au bureau, j'avais l'impression d'être de retour à la maison... c'était confortable et familier. À tous les membres de ma « famille » des SNED : vous me manquerez beaucoup, et je vous souhaite tout ce que la vie a de meilleur à vous offrir. Je vous souhaite de vous épanouir autant que moi dans votre carrière. Il est maintenant temps pour moi de quitter ma zone de confort pour poursuivre mes objectifs de carrière. Je continuerai de servir la GRC à titre de conseillère en harcèlement. J'ai hâte de relever les défis de ce nouvel emploi et je ferai de mon mieux pour y apporter une contribution positive.

Marie-France Olivera

Missouri State University, Springfield (Missouri), mai 2008

Marlene Dalley, PhDLes souffrances des enfants (The Plight of Children) -- Marlene Dalley, Ph. D., SNED, Canada

Présentation du groupe d'experts

Mon domaine d'intérêt et d'expertise est la violence faite aux enfants, et particulièrement les questions ayant trait aux enfants disparus et exploités. Je concentre mes travaux sur les enlèvements par des étrangers, les enlèvements par un des parents, les fugueurs et les enfants de la rue.

1. Enlèvements par des étrangers

La première forme de violence faite aux enfants est l'enlèvement par un étranger. Il s'agit d'un des crimes sexuels les plus odieux puisqu'il implique de jeunes enfants. Il est rare qu'un enfant soit enlevé sans qu'il y ait agression sexuelle. La plupart du temps, l’enfant est tué par suffocation pendant l'acte. Il n’arrive pas souvent que l'enfant soit retrouvé et ramené sain et sauf à la maison. Dans certains cas, l'agression se déroule très rapidement. Par conséquent, les parents ou les gardiens ignorent que l'enfant est disparu jusqu'à ce qu'ils apprennent l’horrible nouvelle.

Des enfants plus âgés, surtout des adolescents, sont eux aussi enlevés. Cependant, la plupart du temps, leur disparition n'est pas déclarée aux autorités, surtout dans les cas d'enfants dont les parents jugent qu'ils devraient « quitter le foyer et se débrouiller par eux-mêmes »; de laissés-pour-compte dont la présence n'est pas voulue; d’enfants dont les parents ne déclarent pas la disparition de crainte de perdre leurs prestations d'aide sociale à l’enfance.

Les jeunes adolescents sont généralement agressés sexuellement, puis ramenés à l'endroit d'où ils ont été enlevés. Au Canada, ce type d'incident est souvent signalé à la police comme agression plutôt que comme enlèvement d'enfant, puis il est inscrit comme agression. Cette pratique fait qu'il est difficile de déterminer le nombre exact de victimes d'enlèvements par des étrangers sur une base annuelle.

Ainsi, lorsque vient le temps d'établir un portrait de la situation à l'échelle nationale, le nombre d'incidents d'enlèvements par des étrangers au Canada et aux États-Unis est plutôt bas par rapport au nombre d’enfants dans la population. Cependant, les parents doivent comprendre que leurs enfants peuvent subir beaucoup d’autres formes d'agressions et qu'il est donc impératif de les doter des outils nécessaires pour se protéger contre les prédateurs.

Néanmoins, en dépit de toutes les précautions que les parents et la société prennent pour protéger les enfants, ces derniers sont victimisés. Les ravisseurs planifient leurs approches et ils arrivent à leurs fins parce que la plupart des victimes sont trop jeunes pour reconnaître un prédateur ou pour déjouer leurs tactiques.

Voici les deux façons les plus courantes d'enlever un enfant :

A. Le leurre
Le prédateur leurre l'enfant ou le jeune et l'attire dans un endroit où il l'agresse, le blesse, ou, parfois, l'assassine (p. ex., « Aide-moi à trouver mon chien! » ou « Veux-tu que je te conduise à la fête ou à la danse de l'école? »).

B. L'attaque-éclair
Le prédateur s’approche de l'enfant ou du jeune de façon soudaine, en recourant souvent à la force. L'action se déroule si rapidement que l'enfant n'a pas le temps de réagir pour échapper au prédateur.

Enlèvements par des étrangers : que faisons-nous de bien?

Il existe plusieurs programmes de prévention très efficaces en Amérique du Nord. Nos écoles font la promotion active de la sécurité dans les écoles et dans les collectivités, et le secteur communautaire œuvre diligemment à aider les parents et à renseigner la population.

Les enfants sont de mieux en mieux informés des gestes à poser pour empêcher un enlèvement. On leur enseigne à crier, à se débattre, à s'agripper à un poteau dans un magasin ou à tout autre objet fixe pour empêcher le ravisseur de parvenir à ses fins, ainsi qu'à poser d'autres gestes pour éviter les enlèvements.

De plus, les parents consacrent de plus en plus de temps à l'éducation de leurs enfants. J'ai remarqué une nouvelle tendance : les enfants pensent à des manières de survivre même dans les circonstances les plus horribles, et ils en parlent entre eux.

Vous vous souvenez peut-être d'Elizabeth Smart, une jeune fille de quatorze ans enlevée il y a quelques années. Elle a réussi à vivre avec ses ravisseurs pendant neuf mois avant d'être retrouvée par la police et retournée chez elle. Aujourd'hui, Elizabeth vit une vie normale.

Les parents et les éducateurs aident les enfants à saisir l'importance de se fier à leur instinct pour survivre à ces situations. L'an dernier, deux enfants canadiens ont ouvert de l'intérieur le coffre de la voiture de leur ravisseur. Ils ont réussi à attirer l'attention d'un passant et à s'échapper du coffre en sécurité.

Dans un autre cas, un enfant enlevé a survécu pendant une semaine après avoir été confiné dans une remorque, dans les bois, contre son gré. Un autre enfant a été enlevé, puis relâché par son ravisseur, et il est parvenu à retourner sain et sauf à la maison.

Malgré que je n'ai aucune preuve pour étayer cette hypothèse, j'ai remarqué un changement dans l'attitude des enfants : ils s'efforcent de rester en vie peu importe les circonstances.

En ce qui a trait à l'application de la loi, le programme Alerte AMBER est en vigueur partout au Canada et aux États-Unis (depuis 2002, 29 alertes AMBER ont été déclenchées au Canada, dont quatre au cours de la dernière année).

Ainsi, la plupart des corps policiers savent qu'un enfant enlevé peut être tué dans les quelques heures suivant sa capture. Par conséquent, certains corps policiers ont conçu des « plans d'intervention d'enquête détaillés ». Ces plans sont mis en branle dès qu’est signalée la disparition d'un enfant ou d’un jeune. Cependant, certains critères préétablis doivent être remplis. Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter le Rapport sur les cas d'enlèvement par un étranger, sur le site www.nosenfantsdisparus.gc.ca. Même si ce rapport a été réalisé en 2003, il décrit une situation toujours d'actualité.

2. Enlèvements par un des parents

La deuxième forme de violence faite aux enfants est l'enlèvement par un des parents. Lorsque j'ai commencé à travailler dans ce domaine, l'attitude des responsables de l'application de la loi consistait à croire qu'il s'agissait d'affaires civiles où, comme l’enfant était avec un de ses parents, il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. Cette attitude persiste malheureusement aujourd'hui. Cependant, de plus en plus de recherches démontrent que l'enfant n'est peut-être pas aussi en sécurité avec l'autre parent qu'on pouvait le croire.

De nos jours, la population croit fermement que l’enlèvement d’un enfant par un de ses parents est mal et que ce geste devrait entraîner des conséquences à long terme. Cela marque un changement des mentalités.

Les jeunes enfants qui sont enlevés vivent souvent comme des fugitifs : déplacements, changement de nom, voire déguisements, toujours pour masquer leur identité... Ils sont arrachés à leur famille et à leur environnement familier. Dans certains cas, le ravisseur peut leur faire croire que l'autre parent est mort ou qu’il ne veut plus d'eux.

Les recherches menées sur l'enlèvement par un des parents montrent que cette violence psychologique suscite chez ces enfants davantage d'anxiété, de peur, de dépression et de paranoïa. Ces recherches montrent aussi des changements tels qu'une augmentation de la fréquence des cauchemars, des insomnies, des déficits d'attention et des troubles relationnels. Pour de plus amples renseignements sur les enlèvements par un des parents, veuillez consulter le rapport de recherche sur l'enlèvement par un des parents sur le site www.nosenfantsdisparus.gc.ca.

Enlèvements par un des parents : que faisons-nous de bien?

Au Canada, le Code criminel renferme des dispositions sur les enlèvements par un des parents qui s'appliquent dans chaque province. En bref, selon ces dispositions, quiconque enlève, cache ou dissimule un enfant est accusé d’enlèvement, crime pouvant entraîner une peine d'emprisonnement maximale de dix ans. Jusqu'ici, certains ravisseurs ont été condamnés à des peines allant jusqu'à six ans.

Aussi, le Canada s'est doté d'un centre national d'aide aux enquêtes en matière d’application de la loi, soit les Services nationaux des enfants disparus (SNED), qui relèvent des Services nationaux de police de la Gendarmerie royale du Canada. Au cours de la dernière année, 74 % des demandes d'aide adressées aux SNED concernaient des enlèvements par un des parents. Plusieurs ravisseurs s'étaient enfuis hors du Canada avec leur enfant.

Par ailleurs, les SNED travaillent en partenariat avec l'Agence des services frontaliers du Canada, le ministère de la Justice et le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international dans le but d'enquêter sur ces cas et de s'assurer que les enfants ne quittent pas le pays. Le cas échéant, l'enquête se poursuit à l'étranger. Les SNED collaborent aussi avec Transports Canada pour la formation d'agents. Par ailleurs, les SNED reconnaissent plusieurs organismes canadiens à but non lucratif (voir le site Internet), dont le mandat consiste à rechercher, à récupérer et à retourner les enfants disparus.

Les SNED travaillent chaque jour avec les États-Unis grâce à une collaboration avec le National Center for Missing and Exploited Children établi à Alexandria, en Virginie. Ce partenariat réciproque fonctionne bien depuis plus de quinze ans.

L'année dernière, les SNED ont collaboré à 368 cas d'enlèvements par un des parents aux États-Unis impliquant 505 enfants, ainsi qu’à 136 cas internationaux impliquant 181 enfants.

Même si le nombre d’incidents d'enlèvements par un des parents est en régression constante au Canada, une étude réalisée en 2007 a révélé que 63 % des enfants enlevés ont été amenés à l'extérieur du pays.

3. Les enfants et les jeunes en fugue

Le troisième et dernier aspect que je souhaite aborder concerne les fugueurs et les enfants de la rue. Ces enfants et ces jeunes semblent former un groupe oublié.

Ils vivent dans les rues de nos villes, petites et grandes, négligés; il se prostituent, vendent et consomment des drogues, etc. Certains ont été rapporté disparu, d'autres non. D'autres encore sont qualifiés de laissés-pour-compte. Personne ne se soucie assez d’eux pour signaler leur disparition.

Quand je repense à mes vingt ans et plus de service, je me rappelle que le premier rapport d'étude sur ces enfants, intitulé Les fugueurs, invitait les intervenants à se préoccuper de cette réalité. Il est difficile d'accepter que les efforts pour s'attaquer à cette problématique soient beaucoup moins intenses que ceux déployés dans d'autres dossiers touchant les enfants. Les organismes, surtout ceux chargés de l'application de la loi, s’appuient sur le fait que les fugues ne sont pas illégales, oubliant ainsi que ces enfants et ces jeunes sont pourtant parmi les plus vulnérables à la victimisation.

Les conclusions des études démontrent très clairement que plus les enfants fuguent, plus ils sont susceptibles d'être contrôlés et manipulés par des prédateurs tels que des ravisseurs, des proxénètes, des chefs de gangs et des revendeurs de drogues.

Heureusement, cette année, le gouvernement du Canada s'est penché plus attentivement sur la situation, ainsi que sur l'étude de la traite d’enfants au pays.

Fugueurs : que faisons-nous de bien?

Récemment, les responsables de l'application de la loi, le gouvernement, les organismes de service et la société en général ont commencé à considérer ce groupe d'enfants comme très vulnérable et comme des cibles faciles pour les prédateurs. Les responsables se montrent de plus en plus désireux d'en apprendre davantage sur le sujet; ils adoptent des politiques et des procédures pour prévenir les fugues et ils proposent des manières de protéger les fugueurs.

Les fugueurs chroniques causent une grande inquiétude. Les chercheurs ont désormais la preuve que les fugueurs sont des proies de choix pour le commerce du sexe dans certaines régions du Canada. Dans une telle situation, ils sont pris au piège, surtout à cause de leur accoutumance aux drogues, ils sont exposés aux maladies, subissent des violences pour le paiement de leurs dettes de drogue, sont recrutés par des gangs et, à l'occasion, sont contrôlés par les chefs de groupes du crime organisé dans lesquels ils sont impliqués. Plus ils fuguent, plus ces jeunes sont exposés aux dangers de la rue et au risque de s'enliser dans ce style de vie.

Au Canada, des programmes scolaires et communautaires mettent l’accent sur le fait que la fugue n'est pas un bon choix. Ils proposent d'autres options et offrent des services de soutien. À ceux qui ont fugué à plusieurs reprises, on propose des services de consultation et de soutien pour trouver des manières de « sortir de la rue ». Par ailleurs, les organismes de service aident les enfants et les jeunes à s'extirper du commerce du sexe et à rebâtir leur vie. J'ajouterais aussi que la police considère la prostitution comme une forme d'exploitation sexuelle et ne criminalise plus aussi systématiquement ce choix qu'avant.

De plus, les organismes canadiens collaborent pour combattre ce phénomène et les problèmes qui l'accompagnent. Cette coopération et cette collaboration ont aidé les collectivités à mieux réagir à la situation.

Conclusion : En tenant compte de tous les enjeux, que peut-on améliorer?

La réaction à de tels enjeux relève souvent du réflexe. L'enjeu est important lorsqu'il est considéré comme la « saveur politique du jour ». Par conséquent, les chercheurs et les organismes chargés des programmes et des services s'emparent du filon dans l'espoir d'obtenir d’avantage de financement pour résoudre le problème. Il semble que pour certains, cette question est nouvelle, mais que, pour d'autres, elle ne l'est pas. Quoi qu'il en soit, on constate l’appui du monde politique et, pour cette raison, je me réjouis du fait que la question est heureusement vue sous un nouveau jour : les groupes d'enfants et de jeunes sont placés au centre de l'attention et de l'action.

Néanmoins, il reste beaucoup de failles dans la planification, la coordination, la collaboration et la coopération entre organismes, qui déploient chacun de leur côté des efforts pour s'attaquer au problème. Des rencontres sont organisées avec les principaux intervenants, ce qui permet à ces groupes de responsables d'être sur la même longueur d'ondes, mais la plupart des ministères et des organismes font cavalier seul. La plupart du temps, des lacunes au chapitre de l'échange de renseignements entraînent du double emploi. De plus, pour certains, il est presque impossible de prendre appui sur les initiatives des autres.

Sans surprise, les responsables choisissent des solutions à court terme pour un problème constant, à long terme. On donne parfois un nouveau nom à un vieux problème. Malgré le temps qui passe et les nouveaux enjeux qui se présentent, le statu quo atteint dans le passé semble s'imposer. Au fil des ans, ces questions ne sont jamais complètement réglées et, donc, ressurgissent des années plus tard avec encore plus d'intensité.

J'invite fortement les responsables de ces questions à collaborer entre eux et à tirer profit des initiatives des uns et des autres pour parvenir à une solution à long terme qui soit appropriée et viable.

Je conclus sur cette déclaration-choc de Janet Reno, ancienne procureure générale des États-Unis, à l'occasion d'un congrès sur les enfants :

« Je peux apporter des changements qui toucheront notre pays, mais vous seuls pouvez apporter des changements qui toucheront votre collectivité. Bref, si nous bâtissons des collectivités solides, nous obtiendrons des pays solides. »

Je vous lance ce défi : « Soyez une voix pour les enfants et les jeunes dans votre collectivité ».

Centre national de coordination contre l'exploitation des enfants

Services nationaux de police, GRC

À l'été 2008, 20 jeunes Canadiens ont été choisis pour représenter le Canada au premier colloque consultatif international sur la jeunesse (IYAC en anglais) concernant la sécurité et la protection en ligne, qui se tenait à Londres, en Angleterre. Les élèves âgés de 14 à 16 ans qui estimaient très bien se débrouiller dans Internet étaient invités à présenter leur candidature au Centre national de coordination contre l'exploitation des enfants (CNCEE) en faisant valoir leur connaissance des technologies Internet et leurs compétences en leadership, ainsi qu’en expliquant ce qu'ils souhaitaient tirer de cette expérience. Dans les trois semaines qui ont suivi le lancement du concours, près de 100 candidatures sont arrivées de partout au pays. À l'issue de l'analyse des nombreux formulaires de candidature, essais et vidéos de grande qualité, 20 personnes ont été retenues pour représenter le Canada.

La première partie de l’aventure consistait à se regrouper à Ottawa pour faire connaissance. Pendant trois jours, en compagnie de cinq agents de police représentant différentes régions du Canada, les jeunes ont visité Rideau Hall (résidence de la gouverneure générale du Canada), fait une visite guidée du 24, rue Sussex (résidence du premier ministre du Canada) et profité d'activités de promotion du travail d'équipe au Collège algonquin. En tout, 25 personnes ont convergé vers Ottawa pour former l'Équipe Canada et représenter le pays à l’IYAC de Londres, en Angleterre.

Avec plus de 150 jeunes délégués représentant 19 pays, les représentants du Canada ont participé, avec des organismes d'application de la loi, des entreprises, les médias et des organismes non gouvernementaux, à l'élaboration d'une stratégie pour assurer la sécurité des jeunes en ligne. Les jeunes participants étaient divisés en groupes chargés d'échanger leurs idées sur les manières de rendre Internet plus sécuritaire pour eux. L’IYAC a donné aux jeunes une occasion d'apprendre comment les mesures de protection des enfants en ligne ou hors ligne sont créées et mises en œuvre. De plus, il est permis de sensibiliser les jeunes qui s'exposent directement à des risques en ligne tout en leur donnant les outils nécessaires pour concevoir des solutions et interagir avec des gens et des organismes qui travaillent à l'amélioration de leur protection, en plus des leur permettre d'échanger avec des jeunes d'autres cultures et d'autres horizons dans une discussion ouverte.

La charte mondiale pour la sécurité et la sûreté des enfants et des jeunes en ligne qui en a résulté a été présentée par l'Australienne Rebecca Prior au troisième Congrès mondial contre l'exploitation sexuelle des enfants, qui s’est tenu du 25 au 28 novembre 2008 à Rio de Janeiro au Brésil. Le Congrès mondial était consacré aux moyens de protéger les enfants des diverses formes d'exploitation sexuelle.

La charte de l'IYAC modifie la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant. On peut la consulter (en anglais seulement) sur le site www.iyac.net.

Missing Children Society of Canada

Barbara Snider célèbre ses 25 ans de service

Barbara (Barb) SniderBarbara « Barb » Snider a commencé sa carrière en 1983 au sein de Child Find Ontario, un des premiers organismes à but non lucratif consacré à la problématique des enfants disparus dont la mission englobe la prévention, ainsi que les défis liés à la recherche et au retour des enfants. Plus tard dans sa carrière, Barb a accepté un poste au sein de « Missing Children Society of Canada ». Elle est considérée comme une pionnière dans la recherche, les enquêtes et le retour d’enfants et de jeunes disparus. Elle aide régulièrement des avocats, des policiers, des agents des services frontaliers et de l'immigration, des organismes de services sociaux, des pères, des mères, des grands-parents, pour n'en nommer que quelques-uns.

Elle se spécialise dans la recherche d'enfants enlevés au Canada et à l'étranger et elle facilite la réunion des enfants retrouvés avec la mère ou le père abandonné. De plus, elle transmet ses connaissances et son expertise aux autres, forme le personnel et donne des exposés lors de conférences, de séminaires et d'ateliers. Elle travaille en collaboration avec les chercheurs des SNED de la GRC pour attirer l'attention sur la violence psychologique subie par les enfants pendant et après une expérience d'enlèvement par un des parents.

Barb Snider et Jean-Marc LesageAu fil des années, elle a collaboré avec John Walsh de l'émission America's Most Wanted et a aidé les Australiens à protéger leurs hôpitaux contre l'enlèvement de nouveaux-nés. Elle a aussi assumé des fonctions auprès du président des États-Unis et de la première dame Laura Bush pour les appuyer dans la mise en œuvre de changements destinés à protéger les enfants. Ses connaissances et son expertise sont inégalées.

Tout au long de sa carrière, Barb a travaillé en collaboration avec les Services nationaux des enfants disparus de la GRC. En 2003, elle a reçu le prix d'excellence du programme Nos enfants disparus (groupe partenaire d'OMC dont font partie les SNED de la GRC) pour son dévouement dans la recherche d'enfants disparus.

Comment gérer la peur de l'inconnu lorsque votre enfant fugue

Stanley Popovich

Presque tout le monde s'inquiète lorsque son enfant s'enfuit de la maison ou de l'établissement qui en a la garde. De ne pas savoir ce qui peut lui arriver de bien ou de mal, peut causer beaucoup de peur et d'anxiété. Voici donc une liste de techniques et de suggestions pour gérer la peur qui vous assaille lorsque votre enfant fugue.

Rappelez-vous que personne ne peut prédire l'avenir avec une certitude totale. Même si vos pires peurs se concrétisent, des circonstances et des facteurs imprévisibles surviennent. Ces facteurs inconnus peuvent être utilisés pour parvenir à une conclusion satisfaisante. Rappelez-vous que dans 99 % des cas, nous pouvons prédire correctement l’avenir, mais que le 1 % restant peut changer les choses et entraîner des résultats tout à fait différents de ceux que nous attendions. Nos inquiétudes s'appuient généralement sur les pires scénarios.

Aussi, tentez d'éliminer toute pensée négative en adoptant un raisonnement positif et réaliste. Écartez les pensées anxieuses ou dépressives en vous posant des questions qui vous permettront de maintenir une perception de la situation ou du problème à la fois objective et fondée sur le bon sens. Lorsque votre enfant fugue, il est important de vous concentrer sur les faits entourant la situation et non sur vos inquiétudes. Les inquiétudes ne font qu'exagérer le problème et vous empêchent de raisonner de manière réaliste.

Rassemblez tous les faits concernant la situation pour vous aider à prendre des décisions éclairées. Discutez avec des autorités compétentes, des responsables et des personnes-ressources qui ont de l'expérience auprès des jeunes fugueurs et de leurs familles. Après avoir rassemblé les faits, basez vos décisions sur ces faits et sur les conseils que ces gens vous ont donnés.

Apprenez aussi à vivre un jour à la fois. Au lieu de vous demander comment vous passerez à travers le reste de la semaine, tentez de vous concentrer sur chaque journée. Au fur et à mesure que vous recueillerez de nouvelles informations, de nouveaux défis surgiront et la façon dont vous les gérerez sera différente.

La situation évoluera elle aussi chaque jour... Vous inquiéter de ce qui arrivera la semaine suivante serait une perte de temps. Rassemblez le plus d'informations possible pour mieux connaître la situation. Concentrez-vous sur le présent.

Il est important de prendre de grandes respirations et de vous occuper afin d'éviter que votre esprit ne s'embourbe dans l'anxiété et le stress. Promenez‑vous, écoutez de la musique, lisez le journal, regardez la télévision, jouez à l'ordinateur ou trouvez une activité qui vous ouvrira une nouvelle perspective sur la situation. Saisissez ces occasions d'échapper à vos inquiétudes du moment. Souvent, l'inquiétude aggrave le problème. Comme on dit souvent, toute l'inquiétude au monde n'y changera rien. Il suffit de faire de notre mieux chaque jour, d'espérer un dénouement heureux et, lorsque quelque chose de négatif survient, d’encaisser le coup sans se laisser abattre. À n'importe quel moment du processus, il est utile de demander de l'aide auprès d'un conseiller, d'un membre du clergé ou d'un professionnel.

Ancrez-vous à votre « moi » spirituel. Joignez-vous à un groupe de gens partageant les mêmes vues et pratiquez en fonction de vos croyances. Demandez la force d'affronter la peur de l'inconnu suscitée par la disparition de votre enfant. Demandez de l'aide et des conseils à vos proches. Lisez des livres et autres écrits qui vous permettront de vous renseigner sur vos besoins spirituels et sur les autres défis que vous affrontez. Mettez en pratique les concepts que vous apprenez. Il est important de nourrir votre spiritualité dans ces temps difficiles.

Apprenez aussi à dominer vos pensées négatives. Par exemple, lorsqu’une pensée angoissante vous assaille, visualisez un panneau d’arrêt rouge. Appliquez cette technique aux pensées négatives qui surgissent dans d'autres situations. Le panneau d’arrêt rouge que vous visualisez ainsi vous rappelle constamment d'arrêter de vous concentrer sur cette pensée et de la transformer en quelque chose de plus positif.

Une autre technique très utile consiste à écrire de temps à autre des énoncés positifs dans un calepin et à les transporter dans votre poche ou dans votre sac à main. Dans les moments de dépression ou de frustration, ouvrez le calepin et lisez ces énoncés. Le fait d'accentuer le positif peut vous aider à endiguer vos pensées négatives.

Dans toute situation causant de l'anxiété, déterminez ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce que vous devez améliorer pour mieux gérer vos peurs et votre anxiété. Si les promenades améliorent votre moral, sortez chaque fois que l'anxiété vous saisit. Dressez une liste d'activités et faites-les pour évacuer votre stress.

L’abus d'alcool ou d'autres drogues ne réglera pas votre problème et ne dissipera pas vos peurs. L’alcool et les drogues peuvent vous aider à mieux vous sentir pour un certain temps, mais ils finiront par s'ajouter à votre problème et augmenteront votre niveau de stress. Par ailleurs, ils peuvent altérer votre jugement à un moment où vous devez justement garder l'esprit ouvert et vous concentrer.

Faites preuve de bon sens dans la gestion de vos peurs et de votre anxiété. N'essayez pas de régler tous les problèmes à la fois. Répartissez en séries de petites étapes toutes ces démarches que vous entreprenez pour gérer vos émotions. Faites un pas à la fois : cela vous aidera à gérer votre stress et à augmenter vos chances de succès. Par exemple, supposons qu'en vous levant un matin, vous constatez que la peur et l'inquiétude pour votre enfant fugueur vous tétanisent : essayez alors d'accomplir une tâche à la fois. Convainquez-vous : « Je vais préparer le petit-déjeuner même si je suis malade d'inquiétude ». Après avoir préparé le repas, vous pouvez vous dire que vous avez été en mesure d'accomplir cette tâche malgré votre crainte de ne pas y arriver. Persuadez-vous ensuite d'entreprendre une autre tâche, comme la lecture du journal. Le but n'est pas de s'asseoir et de rester immobile d'inquiétude. Occupez-vous à de petites tâches. Plus vous accomplissez de tâches, plus vous améliorez votre productivité et plus vous êtes à même d'atteindre un meilleur état d'esprit, avec le temps.

Cet article vise d'abord à démontrer que peu importe la difficulté que vous éprouvez à gérer vos peurs, il est important que vous demandiez du soutien auprès des autres et que vous mettiez ces techniques en pratique. Il se peut que ces approches vous demandent beaucoup de travail et de persévérance, mais elles peuvent vous outiller pour surmonter vos peurs et votre anxiété de manière satisfaisante. En fin de compte, l'espoir sera plus fort que tout.

Biographie

Stan Popovich est l'auteur de A Layman's Guide to Managing Fear Using Psychology, Christianity and Non Resistant Methods, un livre facile à lire qui expose des techniques générales efficaces pour la gestion de l'anxiété et des peurs tenaces. Pour plus d'information : www.managingfear.com (en anglais seulement).

Services nationaux des enfants disparus, Services nationaux de police, RCMP-GRC

À l'arrière  : (de gauche à droite) – Sandra Hatzis, Stephan Hobbs, Marlene  Dalley, John Oliver, Eric Munro, Marie-France Olivera. Assis  : Judy Greening, Julie Gagnon, Roger Martin, sous-officier responsable.

À l'arrière : (de gauche à droite) – Sandra Hatzis, Stephan Hobbs, Marlene Dalley, John Oliver, Eric Munro, Marie-France Olivera.

Assis : Judy Greening, Julie Gagnon, Roger Martin, sous-officier responsable.