Gendarmerie royale du Canada
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Le rôle de la GRC pendant la Seconde Guerre mondiale

Le 10 septembre 1939, date à laquelle le Canada déclara la guerre à l’Allemagne nazie, Stuart Taylor Wood, qui était à l’époque le Commissaire de la GRC, avait déjà proposé que des membres de la Gendarmerie forment une compagnie de la prévôté. En août, la guerre semblait inévitable, et le commissaire Wood communiqua avec des décideurs du ministère de la Défense nationale pour leur faire part de son projet de faire contribuer des membres de la GRC à l’effort de guerre. Sa proposition fut acceptée.

Le commissaire Wood croyait fermement que la GRC devait être représentée au sein des forces armées canadiennes. Il connaissait bien l’histoire de la Gendarmerie et les contributions qu’elle avait apportées lors de la Rébellion du Nord-Ouest en 1885, de la guerre d’Afrique du Sud de 1899 à 1902, et de la Première Guerre mondiale sur le front Ouest et en Sibérie. Il savait aussi qu’un grand nombre de membres seraient angoissés à l’idée de servir leur pays dans un uniforme militaire. Il se trouvait donc face à un dilemme.

Pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement avait hésité à libérer des membres de la Gendarmerie de leurs fonctions habituelles et liées à l’effort de guerre, et ce n’est que vers la fin de la guerre que des escadrons de cavalerie avaient été envoyés en Europe et en Sibérie. Le commissaire Wood était très conscient qu’une situation semblable se dessinait. À son avis, il était important que la GRC, en tant que service de police national, continue de jouer un rôle de premier plan au front intérieur et qu’elle lutte aux côtés des forces armées du pays.

Les démarches ne se firent pas attendre. À la mi-septembre, la Première compagnie de la prévôté de la GRC était dotée d’un effectif complet d’environ 115 hommes de tous les grades et qui étaient en formation à la Division N (Rockcliffe). Il était logique de mettre sur pied une compagnie de la prévôté dont les membres étaient des policiers qui accomplissaient un travail de policier. Cependant, des membres de la GRC contribuaient à l’effort de guerre autrement. En septembre 1939, la Section de la marine de la GRC comptait quelque 200 marins chevronnés et 30 bâtiments qu’elle mit à la disposition du ministère de la Défense nationale. De même, le Service de l’air de la GRC, qui comptait dix membres et trois aéronefs de type Haviland, fut transféré à l’Aviation royale du Canada. Ces mesures représentèrent un apport capital à l’effort de guerre. Les membres qui furent mutés à la Marine royale du Canada et à l’Aviation royale du Canada servirent à titre de membres à part entière de ces organismes et non à titre de membres de la Gendarmerie. Ce sont les hommes de la Première compagnie de la prévôté qui se firent les porte-étendards des traditions et de l’emblème de la GRC pendant la guerre en Europe.

En décembre 1939, la Première compagnie de la prévôté quitta Ottawa pour se rendre à Halifax, en Nouvelle-Écosse, puis à Aldershot, en Angleterre, en passant par Greenock, en Écosse. Comme d’autres services de la Première Division canadienne, les membres de la Première compagnie de la prévôté demeurèrent en Grande-Bretagne pendant les trois années et demie qui suivirent, attendant avec lassitude l’arrivée de l’ennemi. Certains membres furent toutefois appelés à prendre part au raid fatal de Dieppe en août 1942.

L’invasion de la Sicile par les Alliés en juillet 1943 puis de la partie continentale de l’Italie six semaines plus tard marqua le début d’une lutte violente contre les forces allemandes. La Première compagnie de la prévôté de la GRC, qui faisait partie de la Première Division d’infanterie canadienne, prit part aux efforts des Alliés en vue de vaincre l’Italie et de repousser les Allemands hors du pays. Les membres de la Première compagnie de la prévôté remplissaient un certain nombre de fonctions policières, notamment assurer la prise en charge et la détention de prisonniers de guerre et agir à titre de policiers militaires et d’enquêteurs au besoin. Or, leur tâche la plus importante consistait à contrôler la circulation. L’efficacité des frappes des forces armées dépendait de la capacité d’assurer le déplacement et la réinstallation des hommes et du matériel. Les membres de la Première compagnie de la prévôté étaient chargés de veiller à ce que les hommes, les véhicules et l’équipement puissent se déplacer sans difficulté le long des routes balisées et à ce que les convois soient dirigés vers leur destination, surtout lors de déplacements massifs. Étroites, mal entretenues et souvent détruites, les routes de l’Italie étaient particulièrement difficiles, mais la Première compagnie de la prévôté sut franchir les obstacles et contribua grandement à la victoire des Alliés.

Pour la Première Division canadienne et la Première compagnie de la prévôté, la bataille d’Ortona en décembre 1943 fut un baptême par le feu. L’ennemi avait la ferme intention de défendre Ortona, un port médiéval bordant la mer Adriatique, et pendant une semaine vers la fin du mois de décembre, les soldats canadiens y livrèrent vaillamment des combats d’une maison à l’autre pour arriver à faire capituler les Allemands. L’offensive canadienne réussit le 27 décembre, mais la victoire coûta cher. Selon le major-général Christopher Vokes, commandant de la Première Division canadienne, « toutes les batailles qui précédèrent celle d’Ortona ne furent que des jeux d’enfant en comparaison. » La bataille d’Ortona fit 1 372 victimes chez les soldats canadiens, soit près du quart de tous ceux qui sont décédés pendant la campagne des Canadiens en Italie entre juillet 1943 et le printemps 1945.

La Première compagnie de la prévôté ne fut pas épargnée. Le Tableau d’honneur de la GRC, qui dresse la liste des membres de la Gendarmerie qui ont été tués ou sont morts dans l’exercice de leurs fonctions depuis la création de l’organisation en 1873, comprend le nom de quinze membres qui ont fait le sacrifice ultime pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Corps de la prévôté canadienne perdit onze de ses membres, dont trois le 28 décembre 1943, date à laquelle les forces allemandes se retirèrent d’Ortona.

Au milieu de la matinée du 28 décembre, le caporal suppléant Gordon Bondurant perdit la vie lors d’une attaque aérienne de l’ennemi. Vers 15 h la même journée, le lieutenant Cecil Ray, membre de la GRC, ainsi que le sergent Terence Watts et neuf autres hommes furent envoyés à Ortona pour former des patrouilles chargées d’empêcher le pillage et de contrôler la circulation. Des éclats d’obus lancés par l’ennemi tuèrent le sergent Watts et le caporal suppléant Edison Cameron et blessèrent grièvement les caporaux suppléants David Moon et Reginald Rance. Le premier succomba à ses blessures et le deuxième se rétablit et survécut à la guerre, puis reprit son service au sein de la GRC en 1945. Le 28 décembre 1943 fut une triste journée pour la Première compagnie de la prévôté et la GRC. Les membres Bondurant, Watts, Cameron et Moon reposent au cimetière de guerre canadien de la Moro, près d’Ortona.

En mai 1944, la guerre fit trois autres victimes au sein de la Première compagnie de la prévôté de la GRC, en Italie. Le 15 mai, le caporal suppléant Kenneth d’Albenas fut tué lorsque sa Jeep fut détruite par une mine. Une semaine plus tard, le caporal John Nelson fut tué par des tirs d’obus et le 31 mai, le caporal Donald Stackhouse perdit la vie lorsque sa motocyclette roula sur une mine. Ces trois membres reposent au cimetière de guerre de Cassino.

À la fin de la guerre, au printemps de 1945, les membres de la GRC s’arrêtèrent un moment pour réfléchir à l’importante contribution qu’ils ont apportée à l’effort de guerre. En tout, 213 membres se sont portés volontaires pour faire partie du Corps de la prévôté canadienne. De ce nombre, 60 ont reçu le brevet d’officier et ont servi à titre d’officiers dans d’autres compagnies de la prévôté. En septembre 1939, des 209 membres de la Section de la marine, 155 se portèrent volontaires pour faire partie de la Marine royale du Canada, 1 de l’armée et 26 de l’Aviation royale du Canada. Les 27 autres membres ne furent pas admis en raison de leur âge. Aussi, neuf membres du Service de l’air sur dix se joignirent à l’Aviation royale du Canada.

Au front intérieur, le travail de la GRC augmenta de façon significative pendant la guerre. Outre l’application des lois fédérales existantes, ses responsabilités furent considérables pendant cette période et touchaient les domaines suivants : la sécurité civile et le renseignement, la prévention du sabotage ainsi que la protection des services publics, des transports, des voies de communication et des industries d’importance cruciale durant les efforts de guerre. Des membres de la GRC étaient aussi chargés d’assurer la sécurité des personnes publiques et des édifices gouvernementaux, de planifier des mesures d’urgence en cas de raid aérien et de mettre en application les lois en vigueur en temps de guerre, comme les règlements de la Défense canadienne. Des sujets d’un pays ennemi firent l’objet d’enquêtes et furent fichés, les antécédents de prisonniers de guerre furent établis et on prit les empreintes digitales de travailleurs des industries de guerre pour des raisons de sécurité. Il s’agissait là de projets de très grande envergure, et pour répondre à cette nouvelle demande, environ 1 600 anciens membres furent réengagés comme gendarmes spéciaux.

Cela dit, ce sont les hommes du Corps de la prévôté canadienne qui apportèrent les traditions et l’emblème de la GRC sur les champs de bataille et c’est après la guerre que leur contribution fut soulignée notamment par l’ajout au guidon de la GRC de la mention « Europe, 1939-1945 ». Notre reconnaissance s’étend toutefois à tous les membres de la GRC qui se sont portés volontaires pour servir leur pays et à tous ceux qui ont payé de leur vie pendant cette guerre. Leur nom figurera à jamais au Tableau d’honneur de la GRC.

Pour en savoir plus

Le département des Anciens Combattants Canada souligne le 65e anniversaire de la campagne d’Italie.