Samedi 1er -- Départ à 5 h 45. Bonne route parallèle à la rivière Long et au coteau du Missouri. Traversé la rivière Long après environ 14 milles et fait une halte à cet endroit. Tué beaucoup de canards sur les bords de la rivière, environ 25 moi-même. Traversé encore une fois la rivière Long vers 18 h et campé à un marais deux milles plus loin; excellente herbe, mais dû parcourir trois quarts de mille vers la rivière afin de trouver de la bonne eau. Lundi, j’aurai épuisé les croquis de la route de la Commission frontalière et devrai m’en remettre aux guides. Terre pauvre, pas de bois du tout. Lancé une fusée pour un homme absent; même si on s’était éloigné, de nombreux chevaux se sont affolés et se sont mis à courir aussi vite que leur permettaient leurs abots; ils ont été arrêtés aussitôt par les piquets et d’autres hommes rassemblés dans cette éventualité.
Dimanche 2 -- Campé toute la journée; service à 10 h 30. Tenu un long pow-wow avec les guides. Découvert que l’un deux est un imposteur fini après lui avoir demandé les distances séparant certains endroits, distances que je connaissais moi-même. Il dit parler Pied-Noir, j’espère que son Pied-Noir ne se révélera pas une autre imposture.
Lundi 3 -- Départ à 5 h 30. Parcouru une grande distance le matin, 16 milles; toujours entre le coteau et la rivière Long. Fait dix autres milles dans l’après-midi. Sol pauvre, herbe rare, pas de bois. Les troupes qui n’ont pas pris assez de bois dans leurs chariots commencent à ressentir les effets de leur imprévoyance.
Mardi 4 -- Terrible orage entre minuit et 1 h. Presque toutes les tentes aplaties. Eu très peur que les chevaux s’affolent; heureusement, on avait rassemblé la plupart avant que s’abatte l’orage. Deux lots de chevaux se sont échappés, mais ont été arrêtés par les piquets. Départ à 7 h. Gravi le coteau vers 8 h 30 et fait une halte à 9 h 30. Comme notre parcours devait dévier de la route de la Commission frontalière à ce point, j’ai envoyé Macleod et six charrettes au mont Wood par cette route chercher du pemmican. Partis vers le nord-nord-ouest en aménageant notre propre chemin sur un terrain très ondulé, en descendant le coteau; que nous n’aurions pas eu à gravir si les guides avaient connu la région. La chaleur en après-midi et le terrain difficile ont épuisé plusieurs chevaux.
Mercredi 5 -- Départ à 6 h 30. Arrêtés après environ un mille pour ramasser du bois, ayant trouvé par hasard un bosquet sur la paroi du coteau. Deux hommes se sont perdus la nuit dernière, fait tirer une décharge et lancer une fusée; heureusement, ils sont réapparus aujourd’hui sains et saufs, mais très ébranlés à l’idée qu’il est si facile de se perdre dans la prairie. Les chevaux des troupes B et C traînaient derrière. J’ai décidé de renoncer à la marche de l’après-midi parce qu’il y avait de l’eau et de l’herbe en abondance sur les bords de la rivière Souris, et que plusieurs chariots traînaient derrière. Sol pauvre, herbe desséchée sur la plaine, pas de nourriture pour les chevaux, sauf dans les petites vallées, ou sur les bords des lits des rivières ou des coulées.
Jeudi 6 -- Départ à 6 h. En route vers le mont Dirt. Halte à 11 h dans une coulée, onze milles et demi du point de départ; bonne observation du soleil, latitude fixée à 49 55'40". Dans l’après-midi, poussé vers le mont Dirt, pente graduelle menant au pied du mont, puis ascension très abrupte. Selon mes estimations, l’altitude du mont est de 1000 pieds au-dessus de la plaine contiguë; très éprouvant pour les chevaux, tout particulièrement ceux qui tirent les pièces; terre pauvre, pâturage desséché. Prairie en feu à l’horizon, le feu semble avoir couru le long de la rivière Souris sur une très grande distance.

Vendredi 7 -- Chevaux si fatigués par l’ascension difficile du mont Dirt que je me suis décidé à leur donner un jour de repos. Effectué des observations de l’heure, de la variation magnétique et de la latitude; variation de 19 E, latitude selon le soleil de 50 0'29". Effectué une observation de la latitude selon l’étoile du Nord à 3 h le 8 : 49 59'8". Ces observations, avec celles prises du 6 au 8, et compte tenu de notre direction et de la distance parcourue, placent le sommet du mont Dirt à une latitude de 49 58'46". Le Dr Kittson a établi que le relevé moyen du baromètre pour le soir du 6, toute la journée du 7 et le matin du 8 était de 27'404, et estime que le sommet du mont se trouve à 2900 pieds au-dessus du niveau de la mer. Thermomètre, max. 91, min. 51.
Samedi 8 -- Départ à 5 h 30, descendu le mont Dirt et fait une poussée vers le mont File, chemin accidenté; halte après douze milles. Heureusement que nous avons trouvé une ancienne piste, sinon le guide nous aurait emmenés tout à fait dans la mauvaise direction. À sept ou huit milles après la halte de midi, gravi une colline haute et, à mon grand bonheur, aperçu le lac Old Wives à environ dix milles à l’ouest. Comme il n’y avait pas d’eau et que le lendemain était dimanche, j’étais déterminé à pousser jusqu’aux lacs. Trouvé un petit lac, mais salé, et dû poursuivre pendant encore deux milles pour en trouver un autre. Campé à l’extrémité sud du lac. De nombreux chariots ne sont pas arrivés avant 22 ou 23 h, et certains, pas avant le lendemain matin.
Dimanche 9 -- Profité de notre journée de repos, les hommes se sont lavés, ont nettoyé, etc. J’ai fait bien laver les chevaux, ce qu’ils ont semblé apprécier. La nourriture des pauvres chevaux est très mauvaise et l’eau, légèrement saumâtre, juste assez pour purger les chevaux faibles.
Lundi 10 -- Comme la pâture est pauvre, je me suis décidé à faire quelques milles pour en trouver de la meilleure. Mesuré les angles vers l’extrémité sud du lac afin d’en déterminer approximativement la position. Il est beaucoup plus grand que celui indiqué sur la carte de Palliser et au-delà de 20 milles plus à l’est. En après-midi, poursuivi jusqu’à une autre baie de lac, à environ six milles à l’ouest; pâture un peu meilleure. L’eau salée et la mauvaise nourriture produisent un effet désastreux sur les chevaux. Propose qu’on se rende demain à Old Wives Creek. Après environ 25 milles, rencontré Macleod qui avait 4700 livres de pemmican et de viande séchée en provenance du mont Wood.
Mardi 11 -- Départ à 6 h, matin froid et humide. Pas trouvé de pâturage ni d’eau avant midi - toutes deux médiocres. Dans l’après-midi, l’ascension a éprouvé durement les malheureux chevaux à demi-affamés. Campé le soir à une crique qui se jette dans Old Wives Creek. Pâturage encore très pauvre; toujours la même terre, collines et creux, gravier près de la surface; herbe desséchée et sol crevassé par la sécheresse et la chaleur. Une tempête de grêle de dix minutes aux collines Pembina est presque la seule précipitation que nous avons reçue.
Mercredi 12 -- Départ à 9 h 30, mais dû attendre que l’avant-garde réduise une colline afin que la pente soit raisonnable. Halte près d’une crique après environ cinq milles. La pâture semble beaucoup mieux et je propose qu’on y reste jusqu’à ce que les chevaux aient refait un peu des forces. Un Sioux est arrivé au campement ce matin et son groupe devrait nous faire une visite officielle demain. Il y aurait eu une bataille près des collines du Cyprès, les Métis disent que les Pieds-Noirs ont été poussés par les négociants yankee à les attaquer ou à voler leurs chevaux. Les Métis et les Sioux auraient tué tous les Pieds-Noirs, et je ne serais pas surpris d’apprendre que les Sioux sont à l’origine de toute l’affaire.
Jeudi 13 -- Campé à Old Wives Creek. Nos amis indiens sont arrivés vers 10 h. Nous avons tenu un pow-wow officiel; ils voulaient savoir pourquoi nous voyagions dans cette direction et ont grogné leur satisfaction lorsque je leur ai répondu que la Mère blanche avait entendu que les hors-la-loi américains avaient tué de ses enfants rouges et qu’elle m’avait envoyé, avec ces braves, pour capturer les coupables. Je leur ai fait comprendre que nous ne voulions pas prendre leurs terres. Je pense que le jour où l’homme civilisé aura besoin du coteau du Missouri, du moins à des fins agricoles, c’est qu’il sera vraiment à court d’espace.
Vendredi 14 -- Campé au même endroit. L’interprète me dit que le groupe de Sioux m’a baptisé « Wachasta Sota », ce qui signifie, je crois, « homme puissant ». Plusieurs Sioux se sont mis à danser et à chanter près du campement pour célébrer le fait que les Pieds-Noirs pleureraient ce soir; le chanteur, qui avait pris part à la bataille et scalpé un Pied-Noir, était très content de lui. J’ai entendu que la Commission frontalière a de l’avoine plus qu’il ne lui en faut au mont Wood et envoyé Macleod avec 16 charrettes en chercher.
Samedi 15 -- Restés au même endroit. Un chariot et onze charrettes transportant de la viande séchée et du pemmican sont passés par ici. Je les ai fait fouiller, mais on n’a pas trouvé d’alcool; ils appartenaient à un dénommé Ouillette; ils disent que l’herbe devant nous est pauvre. Il y a un campement de plus de 100 tentes de Métis, de Cris, de Saulteaux, etc., à quatre jours de marche, disons à mi-chemin en direction des collines du Cyprès. Ils attendent le bison. Ferré les bêtes et rechargé les chariots et les charrettes.
Dimanche 16 -- Un éclaireur est revenu avec notre guide du mont Wood, il s’agit d’un individu d’allure aguerrie, qui se dit trappeur et qui affirme avoir chassé près de la rivière Bow il y a deçà trois ans. Nombreux sont ceux qui le croient espion à la solde des hors-la-loi.
Lundi 17 -- J’avais prévu partir. Les charrettes de Macleod ne sont pas arrivées, mais lui-même est arrivé avec Herchmer.
Mardi 18 -- J’apprends qu’il a acheté 60 000 livres d’avoine de la Commission frontalière, et même si le prix est élevé, j’ai approuvé son achat. De l’avoine, peu importe le prix, est un cadeau du ciel pour les pauvres chevaux. J’ai acheté un bon cheval de Herchmer. Macleod a acheté un poney, et j’en ai acheté cinq d’un Métis. Même minime, tout peut nous être utile.
Mercredi 19 -- Partis vers 9 h pour nous rendre à un étang situé à environ deux milles au nord-ouest de notre ancien campement; établi un dépôt à cet endroit (Cripple Camp), où j’ai laissé le constable Sutherland et sept hommes (dont cinq malades), ainsi qu’un Métis, 26 chevaux faibles et malades, et une douzaine de chariots. Fait douze autres milles dans l’après-midi et établi le campement sur les bords d’une crique. Les équipes qui transportent les pièces vont bien. Le cheval et l’étalon de la Commission frontalière tirent à belle allure.
Jeudi 20 -- Départ à 6 h 30; renvoyé deux chariots au dépôt, l’avoine qu’ils contenaient ayant été toute mangée ou distribuée. Conservé les roues de l’un des deux et chargé la caisse dans l’autre, lequel a été renvoyé avec deux des chevaux les moins forts. Parcouru une bonne distance, 21 milles et demi, sur un terrain ondulé. Pas de bois; très peu d’eau; herbe très pauvre; sol toujours aussi stérile, ce qui semble généralisé à la grandeur du coteau du Missouri. Les chevaux vont tous bien; aucun n’est épuisé. Fait une longue distance dans l’après-midi, traversé Old Wives Creek à un bon gué et établi le campement à cet endroit; courant faible, fond sablonneux, eau seulement quelques pouces de profond, mais bonne; très peu d’herbe. Vers 21 h, les chevaux de la troupe D se sont affolés, entraînant avec eux des chevaux de la troupe B qui broutaient près d’eux. Tous ont été ramenés et attachés. Les abots ne font que gêner les chevaux; ceux-ci peuvent quand même galoper un peu. Décidé que dorénavant, tous les chevaux resteraient attachés pendant la nuit, même si cela leur laisse peu de chance de se nourrir.
Vendredi 21 -- Départ à 5 h 30; peu de temps le matin pour nourrir les bêtes; arrêtés après trois heures et laissé les chevaux brouter pendant quarante minutes sur une parcelle d’herbe passable; arrivés à la traversée d’une crique vers 11 h et trouvé là un groupe de Métis avec le père Lestaing. Le frère de Levallee était du groupe et je l’ai engagé comme guide pour le retour. Campé le soir à un petit marais; eau très mauvaise, peu de pâture. Dans la soirée, convenu que Macleod et Walker, avec 27 boeufs de trait et le même nombre d’hommes, iraient chercher de l’avoine au dépôt de la Commission frontalière à la rivière White Mud. Malgré notre très longue marche, les chevaux s’en sont bien tirés, arrivant presque tous ensemble.
Samedi 22 -- Nous avons eu de la pluie ce matin pour faire changement, la première depuis notre départ de Dufferin, je pourrais dire. Le groupe de Macleod a dû retarder son départ jusqu’à midi en raison de l’imprudence de l’homme responsable des boeufs : celui-ci les avait relâchés tôt le matin sans s’en occuper et ils se sont éloignés de cinq ou six milles. Dans l’après-midi, fait sept milles et demi et campé à une crique; eau plutôt saumâtre, herbe courte mais apparemment sucrée. Fouillé un convoi de Métis en route vers le mont Wood, mais sans trouver d’alcool. Tenté d’acheter des chevaux (ou plutôt des poneys), mais trouvé le prix trop élevé, de 150 à 200 dollars.
Dimanche 23 -- Campé sur les bords d’un bras de Old Wives Creek. Service à 10 h 30 comme d’habitude. Effectué plusieurs observations de l’heure, de la latitude et de la variation magnétique.
Lundi 24 -- Départ à 6 h. Halte après onze milles, à un endroit où il n’y avait pas d’herbe et que de l’eau alcaline; parcouru trois autres milles et fait une halte à un bon marécage, où les chevaux ont pu manger du jonc en abondance, on a en coupé pour en apporter et nourrir les chevaux le soir. Arrivés à Strong Current Creek à 20 h. Cette crique coule des collines du Cyprès jusqu’au coude de la Saskatchewan; berges très abruptes; la terre semble s’améliorer, herbe moins desséchée. En après-midi, collines du Cyprès en vue vers le sud-ouest.
Mardi 25 -- Départ à 7 h 30. Traversé la crique après en avoir un peu adouci les berges. Direction nord par ici pour éviter les criques. Nous suivons la piste des chasseurs des Plaines que nous avons traversée hier. Arrivés vers midi à une vallée dans les collines du Cyprès, où des chasseurs des Plaines et des Indiens ont campé. Herbe médiocre, eau mauvaise et difficile d’accès pour les chevaux.
Mercredi 26 -- Campé au même endroit. Envoyé chercher de l’eau et de l’herbe meilleures. Le guide Morrin a tué un cabri, notre premier gibier, hormis les canards et les poules de prairie, depuis notre départ de Dufferin. On a vu beaucoup de traces de bisons, mais ils ont été chassés d’ici dernièrement. Il y aurait des cèdres d’Amérique sur les collines environnantes.
Jeudi 27 -- Petite pluie ce matin, cherché un endroit pour camper où l’herbe et l’eau seraient meilleures qu’ici. La plupart des petits étangs et des lacs dans les alentours sont salés, mais trouvé deux marécages dont l’eau est potable. Réussi à ferrer 22 boeufs de trait, ils en ont tous besoin maintenant. Envoyé un éclaireur à la rencontre du groupe de Macleod pour lui indiquer l’endroit où nous avons traversé Strong Current Creek.
Vendredi 28 -- Nous avons eu de la pluie ce matin, juste assez pour rendre le sol collant. Temps chaud dans l’après-midi. J’avais l’intention de faire quelques milles afin de changer de pâturage pour les chevaux, mais j’ai préféré attendre au lendemain, parce que le chemin serait trop lourd et qu’il n’est pas vraiment nécessaire de bouger.
Samedi 29 -- Depuis quelques nuits, on a lancé une fusée au cas où le groupe de Macleod serait à moins de 30 milles de nous, mais sans réponse. En après-midi, fait environ quatre milles vers l’ouest. Les canards, les oies et les cabris semblent assez nombreux par ici. Envoyé des charrettes à boeufs chercher du bois dans les collines d’en face; elles ne sont pas revenues avant 23 h.
Dimanche 30 -- À l’aube, un quart d’heure seulement après que les chevaux s’étaient éloignés pour brouter, la plupart se sont affolés pour une raison inconnue. Certains disent qu’il y avait un serpent dans l’herbe. Heureusement, ils n’ont pas pu aller bien loin en raison des abots ou des licols fixés aux genoux. Cependant, certains ont brisé leurs attaches et réussi à parcourir deux bons milles avant qu’on les arrête. Lorsqu’ils ont été rassemblés, j’ai été heureux de constater qu’il n’en manquait aucun.
Lundi 31 -- Walker est arrivé et a signalé que Macleod se trouvait à douze milles derrière. Macleod est arrivé. Nous sommes partis vers 14 h 30. Renvoyé Chapman et le guide avec des lettres, etc. Envoyé aussi un sous-constable qui parle français à Cripple Camp, celui qui est resté là ayant apparemment un tempérament douteux. Fait environ neuf milles et campé sur les bords d’un lac de bonne taille.