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Gazette - Rayer le crime de la carte

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Par Sigrid Forberg

Rayer le crime de la carte

Un modèle mathématique qui prédit les secteurs chauds

Les cambriolages à répétition ne s’expliquent pas par des facteurs sociaux et environnementaux, mais bien par ce que les voleurs peuvent apprendre d’une résidence pendant le crime.

Photo : Les cambriolages à répétition ne s’expliquent pas par des facteurs sociaux et environnementaux, mais bien par ce que les voleurs peuvent apprendre d’une résidence pendant le crime.

Tout comme les séismes, les crimes commencent par un incident initial, suivi de répliques.

Ce principe est connu sous le nom de victimisation répétée. Il y a six ans, une équipe de chercheurs de l’UCLA, en Californie, s’est inspirée des modèles séismologiques pour construire un modèle criminel qui pourrait prédire efficacement les lieux de crime.

Composée de deux mathématiciens, d’un criminologue et d’un anthropologue, l’équipe réunissait deux domaines de compétences.

Les mathématiciens offraient une approche pratique et simplifiée à la création du modèle, et les spécialistes en sciences sociales, une compréhension intuitive et expérimentale du comportement humain.

Jeffrey Brantingham, Ph.D., professeur agrégé d’anthropologie à l’UCLA, affirme que ces différences ont aidé à perfectionner le modèle.

« On a atteint un bon équilibre, le modèle étant à la fois simple, mais assez détaillé pour être réaliste sur le plan comportemental, signale Brantingham. S’il était trop complexe, il ne nous serait pas utile. »

George Mohler, Ph.D., professeur adjoint de mathématiques et d’informatique à l’Université de Santa Clara, s’est joint à l’équipe en 2008.

Ses recherches de mots clés dans des ba­ses de données universitaires le menaient constamment vers des modèles séismologiques.

Ces modèles existent depuis des décennies et sont très précis, mais ne fonctionnaient pas nécessairement pour les données sur la criminalité, explique Mohler.

« On tentait de déterminer le genre de modèle dont on avait besoin, alors qu’il existait déjà, de dire Mohler.

Il s’agissait de l’adapter aux données sur la criminalité. »

L’équipe a testé l’exactitude du modèle au moyen de données du Service de police de Los Angeles (LAPD), qui remontaient à plusieurs années.

Après avoir entendu parler de ces recherches, Zach Friend, analyste de la criminalité au Service de police de Santa Cruz (SCPD), a communiqué avec Mohler pour savoir si le SCPD pouvait tester le modèle sur le terrain.

Le SCPD a lancé son projet pilote en juillet 2011. Tous les jours, Friend entre les données sur la criminalité dans une base qui utilise l’algorithme pour générer une carte des dix secteurs les plus à risque ce jour-là.

Les patrouilleurs reçoivent une carte au début de leur quart et se rendent dans les secteurs indiqués dès qu’ils ont le temps. On espère que leur présence aura un effet dissuasif, voire préventif.

« Les criminologues ne pensaient pas que ces types de crimes se déplaçaient, affirme Friend.

Personne ne parcourt un mille ou six pâtés de maisons pour commettre un crime. »

Brantingham explique que plusieurs facteurs font qu’une maison ou un quartier où un crime a déjà été commis sera de nouveau ciblé; ce n’est pas une simple question de « bon » ou de « mauvais » quartier.

« La victimisation répétée ne s’explique pas par des caractéristiques environnementales fixes, de dire Brantingham.

C’est plutôt ce que le voleur apprend sur votre maison au moment de commettre le crime initial qui l’incitera à revenir. »

Cette théorie n’est pas nouvelle, mais c’est la première fois qu’un outil la met en pratique.

S’il est trop tôt pour déterminer le succès du modèle, Friend signale que les cambriolages à Santa Cruz ont diminué de 27 % en juillet 2011 par rapport à juillet 2010.

Il ajoute qu’un des plus grands avantages du modèle est qu’il ne donne pas plus de travail aux patrouilleurs déjà occupés.

Ceux-ci se rendent dans les secteurs indiqués sur la carte seulement s’ils en ont le temps.

Autre avantage du modèle : il n’exige à peu près aucun ajustement peu importe où il est utilisé.

Cependant, les grandes villes comme L.A, qui prévoient le mettre en œuvre bien­tôt, pourraient devoir adapter leurs pratiques pour en tirer le meilleur parti possible.

Brantingham ajoute que ce modèle ne vise pas à remplacer les policiers.

« Le travail policier, précise-t-il, fait appel à l’expérience, à l’expertise et à l’intuition, qui sont absolument essentielles. On espère simplement que cet outil offre une valeur ajoutée. »

Outre le LAPD, plus d’une vingtaine d’organismes américains et trois grandes villes canadiennes ont contacté Friend pour participer au programme.

Grâce aux commentaires reçus, l’équipe continue de perfectionner le modèle pour en étendre l’utilisation.