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Gazette - Dessine-moi un visage

QUESTIONS ET RÉPONSES

Un logiciel inaugure une nouvelle ère dans la remémoration physionomique des témoins

L’EFIT-V, ça vous dit quelque chose? Il s’agit en fait de la toute dernière génération de logiciels d’imagerie physionomique, capable de créer un portrait-robot précis à l’aide d’un minimum d’indications verbales du témoin. L’agent-détective Clifford Clark, spécialiste des entrevues de témoins, présidait le groupe d’utilisateurs d’E-FIT au Royaume-Uni de 2004 à 2008. Aujourd’hui membre de la police néo-zélandaise, l’ag.-dét. Clark s’entretient avec notre chroniqueuse, Caroline Ross, sur la façon dont l’EFIT-V révolutionne le monde de l’imagerie physionomique.

l’agent-détective Clifford Clark, de la Police de Nouvelle-Zélande
Décrire le visage d’un suspect dans le détail est une tâche ardue pour la plupart des témoins oculaires, explique l’agent-détective Clifford Clark, de la Police de Nouvelle-Zélande, que l’on voit ici aux côtés d’un système d’imagerie physionomique reposant davantage sur l’apport visuel que verbal du témoin.
Tout d’abord, en quoi consiste un logiciel d’imagerie physionomique?

Les logiciels d’imagerie physionomique servent à générer le visage (d’un présumé contrevenant) à partir du souvenir d’un témoin. Essentiellement, il s’agit de transposer le souvenir qu’un témoin a du visage d’un contrevenant dans une forme concrète qui peut être diffusée publiquement.

Qu’est-ce qui rend EFIT-V si avant-gardiste?

EFIT-V aborde le visage d’un suspect de façon intégrale, plutôt que comme un assemblage de caractéristiques disparates que le témoin doit déterminer et modifier une à une. Une fois que le témoin a sélectionné le sexe, l’apparence ethnique, le style de coiffure et la forme générale du visage, le logiciel génère neuf visages. Le témoin choisit ensuite celui qui s’apparente le plus au souvenir qu’il conserve du suspect, puis le logiciel produit une nouvelle série de physionomies à partir du visage sélectionné. À chaque génération successive de visages, le programme réduit le degré de variation entre ceux-ci, de sorte qu’ils en viennent à se ressembler progressivement et à coller de plus en plus près au souvenir du témoin.

Qu’est-ce qui distingue cette approche intégrée des autres techniques d’imagerie physionomique?

La majorité des logiciels font appel à un système qui façonne un visage en combinant la photographie de caractéristiques individuelles, qui sont regroupées pour former un visage complet, puis modifiées ou corrigées une à une – par exemple en sélectionnant un nez à partir d’une base d’images. Les artistes judiciaires du FBI, en outre, demandent au témoin d’examiner chaque caractéristiques individuellement à partir d’un album de divers visages; la sélection initiale se fait donc de façon isolée.

Qu’est-ce qui rend cette technique plus efficace que les autres?

La psychologie nous enseigne que les êtres humains sont aptes à reconnaître un visage entier, mais il leur est plus difficile de discerner des caractéristiques individuelles, surtout sur des visages non familiers. Si vous voyez un visage seulement un instant, il vous sera très difficile de discerner les yeux de cette personne parmi des centaines d’exemples, mais vous pourriez facilement reconnaître le visage entier de la personne au sein d’un groupe.

Dans quelle mesure l’efficacité de l’EFIT-V repose sur l’apport verbal du témoin?

Le programme EFIT-V est axé davantage sur le visuel que sur le verbal. Les systèmes antérieurs reposaient sur une entrevue cognitive (avec le témoin) pour tâcher d’élaborer une description du contrevenant avant de développer le portrait-robot à l’ordinateur. Tout semble indiquer que l’EFIT-V soit tout aussi efficace, mais sans entrevue, ou du moins avec une entrevue abrégée. Le programme permet au témoin de visualiser plusieurs visages, puis de choisir celui qui se rapproche le plus de son souvenir et de rejeter ceux qui s’en démarquent le plus. Le logiciel mise donc sur notre capacité de reconnaissance innée plutôt que de nous obliger à aborder des descriptions partielles qui portent facilement à une interprétation erronée.

Quels sont les avantages pour la police?

L’EFIT-V semble effectivement plus rapide que les méthodes conventionnelles (pour ce qui est d’en arriver à un portrait-robot utile). Il semblerait également qu’il peut être efficace avec des témoins aux capacités de communication limitées, comme les enfants, les gens qui parlent une autre langue, ou ceux qui souffrent de déficience cognitive. En effet, les témoins peuvent sélectionner des images plutôt que d’avoir à décrire ce qu’ils recherchent.

Avez-vous d’autres commentaires pour conclure?

Il est important de se rappeler qu’un portrait-robot n’est que l’image du souvenir d’un témoin, fondé sur un regard fugace. Il ne correspondra jamais à un cliché du contrevenant. Le portrait-robot nous aide à résoudre un crime en déterminant des suspects potentiels, mais c’est encore le travail de détective qui permettra d’inculper ou d’innocenter un suspect.