Le gendarme Todd Midgett n’est pas parti seul pour sa deuxième affectation. Son épouse Tammy Olivier est allée le rejoindre dans le Grand Nord. Voici le compte rendu des huit premiers mois de sa vie dans le petit hameau de Sachs Harbour, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Sachs Harbour (T.N.-O.)
par Tammy Olivier
Je n’avais jamais eu à régler une note d’épicerie de 9 000 $ ni à acheter toute une caisse de bouteilles de ketchup. Mais c’est la vie lorsqu’on vous livre des provisions une fois par année.
J’ai habité dans plusieurs petites villes, mais jamais dans un village de 120 habitants comme celui de Sachs Harbour. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre à notre arrivée, mais je savais qu’il n’y aurait pas de Starbucks à quelques pas de chez moi.
Arriver au printemps est sans contredit un plus : les longues heures de clarté nous permettent de découvrir ce petit village nordique. Ça n’a pas été évident de s’habituer au fait que le soleil ne se couche pas, mais comme pour tout le reste, on s’adapte. Le printemps a été clément et relativement frais, la température s’élevant en moyenne à 5 *C.
C’est fantastique de vivre à proximité de l’eau et quelle belle vue de la mer nous avons de notre salon. Ça me plaît de pouvoir me rendre partout à pied (nous sommes à trois minutes du bureau de poste et du magasin général), et le chien, lui, est enchanté de m’avoir à la maison.
Les gens sont d’approche facile ici. Je me suis liée d’amitié avec Joey, un homme de la place âgé d’une soixantaine d’années. Il est le président du conseil d’Arctic Cooperatives Ltd., un magasin communautaire, il saisit mon sens de l’humour et m’aide à m’adapter à ma nouvelle vie.
Je corresponds par Internet avec tous mes proches en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique. Tous sont fascinés par notre aventure.
Jusqu’à présent, j’aime vraiment ça ici. Je peux vivre sans sorties au resto, au centre commercial ou au cinéma. Avec un peu d’imagination, le magasin général devient le West Edmonton Mall, et la soucoupe et le maïs soufflé maison nous offrent l’illusion d’une soirée cinéma.
Notre énorme commande d’épicerie est arrivée en barge en août, avec trois semaines de retard. Nous avons vite fait d’apprendre une de nos premières leçons de vie nordique : en commandant une année de provisions en mai, on voit vite arriver les dates de péremption. Lorsque nous avons reçu nos deux palettes, les dates de validité de plus de la moitié de notre commande étaient dépassées. Nous buvons du jus en quantité industrielle avant d’avoir à le jeter.
Nous sommes allés refaire le plein de vitamine D au Mexique en décembre. Quel beau voyage! Même s’il s’agit du mois le plus long et le plus sombre, ce n’était pas le mois ténébreux auquel on s’attendait. Jusqu’à la mi-janvier, nous avons eu droit à une lueur crépusculaire vers midi pendant quelques heures, après quoi le soleil réussissait à se poindre à l’horizon, un pur plaisir dans l’Arctique. On nous dit que les prochains mois seront les vrais mois d’hiver. Mars est le mois des blizzards et les températures ressenties avec le vent chuteront dans les moins 50 *C.
À ma grande surprise, le marché de l’emploi de Sachs Harbour est très prospère. Je révoyais être sans emploi pendant deux ans, mais déjà à l’été, je travaillais quatre heures par semaine au bureau de poste. Cet emploi m’a permis de faire la connaissance des villageois et de m’intégrer à la collectivité. Je remplace maintenant une enseignante d’un groupe d’élèves de la 1ère à la 3e année qui s’est fracturé une jambe en octobre. J’espère que les élèves en apprendront plus de moi que j’en apprendrai d’eux, mais pour l’instant, c’est kif-kif!
Le prochain défi de taille qui nous attend dans l’Arctique? Planifier la naissance de notre premier enfant prévue pour le mois de juillet. Combien de couches faudra-t-il commander pour l’année?
J’ai peine à croire que nous vivons à Sachs depuis plus de huit mois déjà. J’étais découragée à l’idée d’y vivre pendant deux ans, mais après y avoir vécu pendant près d’un an, je vois que le temps file. Et qui sait, il est possible que je m’ennuie d’ici après notre départ.