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Gazette - Relever le défi

DOSSIER - POLICIERS EN RÉGION ÉLOIGNÉE OU NORDIQUE

Savoir se préparer et s’adapter pour une affectation en région isolée

par la Dre Barbara J. schmalz, Ph. D., Psychologue en recherche,psychologue divisionnaire de la GRC

Le vif intérêt et les défis que suscite le travail de policier en région éloignée font depuis toujours partie des traditions de la GRC. Il suffit de prendre connaissance des récits qu’en rapportent les membres pour comprendre l’attrait et les difficultés que présente encore aujourd’hui le service en milieu éloigné. Il faut avoir vécu dans un poste isolé pour trouver les mots décrivant ce qu’on y gagne, personnellement et professionnellement, ce qui plaît et déplaît, ce qui fonctionne et ce qui cloche.

À la GRC, il revient au membre d’entreprendre des démarches pour être affecté en région isolée; c’est un choix de carrière tout à fait personnel. Une fois cet intérêt exprimé, le membre, lors de l’examen médical obligatoire, subira un examen psychologique pour s’assurer qu’il n’a aucune faiblesse psychologique pouvant l’empêcher de bien fonctionner en milieu isolé.

Les défis psychologiques auxquels sont confrontés les policiers en milieu éloigné sont uniques. Pour y survivre et y mener une vie saine, il est souhaitable, sinon nécessaire, d’avoir un certain type d’aptitudes et d’être capable de s’adapter. Alors quels sont les défis psychologiques qui attendent une personne en milieu éloigné?

Défis psychologiques

Une affectation en région isolée est susceptible de peser lourd sur les relations entretenues par un membre et bien souvent, le membre cessera de cultiver ces relations pendant une période de temps prolongée.

En région éloignée, ce sont l’environnement et le milieu culturel qui mettront rudement à l’épreuve l’équilibre psychologique d’un membre.

La santé psychologique d’une personne peut être considérablement ébranlée par les conditions extrêmes. Par exemple, dans le Nord, le manque de lumière naturelle pendant les mois d’hiver aura une incidence sur l’humeur d’une personne, et cette dernière sera plus susceptible de souffrir de dépression, surtout si elle est prédisposée aux troubles de l’humeur. De plus, le froid extrême peut contraindre une personne à faire moins d’activité physique, et ainsi, limiter les méthodes de réduction de stress dont elle dispose.

S’il manque d’activités sociales et culturelles, ou si ces activités sont trop différentes, les gens n’ont pas autant l’occasion de socialiser et risquent de se retrouver seuls et isolés.

Une affectation en région isolée est susceptible de peser lourd sur les relations entretenues par un membre, que ce dernier soit célibataire, marié, dans une relation occasionnelle ou à longue distance, et bien souvent, le membre cessera de cultiver ces relations pendant une période de temps prolongée. La solidité d’une relation sera certainement mise à l’épreuve lors d’une affectation en région éloignée, que le membre soit accompagné ou non de son conjoint, au de sa conjointe.

En revanche, les membres diront que passer deux à trois ans dans le Nord fait mûrir une relation, et qu’un couple qui coopère et communique est plus uni. Ils diront aussi qu’il n’est pas facile d’élever des enfants quand on est loin de sa famille élargie et de son réseau de soutien, qu’on ne dispose pas d’autant de services de garde, que le choix d’écoles est moindre et que les activités parascolaires sont peutêtre moins nombreuses.

Il est essentiel pour les membres de mener une vie équilibrée et c’est d’autant plus important pour les policiers en milieux isolés.

Les défis de la vie en région isolée varient d’un membre à l’autre, selon le tournant qu’il prend à ce moment précis de sa vie. Les membres d’un service de police national sont souvent appelés à vivre et à travailler loin des leurs. Cela dit, une naissance, une maladie, des parents vieillissants, par exemple, font que l’absence de systèmes de soutien se fait d’autant plus sentir en régions éloignées, où l’accès au transport est limité. L’âge des enfants à élever et le nombre de semaines de grossesse d’une mère doivent être pris en considération car les besoins médicaux ou psychologiques spéciaux d’un parent ou d’un enfant pourraient devenir facteurs de stress. Par exemple, le manque de médecins spécialistes compétents contribuera à accroître le niveau de stress d’un couple ayant des problèmes de fécondité ou des parents d’un enfant ayant des besoins spéciaux.

Préparation et adaptation

Il est essentiel pour les membres de mener une vie équilibrée s’ils souhaitent une longue carrière dans la GRC, et c’est d’autant plus important pour les policiers en milieux isolés. Avant de demander à être mutés dans le Nord ou d’accepter uneaffectation en région éloignée, il est bon pour les policiers de prendre conscience de l’attention qu’ils portent à leurs besoins personnels. Il est si facile de se consacrer à son emploi sans répit, au détriment de tout le reste, surtout lorsqu’on travaille dans le Nord. Peu importe la durée de l’activité ou l’intérêt que cette dernière suscite, la santé psychologique générale d’un policier sera bien meilleure s’il s’engage à prendre le temps de faire des activités physiques, sociales, intellectuelles, psychologiques et spirituelles. Certes, la nature des activités pourrait varier en région éloignée, mais les bienfaits seront les mêmes.

La situation conjugale et familiale d’un policier en région éloignée peut avoir un effet positif et négatif sur sa santé psychologique. Il est très important de parler ouvertement des événements positifs et négatifs et des difficultés vécues avec les membres de sa famille. Il revient aux couples et aux parents de s’assurer que les conjoints et les enfants ne s’isolent pas. Le retrait social et psychologique peut mener à la dépression de même qu’à des problèmes conjugaux et professionnels. C’est bien connu, dans les petites collectivités nordiques, les membres forment une grande famille et prennent soin les uns des autres. C’est ce sentiment d’appartenance à la communauté qui fera qu’un membre vivra une expérience exceptionnelle et en l’absence d’un tel sentiment, certains membres auront peine à s’adapter.

Bon nombre de membres pourront s’épanouir à bien des niveaux durant leur affectation en région éloignée. Les membres vantent souvent les progrès qui y sont réalisés sur le plan professionnel, et plusieurs soulignent que ce milieu leur permet à eux et à leur famille de prendre de la maturité et de s’épanouir sur le plan psychologique.

L’aventure et les expériences culturelles vécues sont certainement uniques et enrichissantes, mais ce qu’un membre en retire dépend entièrement de l’attitude qu’il adopte. Les professionnels de la santé mentale savent que les sentiments et le comportement des gens au jour le jour dépendent de leur manière de penser. Pour vivre une expérience productive et positive en région éloignée, une personne se doit de comprendre et d’examiner son attitude à l’égard de divers aspects de la vie, comme le travail et la famille, et de la vie en général. En d’autres termes, une attitude négative qui perdure aura des effets sur les aptitudes du membre et sera source de problèmes.

Les procédures de dotation en place pour les affectations en région éloignée offrent certaines mesures pour assurer l’équilibre psychologique des membres de la GRC. Pour créer un milieu positif qui réduira les effets négatifs à long terme, on prévoit des voyages à l’extérieur de la collectivité et on restreint la durée des affectations dans un endroit donné. Le membre est responsable de tout le reste.

Il est primordial pour les membres d’échanger régulièrement entre eux, qu’ils soient à la maison ou au bureau. Ils doivent s’investir pour cultiver et améliorer leurs relations. Si la situation se détériore, les membres peuvent avoir recours aux Services psychologiques et au Programme d’aide aux membres et aux employés de la GRC.

Le but visé, c’est un membre en santé avant, pendant et après l’affectation, qui elle, si tout va bien, sera une aventure des plus enrichissantes. Pour en apprendre davantage à ce sujet, il faut s’adresser aux membres qui ont travaillé comme policiers en région éloignée, les vrais experts en la matière!

La Dre Barbara J. Schmalz voit depuis 10 ans aux évaluations psychologiques des policiers de la GRC cherchant à obtenir des affectations de durée limitée ou en milieu isolé.