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Gazette - La Protection de la frontière septentrionale du Canada

DOSSIER - Services de police dans les régions isolées

Une démarche polyvalente

par Caroline Ross

carte du nord au Canada
Soixante-quatre pour cent de la ligne de côte canadienne s’étend dans l’océan Arctique. La fonte des glaces de mer
signifie que la voie de circulation du passage du Nord-Ouest pourrait être exempte de glaces lors de périodes saisonnières
d’ici 10 ans.

Le 23 août 2007, un voilier norvégien lié au crime organisé a accosté à Cambridge Bay (Nunavut), un hameau de 1500 personnes à 200 kilomètres au nord du cercle arctique. Le bâtiment avait auparavant passé la douane à Halifax, puis quitté les eaux canadiennes pour faire voile vers le Groenland; là, il a embarqué un affilié présumé des Hell’s Angels de Norvège, puis réintégré les eaux canadiennes sans passer la douane près de Gjoa Haven (Nunavut).

Un an plus tôt, le 18 septembre, un Roumain impliqué dans le passage de clandestins et le trafic de drogues avait tenté à une quatrième reprise de s’introduire au Canada illégalement – cette fois à bord d’un voilier naviguant du Groenland à destination de Grise Fiord (Nunavut). Il a été appréhendé par le détachementlocal de la GRC.

De tels incidents pourraient s’intensifier tandis que le réchauffement du climat et la fonte des glaces arctiques rendent praticable le passage du Nord-Ouest – une voie de navigation dans l’océan Arctique – et exposent le littoral arctique de quelque 156 029 kilomètres à la circulation maritime internationale.

Si on ajoute à cela le fait que l’Arctique canadien pourrait contenir plusieurs réserves de pétrole et de gaz inexploitées, on comprend aisément que la souveraineté de cette région soit devenue une priorité pour le gouvernement fédéral.

C’est également un enjeu de plus en plus préoccupant pour la GRC, chargée d’assurer la première ligne de défense dans la plupart des régions glacées du Nord canadien.

Premiers intervenants dans l’Arctique

Presque la totalité de la frontière arctique canadienne se situe dans les territoires du Nunavut et des Territoires du Nord- Ouest, qui constituent ensemble 34 pour cent de la masse terrestre du pays, mais moins de un pour cent de sa population.

La responsabilité d’assurer la sécurité de ces côtes éloignées est partagée entre plusieurs ministères et organismes fédéraux. Le ministère de la Défense nationale coordonne pour sa part la planification et les interventions militaires et effectue des patrouilles pour assurer la souveraineté. L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a le mandat de surveiller les personnes et les marchandises introduites au pays, tandis que la Garde côtière canadienne assume les opérations de recherche et de sauvetage dans la région.

Le rôle principal de la GRC dans le Nord est de décourager les activités qui menacent l’intégrité frontalière et la sécurité nationale, et de veiller à l’exploitation légitime des voies navigables intérieures. Mais, par nécessité, il arrive souvent que la Gendarmerie soit le premier intervenant dans les incidents qui relèvent d’autres entités fédérales.

“La GRC est le seul (organisme d’exécution des lois fédérales) qui soit présent dans chaque collectivité du Nord, explique le surint. Grant St. Germaine, off. resp. des enquêtes criminelles de la GRC dans les Territoires du Nord-Ouest.

La plupart des autres organismes assurent une présence saisonnière ou détachent du personnel et du matériel dans la région en réponse à un incident; la GRC, par contre, compte des détachements permanents dans chacune des 25 localités du Nunavut et dans 23 des 34 localités des Territoires du Nord-Ouest, y compris les sept hameaux sur la côte de l’Arctique.

« Si un navire battant pavillon étranger surgit soudainement dans l’Arctique et qu’il pose un problème – qu’il s’agisse d’une question de douane ou d’immigration ou d’un sauvetage – la GRC est généralement l’entité la plus proche pour intervenir, précise le surint. St. Germaine. Dans la plupart des cas, il nous incombera d’assurer la première intervention, et nos partenaires surviendront par la suite. »

C’est ce qui s’est passé à Cambridge Bay, lorsque le navire de Norvège a fait irruption sans passer la douane, fort de ses liens avec les Hell’s Angels. Les membres de la GRC de la localité ont coordonné les mesures de contrôle douanier, les arrestations et l’enquête frontalière jusqu’à l’arrivée de représentants de l’ASFC de Vancouver.

En ce qui a trait aux débarquements illégaux de la sorte, la GRC peut mettre à profit le milieu de l’Arctique », fait remarquer le surint Bob Wheadon, off. resp. des enquêtes criminelles de la GRC au Nunavut. « (Le territoire) est vraiment aride et isolé... Les seuls points d’intérêt pour les gens sont les localités, et c’est là que nos effectifs sont postés. »

Assurer la sécurité de l’entrée de service du pays

Outre l’intérêt pour les aventuriers intrépides, quel est le risque qu’une intensification de la navigation commerciale entraîne l’introduction d’éléments criminels dans le nord du Canada? Ce risque est certainement présent à Churchill, unique port fonctionnel du pays dans l’Arctique.

Situé au nord du Manitoba sur les côtes de la baie d’Hudson, le port de Churchill assure une liaison saisonnière avec l’océan Arctique. Le port servait traditionnellement pour l’exportation de produits agricoles vers les marché étrangers, mais il a commencé à recevoir des cargaisons à destination du Canada en octobre 2007.

La première cargaison de ce genre est venue de Russie : un vaste chargement de nitrate d’ammoniaque (un fertilisant) à destination des Prairies. « Évidemment, une cargaison de cette envergure d’une telle substance comporte d’autres usages, précise l’insp. Robert Bazin, off. resp. de la GRC pour l’intégrité frontalière au Manitoba.

Des navires chargés en provenance d’Asie et du Moyen-Orient accostent également à Churchill – et le trafic croissant de navires pose certainement des défis pour les effectifs locaux de l’ASFC et de la GRC. Afin de suppléer à ces effectifs, l’insp. Bazin a mis sur pied un programme auxiliaire de patrouille portuaire, qui voit des membres de la police frontalière de la GRC, des sections des douanes et de l’accise, ainsi que des questions d’immigration et de passeport établies à Winnipeg et à Calgary faire équipe avec un maître de chien de l’ASFC et se rendre à Churchill au moins une fois durant la saison de navigation, qui s’étend de juillet à novembre. Les groupes collaborent avec des membres locaux de l’ASFC et de la GRC pour inspecter les cargaisons importées et les équipages pour toute infraction en matière d’intégrité frontalière, mais les visites remplissent aussi un objectif autrement essentiel.

« À l’heure actuelle, nous ne disposonspas de beaucoup de renseignements sur les activités dans le Nord – en particulier dans un port qui constitue l’entrée de service du pays, explique l’insp. Bazin. Nous tâchons de cerner les points vulnérables de ce secteur et ce que nous pouvons faire pour les atténuer. »

La patrouille des voies navigables intérieures

Le mandat de la GRC dans le Nord comprend l’application de la loi sur les voies navigables intérieures. Dans l’Arctique canadien, la voie navigable qui pose le plus haut risque d’exploitation serait le fleuve Mackenzie, qui s’étend sur 1738 kilomètres à travers les Territoires du Nord-Ouest, du Grand lac des Escalves à la mer de Beaufort dans le Nord-Ouest de l’Arctique. Voie traditionnelle des approvisionnements, le fleuve est sillonné par un fort volume de chalands et donne accès à plusieurs secteurs de développement minier et gazier dans le territoire.

« Si quelqu’un décidait de faire sauter un de ces chalands (en particulier près du débarcadère à l’embouchure sud du fleuve), il pourrait effectivement compromettre cette voie navigable, concède le surint. St. Germaine. Ce qui pourrait avoir un grave impact sur l’économie du nord du pays. »

L’Équipe intégrée de l’intégrité des frontières (EIIF) de la GRC effectue déjà des patrouilles annuelles sur le Mackenzie à l’aide d’un navire basé au Grand lac des Esclaves. Le programme EIIF met par ailleurs en oeuvre des mesures additionnelles visant la circulation accrue sur le fleuve. L’an dernier, le programme a collaboré avec d’autres ministères fédéraux en vue d’acquérir un navire d’intervention rapide qui favorisera d’autant les capacités de patrouille. Ce navire sera stationné à Inuvik, à l’embouchure nord du fleuve; il sera aussi prêt à intervenir dans tout incident menaçant la sécurité dans la mer de Beaufort.

Les deux navires et leur équipage seront d’ailleurs mis à l’épreuve durant un exercice de maintien de la souveraineté dirigé par la GRC dans l’Arctique et prévu dans le secteur Beaufort à l’été 2009.

Cela dit, le programme de patrouille présente une lacune notable : le manque de ressources, constate le surint. St. Germaine. « Nous disposons de navires, mais pas d’une section EIIF. Pour doter les navires, nous avons compté jusqu’ici sur des volontaires des détachements. » Le surintendant espère que l’exercice à venir mettra en lumière la nécessité d’une section permanente de l’EIIF dans les Territoires du Nord- Ouest.

En prévision de l’avenir

Du point de vue de la GRC, la plus grande menace qui plane sur la sécurité dans l’Arctique canadien à l’heure actuelle serait le manque de renseignements sur les vulnérabilités et risques réels – à court et à long terme. L’insp. Bazin est conscient de cette lacune plus particulièrement en ce qui concerne le port de Churchill, et il n’est pas le seul.

« Nous ne disposons d’aucune capacité de collecte de renseignements au Nunavut, souligne le surint. Wheadon, qui mise sur une analyse de rentabilisation nationale pour obtenir l’affectation de 30 nouveaux membres des renseignements criminels dans les divisions du Nord de la GRC. Ces effectifs supplémentaires seraient également d’une assistance pour le programme national de sécurité maritime et portuaire, qui nécessite des renseignements de base pour pouvoir élaborer un programme adapté à l’Arctique.

D’ici là, c’est à la poignée d’agents détachés à la frontière du Nord d’assurer l’intérim.

« Il s’agit pour nous de rester au fait des activités, et d’adopter autant que possible une approche préventive », explique le surint. St. Germaine.

Des diamants pas nécessairement éternels

Le Canada est le troisième producteur de diamants au monde en valeur, et ses diamants sont réputés pour leur haute qualité de gemme.

Tous ces éléments font du secteur diamantaire canadien une cible potentielle pour l’infiltration de criminels, et le secteur de la taille établi à Yellowknife (T.N.-O.) y est particulièrement vulnérable.

« À l’origine, il n’y avait pas de tailleurs de diamants au pays, explique le serg. Darrell Robertson, qui a été affecté trois ans au Service de protection de l’industrie du diamant à la GRC, à Yellowknife. La plupart des tailleurs étaient originaires d’outre-mer, plus particulièrement des pays d’Europe de l’Est, reconnus pour leur industrie établie de taille – et aussi pour leurs organisations criminelles.

En 2001, le serg. Robertson et ses collègues ont lancé une initiative visant à sensibiliser le personnel des mines et les agences gouvernementales de recrutement au moyen d’évaluer les candidats étrangers. C’était une initiative opportune, car le boom diamantaire a attiré des gens de quelque 64 pays à Yellowknife entre 2002 et 2003.

Le Service compte désormais un agent, assisté de groupes spécialisés au besoin. Mais le travail de prévention demeure essentiel à l’intégrité à long terme de l’industrie, explique le cap. Scott MacPherson, coordonnateur du programme au deuxième semestre de 2008. Ce dernier a travaillé avec neuf intervenants du secteur minier en vue d’élaborer une politique divisionnaire à la GRC sur l’échange de renseignements et sur la protection des cargaisons de diamants qui doivent être détournées en raison de la température ou d’autres impondérables.

Si tous les segments du pipeline du diamant sont vulnérables, le risque de vol opportuniste est cependant moins élevé sur la propriété des mines en tant que telle.

« Les mines sont très isolées, précise le cap. Kelly Ross, responsable du programme de protection de l’industrie du diamant de la GRC en alberta. La plupart des sites d’exploitation ne sont accessibles que par avion, et les dispositions de sécurité au sol sont de tout premier ordre. »