par l’insp. Mark Allen directeur de la section de prévention du crime police provinciale de l’ontario
Les policiers qui travaillent dans les collectivités rurales et éloignées de l’Ontario font face à de nombreuses difficultés.
La Police provinciale de l’Ontario (OPP) est l’un des plus grands services de police en Amérique du Nord. L’OPP, qui compte 5 600 policiers en uniforme, 2 000 membres civils et 853 membres auxiliaires, fournit des services policiers de première ligne à 315 municipalités en Ontario par l’entremise de 165 détachements, cinq quartiers généraux régionaux et un quartier général divisionnaire. Le territoire de l’OPP comprend une superficie terrestre de 922 752 km2 et des étendues d’eau dont la superficie totalise 110 398 km2.
Les détachements de l’OPP situés en région éloignée sont répartis comme suit : près de 20 % sont en banlieue ou voient à la circulation routière; 50 % sont situés en milieu rural dans l’Ouest, le Sud et l’Est de l’Ontario; et 30 % se trouvent dans le Nord de la province.
En plus de maintenir l’ordre dans toutes les régions de la province qui n’ont pas de police municipale, l’OPP offre à bien des corps de police municipaux divers services spécialisés, notamment pour les interventions d’urgence, la gestion des cas graves, la recherche et la récupération sous-marines et l’identité judiciaire.
Bien que l’OPP ait un territoire diversifié, le présent article traitera des difficultés les plus courantes auxquelles les policiers sont confrontés dans les collectivités rurales et éloignées.
Les installations de culture de marihuana demeurent une grande source de préoccupations dans les collectivités rurales et éloignées de l’ontario.
Ces installations demeurent une grande source de préoccupations dans les collectivités rurales et éloignées de l’Ontario. Les enjeux ont pris de l’importance au cours des dernières années car des homicides et des agressions de citoyens innocents ont été commis dans des installations de culture, et on a eu recours à des fils-pièges, des pièges et d’autres dispositifs dangereux dans des sites un peu partout en Ontario.
Fait à noter, un incident très dangereux s’est produit à environ 50 kilomètres au nord-est d’Orillia, dans une installation de culture de marihuana surveillée par l’OPP. Les policiers de la Section des stupéfiants (D.E.S.) étaient sur les lieux quand un membre de l’Équipe d’intervention en cas d’urgence (E.I.U.) dissimulé sur le sol à l’intérieur des installations a remarqué un individu portant un uniforme tactique complet — y compris une cuirasse portant la mention « Police » — muni d’un fusil de chasse se dirigeant vers lui.
Croyant au début qu’une erreur de communication s’était produite et qu’il s’agissait peut-être d’un membre de la SLA, le membre du GTI a questionné l’individu en pointant son pistolet sur lui et a réussi à le désarmer et à l’arrêter sans problème. L’individu était en fait un cultivateur de marihuana en uniforme tactique. On a procédé à plusieurs autres arrestations et la culture a été récoltée et détruite.
Suivant cet incident en banlieue d’Orillia, un groupe d’adeptes de véhicules tout terrain (VTT) en randonnée sur un sentier public éloigné situé près de Carnarvon est tombé sur des cultivateurs de marihuana. Des membres du groupe ont été battus à coups de pistolet et se sont fait voler leurs véhicules et leurs pièces d’identité. Et dans l’Est de l’Ontario, une tentative de vol par des « pirates du pot » dans une installation de culture de marihuana s’est soldée par un meurtre.
Ce genre d’incidents se produit de plus en plus souvent car les cultivateurs de marihuana prennent des mesures extrêmes pour protéger leurs plants. L’OPP met en ouvre chaque année un programme intensif d’éradication aérienne afin de repérer et de détruire les installations d’envergure.

Cet imposteur est l’une des cinq personnes
arrêtées sur un site extérieur de culture de
marihuana que surveillait l’OPP dans une
région rurale de l’Ontario. Plus les installations
extérieures de ce genre gagnent en popularité,
plus les « pirates du pot » comme celui
qu’on voit ici prennent des mesures extrêmes
pour voler les récoltes, allant même jusqu’à se
déguiser en policiers.
Violence familiale
Bien que toutes les collectivités soient aux
prises avec des problèmes de violence
familiale, ce type de violence suscite des
difficultés bien particulières pour les
victimes et les policiers des collectivités
rurales et éloignées. Les ressources, comme
les refuges et les services de counseling, s’y
font rares et les victimes ne peuvent pas
toujours se déplacer pour les obtenir.
Dans une petite ville où tout le monde se connaît, il peut être très difficile pour les victimes de demander de l’aide. Pour bon nombre de victimes qui habitent en milieu rural ou éloigné, ce qui les attend une fois qu’un incident de violence familiale est connu peut sembler pire que la situation qu’elles auront à vivre si elles se taisent et endurent la violence.
Au cours des six dernières années, 29 % des homicides sur lesquels l’OPP a enquêté étaient liés à des cas de violence familiale. La prévention des homicides familiaux fait partie des priorités de l’OPP, qui emploiemaintenant des enquêteurs spécialisés en violence familiale dans plusieurs de ses détachements, pratique qu’elle espère étendre à l’ensemble de son territoire.
Les questions concernant les jeunes sont source de défis particuliers pour les policiers des collectivités rurales ou éloignées. Les jeunes en milieu rural disent souvent que leur plus grande préoccupation, c’est le manque d’activités et de ressources. Dans bien des régions, c’est l’ennui qui amène les jeunes à poser des gestes mal inspirés ou illégaux. Les jeunes Ontariens âgés entre 15 et 24 ans commettent un nombre excessif de crimes violents et de crimes contre les biens.
Les jeunes de partout dans la province sont branchés au reste du monde par Internet et se retrouvent avec une panoplie de renseignements à portée de la main. Les petites collectivités très unies ne sont plus perçues comme des cocons. La cyberintimidation, la corruption d’enfants, les jeux vidéos violents, les images médias, les sites Web explicites et la pornographie facilement accessible sont tous des facteurs qui contribuent à la victimisation et à l’éveil sexuel précoce des jeunes qui utilisent Internet sans être adéquatement upervisés. Un poste de coordonnateur des risques en ligne a été créé dans l’Unité chargée des questions des jeunes de l’OPP et un cours sur l’exploitation et la menace en ligne est offert aux policiers afin qu’ils puissent montrer aux jeunes comment utiliser Internet en toute sécurité. Le cours apprend également aux policiers comment se servir d’Internet, plus particulièrement des sites de réseautage personnel, dans une enquête.
Le maintien de l’ordre dans les collectivités autochtones éloignées du Nord de la province pose des défis de taille. Certaines collectivités sont accessibles uniquement par voie aérienne ou, pendant les mois d’hiver, par chemin de glace. Les services de police autochtones en Ontario, financés à titre de service de première ligne, doivent continuellement négocier avec les gouvernements provincial et fédéral pour obtenir d’autres ressources pour parer au volume de travail, ainsi qu’aux problèmes de sécurité et de maintien des effectifs. Il y a 113 des 134 collectivités autochtones de l’Ontario qui sont dotées de policiers autochtones.
L’OPP appuie les services de police autochtones en fournissant des services spécialisés qui ne font pas partie du financement de première ligne. De plus, le Bureau des services policiers des Autochtones de l’OPP a pour mandat d’accroître l’efficacité des services de police autochtones et de favoriser des collectivités saines.
Le camp pour enfants North of 50 est un bel exemple d’initiative communautaire. À l’été 2008, des policiers de l’OPP se sont rendus à ce camp pour y passer une semaine avec des enfants de Pikangikum, une collectivité autochtone près de Kenora reconnue par l’ONU comme ayant le taux de suicide le plus élevé au monde. Les enfants ont eu l’occasion pour une fois de participer à des activités amusantes et saines et d’explorer des styles de vie positifs, tout en étant entourés de policiers qui étaient là à titre de moniteurs. Ce camp a permis aux policiers d’établir des liens solides avec ces enfants et des activités de suivi se poursuivent toujours.
L’OPP s’engage également à fournir à son personnel une formation de sensibilisation aux questions autochtones. Elle présente un programme de formation d’une semaine environ 20 fois par année, en plus d’une série d’ateliers et de présentations offerts aux nouvelles recrues. La formation en sensibilisation aux questions autochtones, dans laquelle on explore la culture et les coutumes autochtones, le colonialisme et les pensionnats indiens, est selon bon nombre de policiers la meilleure formation qu’ils aient reçue.
Le Nord de l’Ontario regorge de ressources naturelles desquelles dépend la survie de bien des collectivités rurales et éloignées. Lorsque la demande pour ces ressources diminue et que des entreprises comme des mines ou des usines ferment leurs portes, ces collectivités — bien souvent des villes à industrie unique— essuient d’importantes pertes d’emploi et les familles qui y habitent connaissent des difficultés financières. Il peut y avoir une recrudescence des crimes et de la violence familiale lorsque des villes se retrouvent dans pareille situation.
Il s’agit là de quelques-uns des problèmes auxquels les policiers de l’OPP sont confrontés en milieu rural et éloigné. L’étendue des territoires de patrouille, les questions de sécurité et de renfort, le recrutement et le maintien des effectifs chevronnés, et les difficultés familiales liées à la vie en région éloignée font qu’il peut être difficile d’y assurer des services de police.
Malgré ces problèmes, certains membres de l’OPP choisissent de passer une grande partie ou la totalité de leur carrière dans le Nord. Ces policiers, amateurs de plein air, aiment le style de vie et la beauté que cette région a à offrir.
L’OPP collabore également avec la GRC, qui est appelée à relever des défis semblables dans les collectivités rurales et éloignées. Les deux services de police mettent leurs idées et leurs renseignements en commun afin de mieux servir les collectivités nordiques et éloignées, et de mieux soutenir les policiers qui y travaillent.