Gendarmerie royale du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Gazette - Terreur à la ferme

DOSSIER - POLICIERS EN RÉGION ÉLOIGNÉE OU NORDIQUE

Intervenir en cas d’incident agroterroriste

Jason B. Moats
Quiconque possède une maîtrise en microbiologie pourrait créer un agent biologique pathogène et l’utiliser dans une attaque agroterroriste, affirme Jason B. Moats, auteur
du livre Agroterrorism.

Les mesures d’intervention en cas d’incident agroterroriste peuvent être plus complexes que celles qui ont été prises le 11 septembre 2001, selon Jason B. Moats, auteur de l’ouvrage intitulé Agroterrorism: A Guide for First Responders (Texas A&M University Press, 2007). M. Moats s’est entretenu avec Caroline Ross, rédactrice pour la Gazette, sur la possibilité que des agents pathogènes biologiques étruisent l’industrie américaine de l’élevage et sur les raisons pour lesquelles les intervenants d’urgence doivent toujours faire preuve d’ouverture.

Pourquoi un attentat visant les animaux d’élevage est-il plus complexe sur le plan de l’intervention que des attentats comme ceux du 11 septembre 2001?

Le 11 septembre 2001, nous pouvions mesurer l’ampleur des dégâts, contrairement à une épidémie de fièvre aphteuse ou de maladie de la vache folle, ou encore à la propagation dans l’air d’autres agents biologiques sur des centaines de kilomètres. De plus, quand une vache ou un porc présente les premiers symptômes d’une maladie, celle-ci est généralement déjà avancée. Les maladies peuvent se propager très rapidement; l’industrie agricole peut être comparée à une grosse machine : il suffit qu’une pièce brise pour que tout le reste se mette à mal fonctionner. Par exemple, la fièvre aphteuse s’attaque aux moutons, aux bovins, aux chèvres et aux cochons, qui produisent tous la viande que nous aimons tant. L’élevage est l’industrie agricole la plus importante (en Amérique).

Quel rôle jouent les organismes d’application de la loi en cas d’incident agroterroriste?

En cas d’incident biologique, les mesures d’intervention sont dirigées principalement par des vétérinaires et des professionnels de la santé animale. On pourrait aussi faire appel à des agents de l’application de la loi pour aider à retracer l’origine de la maladie. Si l’incident est d’origine criminelle ou terroriste, ils participeront sans aucun doute à l’enquête. Des policiers assureraient aussi la sécurité périmétrique et la surveillance des points de contrôle des animaux.

En quoi la sécurité périmétrique pose-t-elle des défis?

Les défis sont surtout associés à la communication et à la définition des pouvoirs de chacun. Supposons qu’un policier de New York est affecté à une communauté située au coeur du Kansas pour aider à surveiller la circulation lors d’un incident biologique. On lui demande d’arrêter tous les véhicules qui transportent des alpacas, animaux que l’on croit porteurs de la maladie en cause. Comment le policier saitil à quoi ressemble un alpaca? Quel pouvoir exerce-t-il dans cette situation? Aux États-Unis, les policiers municipaux ne sont pas toujours autorisés à tuer un animal. Dans ce cas, le policier devra peut-être attendre l’arrivée du garde-chasse.

Quelles mesures les services de police prennent-ils pour relever ces défis?

Il faut beaucoup de planification et de pratique. Pour ce faire, un programme doit être créé de sorte que les policiers puissent suivre une formation d’une journée sur les lieux de l’incident ou se voient remettre des guides qu’ils pourront consulter pendant la crise. Cela dit, il ne faut pas oublier que l’intervention sera le fruit d’une collaboration entre les organismes d’application de la loi, les services d’urgence et d’autres organismes de sécurité publique. Ces intervenants devront travailler étroitement avec la communauté agricole, depuis les vétérinaires jusqu’aux établissements de recherche. Ensemble, il nous faut assurer cette planification afin d’être prêts au moment où la maladie frappera.

Selon vous, sommes-nous prêtsà faire face à un incident agroterroriste en Amérique du Nord?

Même si nous sommes plus prêts qu’avant, nous avons encore beaucoup à faire. Les techniques de détection des maladies se sont grandement améliorées depuis 2000, mais les chercheurs se concentrent sur la santé humaine. Les équipes d’intervention d’urgence ont effectué peu d’exercices en milieu agricole. Nous devrions accorder plus d’attention à la santé animale.

Quelle est l’idée la plus fausse qu’ont les services d’intervention d’urgence au sujet des incidents agroterroristes?

Ils ont tout à fait tort lorsqu’ils se disent non responsables des incidents touchant les vaches et les cochons. Ces incidents naissent et prennent fin à l’échelle locale; tout le monde a un rôle à jouer dans l’intervention. Je peux vous assurer que des organismes nationaux et gouvernementaux travaillent actuellement à la résolution du problème. Cependant, la clé se trouve au niveau local, là où naissent les incidents agroterroristes, car les premières heures sont cruciales.