Gendarmerie royale du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Gazette - Les défis et les avantages du travail de relève

POLICIERS EN RÉGION ÉLOIGNÉE OU NORDIQUE

par le Gend. Todd Scaplen Détachement de Yellowknife de la GRC

entrée de la collectivité d’Ulukhaktok
Deux cairns marquent l’entrée de la collectivité d’Ulukhaktok (Territoires du Nord-Ouest).

Après avoir passé les trois premières années de ma carrière dans la petite collectivité de Behchoko dans les Territoires du Nord-Ouest (Division G de la GRC), je savais ce qui m’attendait en arrivant à la Section de la relève (SR) de la Division G. J’ai passé les deux années suivantes sur la route, vivant dans des petits détachements isolés dans le Nord.

Établie à Inuvik, la SR est composée de cinq membres qui assurent la relève dans les détachements de deux membres des Territoires du Nord-Ouest lorsqu’un des membres prend des vacances, assiste à une formation ou est en déplacement pour toute autre raison. La SR s’assure que les membres ne travaillent jamais seuls et veille à combler le manque de personnel et le besoin de soutien additionnel dans les collectivités.

Lorsque je suis entré à la SR en 2006, il y avait cinq détachements de deux membres dans la Division G : Lutselk’e, sur le bras est du Grand lac des Esclaves; Wha Ti, au Nord-Ouest de Yellowknife; Tulita, à la jonction de la rivière Great Bear et du fleuve Mackenzie; Paulatuk, sur la côte nord, et Ulukhaktok, sur la côte ouest de l’île Victoria. En 2008, un sixième détachement de deux membres a été établi à Sachs Harbour sur l’île Banks. J’ai eu l’occasion de travailler dans toutes ces collectivités, chacune ayant des qualités et des avantages particuliers.

Il y a cependant des inconvénients à faire partir de la SR. Au départ, il faut savoir que travailler dans des détachements différents pendant une semaine ou un mois exige que vous vous absentiez pendant de longues périodes. En deux ans, je n’ai passé que 35 jours chez moi à Inuvik.

Je voyageais avec un sac de hockey et un fourre-tout en plastique robuste dans lequel je mettais tout ce dont je croyais avoir besoin, mais il m’arrivait souvent d’emprunter des articles à d’autres membres de la GRC, à des enseignants, à des infirmiers ou à d’autres membres de la collectivité. Pour moi, mon ordinateur, mon appareil photo et mon attirail de pêche étaient des articles essentiels.

Paulatuk (Territoires du Nord-Ouest)
La ville de Paulatuk (Territoires du Nord-Ouest) en janvier.

À votre arrivée dans une collectivité, les membres locaux de la GRC vous décrivent la ville, notamment les maisons à problèmes et les personnes à surveiller. Certaines collectivités comptent 150 habitants, d’autres 800. Par conséquent, vous ne connaîtrez peut-être pas les résidants immédiatement, mais eux savent toujours qui est le nouveau « flic ».

Dans ces petites collectivités du Nord, de nombreuses maisons n’ont pas de numéros, ce qui rend difficile la recherche d’une adresse particulière. Il faut souvent se fier aux membres de la collectivité qui se promènent afin d’apprendre où tout le monde vit.

Les détachements des petites collectivités ne reçoivent pas autant d’appels que ceux des grandes. Il faut parfois du temps pour s’y habituer, mais il y a toujours à faire, comme aider une personne à obtenir des pièces d’identité en vue d’un voyage pour des raisons médicales, aider quelqu’un à transporter un gros paquet de l’aéroport ou reconduire un aîné de l’épicerie à la maison. Les membres de la GRC ne sont pas perçus que comme de simples policiers. La clé est de vous engager dans la collectivité, ce qui vous tient occupé et témoigne de votre intérêt envers les résidants et leur culture.

L’alcool est un problème majeur dans les collectivités, particulièrement après l’arrivée d’une livraison importante par avion. C’est frustrant de voir les caisses d’alcool sortir de l’avion et de ne pouvoir rien faire. Toutefois, durant mes derniers mois à la SR, certaines collectivités ont voté pour limiter la quantité d’alcool que chaque résidant peut obtenir en une commande, ce qui semble avoir aidé. Les policiers ont ainsi un peu plus de pouvoirs pour empêcher la livraison de grandes quantités d’alcool dans les villes.

En tant que membre de relève, je me suis occupé de disputes conjugales, de personnes suicidaires, d’agressions sexuelles, de voies de fait graves, de méfaits et de nombreuses autres infractions aux lois territoriales et au Code criminel, la plupart liées à l’abus d'alcool ou d'autres drogues. Il faut être prudent, car on trouve dans toutes les maisons des armes à feu pour la chasse dont l’entreposage n’est pas toujours sécuritaire. Heureusement, je ne me suis jamais retrouvé dans une situation que je qualifierais d’extrêmement dangereuse.

Malgré les nombreux défis, mon travail de relève fut une expérience très enrichissante et une occasion formidable de découvrir le Nord. J’ai vécu des moments inoubliables, comme de voir un bébé boeuf musqué s’approcher de moi après avoir été séparé de sa mère ou un grizzly jouer avec un renard et de pêcher sur la glace accompagné d’un aîné local.

Finalement, chaque seconde en a valu la peine. J’ai rencontré des gens extraordinaires, j’ai vu des paysages et des animaux sauvages spectaculaires et j’étais payé pour le faire.

La vie dans le Nord

Maintien de l’ordre, collectivité et culture

par la cap. Yvonne Niego

La culture unique et les langues du Nord font qu’il peut être particulièrement difficile de travailler en milieu isolé. Mais selon la cap. Yvonne Niego de la GRC, une Inuite qui a grandi et travaillé dans la collectivité de Baker Lake, au Nunavut, il s’agit aussi d’une expérience enrichissante. Son article traite de l’importance de nouer des liens avec la collectivité et des défis auxquels elle a fait face en quittant le Nord pour venir travailler dans une ville plus au sud.

Établir une bonne relation avec la collectivité constitue l’un des premiers défis auxquels sera confronté un policier affecté en région éloignée; en effet, qu’il soit en uniforme ou non, ce dernier sera toujours vu comme étant en service.

il est important d’apprendre à connaître les membres de la collectivité car après tout, ils sont bien souvent les seuls renforts sur lesquels les deux ou trois policiers d’un détachement peuvent compter.

On doit donner aux citoyens la chance d’apprendre à nous connaître. Leur vécu et leur façon de voir le monde sont susceptibles d’être différents des nôtres, donc il faut s’investir un peu plus pour communiquer avec eux. un policier qui s’intègre à la collectivité sera plus efficace car les gens n’hésiteront pas à l’aider. Et d’un point de vue personnel, les liens qu’il forgera et les expériences qu’il vivra le suivront toute sa vie durant.

En région éloignée, le volume de travail varie et l’on n’est pas directement encadré par un quartier général divisionnaire mais l’on a l’occasion de perfectionner ses aptitudes pour le maintien de l’ordre et la gestion, tout en établissant des relations solides avec les membres de la collectivité.

Dans le Nord, où les longs mois d’hi ver sombres peuvent avoir un effet néfaste sur le corps, l’âme et l’esprit, il est très important de socialiser, même si on a rien de nouveau à raconter. Selon moi,échanger et à s’intégrer.

J’ai quitté le Nunavut pour m’établir à Ottawa il y a trois ans, et j’avoue avoir eu de la difficulté à m’adapter à la vie urbaine et à la culture du sud. Et comme bien des gens, j’ai peine à m’habituer au long trajet que je dois parcourir pour me rendre au bureau.

Dans le Nord, je pouvais passer chercher mes enfants à l’école pour qu’ils viennent dîner avec moi à la maison et parfois, j’avais même le temps de faire la vaisselle après le repas. En soirée, nous disposions d’amplement de temps pour aller rendre visite aux aînés de la collectivité.

Le rythme de vie, qui est désormais plus rapide dans le Sud, s’accélère aussi dans le Nord. On se retrouve avec d’énormes écarts entre les générations.

Dans le Nord, la plupart des jeunes parlent anglais uniquement et ne peuvent pas communiquer avec leurs grands-parents ou les aînés. Bien des jeunes demandent aux policiers de devenir entraîneurs sportifs et d’organiser des activités parascolaires. Et il n’y a rien de plus satisfaisant que de voir les jeunes que vous avez entraînés s’illustrer à titre de leader dans leur collectivité.