par Caroline Ross
Assurer un renfort adéquat dans les petits détachements constitue tout un défi, mais ce n’est pas une mission impossible, si on en juge d’après l’expérience vécue un peu partout à la GRC.
En décembre 2007, la GRC a annoncé l’adoption d’une nouvelle politique de renfort qui exige l’intervention d’au moins deux membres dans les cas de violence, de violence anticipée, de conflits de ménage, ou des cas mettant en cause des armes, le risque que des armes soient en cause, une personne qui pose une menace pour ellemême ou les autres, ou des cas nécessitant un déplacement dans un secteur où les communications sont inadéquates.
La politique est conforme aux exigences de la GRC en matière de santé et de sécurité professionnelle en vertu du Code canadien du travail, et respecte les principes établis de longue date à la Gendarmerie en matière de renfort. Mais les chefs de petits détachements doivent néanmoins faire face à des défis sur le plan pratique : avoir deux membres en disponibilité en permanence n’est pas évident quand leur effectif compte moins de 10 membres et qu’il est impossible de maintenir un quart de 24 heures.
« Plus notre détachement est petit, plus les répercussions sont grandes », explique Gord Dalziel, représentant des relations fonctionnelles de la GRC en Colombie- Britannique.

Qui assure votre renfort? Un membre demande du renfort au détachement au cours d'une intervention au Nunavut.
Bien sûr, une solution possible est d’accroître le nombre de membres dans les petits détachements, mais ce n’est pas toujours viable compte tenu des budgets de police des provinces, des territoires et des municipalités.
Heureusement, les chefs de petits détachements savent déployer des trésors d’ingéniosité.
« La GRC se veut une organisation polyvalente, sur les plans des mandats, de l’environnement de travail, de la logistique et de la législation, précise l’insp. Troy Lightfoot, off. resp. des Programmes opérationnels. Les chefs et commandants d’un océan à l’autre ont élaboré toute une gamme de modalités de renfort, toutes aussi efficaces les unes que les autres, suivant le contexte. »
Ainsi, le Nunavut a mis sur pied un groupe de relève qui détache des membres à l’un ou l’autre des 25 petits détachements accessibles seulement par avion, lorsque les membres réguliers s’absentent pour des vacances, la formation ou une comparution en cour. La Saskatchewan, pour sa part, envisage des options pour modifier et fusionner des zones de service le long du réseau de longues routes planes.
D’autres régions comblent les besoins de renfort par des programmes de gendarmes communautaires, des contrats avec les partenaires municipaux, voire une stratégie de pivotage consistant à déployer des ressources centralisées à des détachements satellites.
Mais que se passe-t-il quand vous êtes à la tête d’un détachement de deux membres et qu’aucune de ces options n’est viable? Votre seul choix est de mettre les deux membres en disponibilité permanente pour la durée de leur affectation.
« Je suis en disponibilité 24 heures sur 24, explique le cap. Ben Sewell, chef du détachement de deux personnes à Beaver Creek (Yukon). Je ne peux pas partir en randonnée avec ma famille, je ne peux même pas prendre une bière au souper, parce que je demeure en disponibilité. »
Cette option exige une grande part de sacrifice personnel, ce qui remet en cause le bien-être des membres à long terme.
Le gend. Mike Simpson retrace le stress mental, physique et émotionnel que lui et son partenaire ont vécu durant une période particulièrement occupée à Igloolik (Nunavut).
« Ces trois semaines ont été les plus occupées de ma carrière, précise le gend. Simpson. Mon partenaire a été en congé de stress quelques mois plus tard, et je suis passé à deux doigts de l’épuisement professionnel. J’étais très fatigué sur tous les plans. »
Dans de tels cas, il incombe au gestionnaire supérieur de vérifier périodiquement auprès des membres de première ligne pour s’assurer que les exigences de renfort ne compromettent pas la sécurité des policiers, ni celle du public.
« Il s’agit de se rendre sur place, ou de prendre le téléphone pour s’assurer que les gens vont bien, souligne le surint. pr. Marty Cheliak, commandant du Nuvavut. Ce dernier visite chacun des 15 détachements de deux membres du territoire au moins deux fois par année et maintient les sergents d’état-major supérieurs en disponibilité pour soutenir les membres de première ligne en tout temps, peu importe les circonstances.
« La majorité des gestionnaires sont très conscients de la nécessité de trouver le juste équilibre entre ménager les coûts de ressources et assurer la sécurité des membres et du public », déclare l’insp. Lightfoot, qui dirigeait auparavant un petit détachement isolé dans le nord du Labrador. « C’est un exercice d’équilibre, et nous nous en tirons assez bien merci. Ce n’est pas parfait, mais nous parvenons à maintenir la sécurité de nos membres et du public. »