Gendarmerie royale du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Gazette - Une affaire de chiens?

QUESTIONS ET RÉPONSES

Le domaine émergent de la médecine légale vétérinaire

Dre Melinda Merck examine un chien
Photo: ASPCA

La Dre Melinda Merck, dir. pr. de la médecine légale vétérinaire pour l’American Society for the Prevention of Cruelty to Animals, projette sur un chiot une source lumineuse spéciale, à la recherche de liquides organiques et d’autres signes de violence latente.

Avez-vous déjà envisagé de recourir à un vétérinaire médicolégal pour une enquête sur la cruauté envers les animaux? Sinon, vous pourriez manquer des indices importants, affirme la Dre Melinda Merck, directrice principale de la médecine légale vétérinaire pour l’American Society for the Prevention of Cruelty to Animals. La Dre Merck conseille les agents d’application de la loi américains pour une cinquantaine d’affaires par an et, comme elle en avise Caroline Ross, de la Gazette, la cruauté envers les animaux et les autres crimes sont incontestablement liés.

Comment un vétérinaire médicolégal peut-il contribuer à une affaire?

Les agents de police technique chargés des crimes « humains » ne connaissent pas le comportement animal. Ils pourraient manquer des indices importants parce qu’ils ne savent pas où chercher. Un vétérinaire sur les lieux ou examinant des photos ou vidéos leur permettra de consigner des indices initialement passés inaperçus.


Quelles sont les signes de trauma chez les les animaux?

Le corps des animaux ne se couvre pas visiblement de bleus... du moins pas facilement. Si vous voyez des bleus sur la peau, c’est qu’il y a un trauma grave. Les animaux ont aussi des blessures qui leur sont propres. Avec un traumatisme crânien sur l’oreille ou le côté de la tête, ils peuvent présenter des hémorragies localisées dans le conduit auditif externe. Les médecins légistes ne voient pas cela chez les humains.

Quelle était votre dernière affaire?

Il y a deux jours, en Floride, un chien a été agressé sexuellement et l’homme s’était filmé. On avait besoin que j’examine la vidéo et commente la douleur et la souffrance de l’animal afin de pouvoir déposer des accusations.


"Des études montrent que les personnes qui se sont livrées à de la cruauté envers les animaux sont cinq fois plus susceptibles d’avoir commis d’autres crimes de violence."


Y a-t-il un lien entre la cruauté envers les animaux et les autres crimes?

Oui, un lien énorme. Des études montrent que les personnes qui se sont livrées à de la cruauté envers les animaux sont cinq fois plus susceptibles d’avoir commis d’autres crimes de violence. Elles sont trois fois plus susceptibles d’avoir commis des infractions liées aux drogues. Dans le cas des combats de chiens, on trouve toujours de la drogue et presque toujours des armes à feu illégales. Je dirais que, dans plus de 90 % de mes affaires, il y a d’autres accusations, en plus de la cruauté ou de la violence envers les animaux. Cela ne me surprend plus. Il est presque certain qu’on trouvera quelque chose.


Comment les policiers peuvent-ils tirer avantage de ces liens?

C’est une sonnette d’alarme, surtout chez les jeunes. Ces personnes (qui se livrent à la cruauté envers les animaux) ont commis, commettent ou commettront d’autres crimes. Les policiers peuvent aussi se servir de la cruauté envers les animaux pour obtenir un mandat de perquisition. J’ai vu des affaires où les policiers avaient un trafiquant de drogues présumé et ne pouvaient réunir assez de preuves pour un mandat de perquisition, mais (les suspects) avaient des chiens enchaînés dehors, sans eau, nourriture ou abri. Les policiers se sont servis de la cruauté envers les animaux comme cause probable pour obtenir un mandat de perquisition, puis arrêter (les suspects) pour trafic de drogues.

La police se fait-elle des idées fausses sur la médecine légale vétérinaire?

Plusieurs services m’ont dit ne pas avoir communiqué toutes les informations au vétérinaire légiste, parce qu’ils craignaient que celui-ci n’ait un parti pris. Pour eux, un vétérinaire, soit une personne qui se soucie du bien-être des animaux, est forcément un défenseur des droits des animaux. Mais vous ne pouvez pas le tenir pour acquis. C’est notre travail d’être objectif, de laisser parler les faits et la science. Si nous ne sommes pas objectifs, nous n’aurons pas gain de cause au tribunal.

Comment voyez-vous l’avenir de la médecine légale vétérinaire?

Je pense que cela sera encore plus spécialisé. Nous allons voir se former des groupes des affaires criminelles liées aux animaux et davantage de liens entre les crimes envers les animaux et les autres crimes. Notre organisme fédéral (américain) de lutte antidrogue a formé un groupe de travail sur les combats d’animaux, parce qu’il a compris qu’en enquêtant sur ces affaires, on trouvait de la drogue. Je pense que, tôt ou tard, nous verrons apparaître des procureurs et des tribunaux spéciaux, comme c’est aujourd’hui le cas pour les jeunes délinquants.