Par Richard A. Loreto, Ph.D.
Président, R.A.L. Consulting Ltd.
David Foot, universitaire respecté et auteur du succès de librairie Entre le boom et l'écho – Comment mettre à profit la réalité démographique à l'aube du prochain millénaire, a popularisé l'étude de la démographie. Les démographes cherchent à comprendre l’incidence et les tendances sur le marché et les politiques publiques de la croissance naturelle nette de la population (l’écart entre les taux de natalité et de mortalité) ainsi que de la migration entre villes, régions ou pays et la distribution dans la population de caractéristiques telles que l'âge, le sexe, l'origine ethnique et la race.
L'analyse démographique est un formidable outil de planification stratégique. En étudiant les tendances canadiennes, on peut en déterminer les conséquences pour la police d'aujourd'hui et de demain.

Foot a établi que le vieillissement de la population canadienne est une tendance déterminante qui se maintiendra dans les années à venir. Le vieillissement des baby-boomers (nés entre 1947 et 1966) est à la base de cette tendance. Les gens des cohortes suivantes – les générations X (de 1967 à 1979) et Y, ou Écho, (de 1980 à 1995) – sont moins nombreux et n'exerceront pas autant d’influence que leurs aînés sur le marché et sur les politiques publiques.
La thèse principale de Foot est que la démographie explique environ les deux tiers de tout. D’après lui, même si on utilise une panoplie de variables aux fins de l’analyse démographique, la distribution de l’âge dans la population est la plus pertinente pour prévoir l'évolution de
l'économie.
Ainsi, on reconnaît que l'âge est un paramètre important pour expliquer les comportements criminels, même si tout le monde ne s'entend pas sur l'incidence de ce facteur. D’après Foot, les jeunes sont plus enclins que leurs aînés à commettre des crimes et les types de crimes varient souvent selon l’âge de ceux qui les commettent.
« Dans le crime typique d'un adolescent, il n'y a pas de contact direct entre le criminel et sa victime (p. ex. l'introduction par effraction), écrit Foot. Quelqu'un qui, vers la fin de la vingtaine, évolue toujours dans le milieu du crime, sera passé au braquage de banque. Le crime d'un individu de 29 ans est plus violent que celui d'un individu de 19 ans. »
Si le comportement peut changer avec l'âge, le taux d’activité par tranche d’âge semble constant pour bon nombre d’activités, pense Foot. Il admet que d'autres facteurs économiques ou sociaux, tels les récessions, le niveau de revenu, le taux de chômage, la situation de famille et l'ethnicité peuvent avoir une influence sur les taux de criminalité. Cependant, l'incidence de ces facteurs reste secondaire par rapport à celle de l'âge.
« Le nombre de personnes qui commettront un crime est pour les deux tiers prévisible par le facteur de l'âge », ajoute-t-il.
En outre, les facteurs autres que l'âge
ne sont pas exclus des projections démographiques relatives à l'âge. Les tendances économiques, sociales, législatives et
technologiques sont étroitement liées aux hypothèses relatives à la fertilité, à la
mortalité et à la migration.
Voici les tendances démographiques canadiennes clés dégagées en appliquant la théorie de Foot :
Premièrement, on prévoit que l’accroissement de la population du Canada ralentira en raison du vieillissement. En 2008, environ le quart des Canadiens étaient âgés de 55 ans et plus. Selon Statistique Canada, en 2021, ce pourcentage sera d’un tiers. Dans la même période, le nombre de Canadiens de moins de 25 ans passera d’un tiers à un quart de la population. Le vieillissement ne suit pas une courbe similaire d'une province à une autre : il est plus rapide au Québec et dans la région de l'Atlantique qu’en Ontario ou dans les provinces de l'Ouest, surtout en raison des différences de migration.
Deuxièmement, la croissance démographique canadienne dépend toujours plus de l'immigration et cette tendance influe sur la composition ethnique et raciale de la population. En 2008, un tiers de la hausse de la population était due à la croissance naturelle nette de la population. En 2021, cette part sera de moins d’un quart. Statistique Canada prévoit que la tranche de population composée de membres de minorités visibles, qui était de 13 % en 2001, se situera en 2017 entre 19 et 23 %. En outre, en 2017, l'âge moyen de ce groupe sera de 35,5 ans comparativement à 43,4 ans pour les autres Canadiens.
Troisièmement, ce vieillissement et cette diversification se reflètent dans la population active canadienne. En 1976, pour chaque travailleur qui arrivait à l’âge de la retraite (entre 55 et 64 ans), on comptait 2,8 entrants sur le marché du travail (âgés de 15 à 24 ans). En 2007, ce rapport est passé à 1,3 jeune travailleur pour un départ à la retraite potentiel. Les données du recensement de 2006 indiquent aussi que les membres des minorités visibles constituent à la fois 15 % de la main-d’oeuvre globale et 15 % de la nouvelle cohorte.
Quatrièmement, la croissance démographique se concentre toujours dans les grandes régions métropolitaines, en particulier Toronto, Montréal et Vancouver. Selon le recensement de 2006, deux Canadiens sur trois vivent en milieu urbain et un sur trois vit à Toronto, Montréal ou Vancouver, villes où les nouveaux immigrants s’établissent dans 70 % des cas. La croissance des grands centres est surtout attribuable à l’immigration.
Pour finir, la population autochtone augmente, dans les réserves et en dehors. Elle est plus jeune que la population globale. Selon Statistique Canada, en 2017, les Autochtones seront 20 % plus nombreux qu’en 2001 et leur âge moyen sera de 27,8 ans contre 41,3 pour les Canadiens en général.
Selon l’analyse effectuée par R.A.L. Consulting Ltd., les tendances démographiques ont une incidence significative sur la communauté policière dans trois domaines : le recrutement, la prestation de services et les services de police autochtones.
Recrutement : Les policiers semblent prendre leur retraite plus tôt que les autres travailleurs. En 2006, 13 % des gens professionnellement actifs avaient entre 55 et 64 ans, contre 5 % pour les policiers. De ce fait, la pression continuera d’être forte en raison de la demande de services et du besoin de remplacer les membres qui prennent leur retraite.
Les tendances démographiques ont une incidence significative sur la communauté policière dans trois domaines : le recrutement, la prestation de services et les services de police autochtones.
L’une des conséquences clés des tendances démographiques est que la stratégie de recrutement doit viser plusieurs objectifs. Ainsi, pour préparer l’avenir en matière de recrutement, on doit :
Prestation de services : Selon une analyse des données recueillies par Statistique Canada lors de l’Enquête sur la déclaration uniforme de la criminalité, au cours des 10 dernières années, une majorité des individus accusés de crime avaient moins de 40 ans. On sait que la cohorte des moins de 40 ans diminuera progressivement pendant les 30 prochaines années, ce qui laisse présager la possibilité de réaffecter des ressources aux différents domaines d’application de la loi.
La crainte de victimisation est plus forte au sein d’une population vieillissante, même si elle est souvent exagérée. Le budget consacré par les ménages à des services de sécurité constitue un bon baromètre de cette tendance. R.A.L. Consulting prévoit qu’entre 2007 et 2017, la hausse de la
consommation dans ce secteur sera de 44 % plus rapide que celle de la consommation globale. Les ménages dont le chef de famille est une personne de 45 ans et plus effectuent plus des trois cinquièmes des dépenses liées à la sécurité domiciliaire au Canada. Les services de police devront
lutter contre le sentiment d’insécurité des nombreux boomers vieillissants.
Services de police autochtones : En s’appuyant sur les projections démographiques établies pour Sécurité publique Canada, R.A.L. Consulting a déterminé que la forte augmentation de la jeunesse autochtone au Canada aura quatre conséquences stratégiques pour la police :
La démographie ne trace peut-être pas notre destinée, mais, pour paraphraser Foot, on peut dire qu’elle en compte pour les deux tiers. La planification stratégique policière tant opérationnelle qu’administrative, doit donc être fondée sur une analyse systématique de la démographie.
R.A.L. Consulting Ltd. est une société de conseil en gestion établie à Hamilton (Ontario) et spécialisée dans l’utilisation de l’analyse démographique pour proposer à ses clients des solutions liées aux produits, aux services, aux employés ou au marketing. Pour obtenir plus d’information, visitez le www.ralconsulting.ca.