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Par Brent Smith, Ph. D.
Terrorism Research Center (TRC), Fulbright College Université de lArkansas
Timothy McVeigh (auteur de l’attentat d’Oklahoma), les pirates de l’air du 11 sept. et Eric Rudolph (attentat de l’Olympic Park) avaient tous quelque chose en commun : ils ont choisi des cibles très loin de leur lieu de résidence. McVeigh a erré dans le Midwest comme un itinérant avant de fabriquer sa bombe à Herington (Kansas) et de parcourir 250 milles (400 km) vers le sud en voiture pour faire sauter le Alfred P. Murrah Federal Building à Oklahoma City. Les pirates du 11 sept. ont fait un long voyage pour atteindre leurs cibles et Rudolph a parcouru en voiture presque 300 milles (483 km) depuis Murphy (C.N.) pour faire sauter une clinique d’avortement à Birmingham (Ala.).
Savoir que les services de police locaux cherchent comment déjouer les terroristes avant qu’ils ne frappent n’apporte pas grand confort. Les policiers peuvent avoir l’impression qu’ils ne peuvent pas faire beaucoup plus qu’accroître la sécurité matérielle des cibles à haut risque.
Le comportement de ces tristement célèbres terroristes était-il typique?
Même si nous en savons beaucoup sur le comportement des criminels traditionnels, nous en savons peu sur celui des terroristes. Ceux-ci diffèrent-ils beaucoup des criminels conventionnels, qui ont tendance à commettre leurs crimes près de chez eux? Des études montrent que les criminels traditionnels commettent des actes spontanés mais les terroristes semblent mettre beaucoup de soin à préparer leurs attaques et peuvent se livrer à d’autres crimes ce faisant.
Alors que les préparatifs des terroristes environnementaux avaient eu lieu dans la semaine précédant l’incident, les terroristes internationaux avaient mis jusqu’à 6 mois pour se préparer.
Le National Institute of Justice (NIJ) a lancé une série de projets sur les modèles de comportement terroriste. Le premier projet était axé sur l’examen par un groupe d’experts de 60 études de cas survenus aux É.-U. dans les 25 dernières années. Ceux-ci étaient liés aux quatre principaux types de groupes terroristes aux É.-U. : de gauche, de droite, défenseurs d’une cause particulière et internationaux. Les experts - et moi - avons analysé les lieux de résidence, de planification, de préparation et de perpétration des actes terroristes pour établir des modèles.
Le groupe d’experts a conclu que les cas de McVeigh, des pirates du 11 sept. et de Rudolph sont vraiment inhabituels. En fait, la plupart des terroristes vivent près de leurs cibles et planifient leurs actes de longue date, certains, pendant des mois voire des années, et peuvent attirer l’attention des services de police locaux.
Le groupe d’experts a examiné les incidents suivants :
Les terroristes internationaux vivaient relativement près de leurs cibles et les terroristes de droite, dans les régions rurales, mais leurs cibles étaient les « polluants de la vie urbaine » à proximité.
Le plus souvent, les terroristes préparaient leurs attaques en exerçant une surveillance, en recueillant des renseignements, en commettant des vols et des vols qualifiés pour amasser des fonds pour le groupe, en violant les lois sur les armes et en fabriquant des bombes. Là encore, la plupart de ces actes avaient lieu assez près de leur résidence qui, elle, était près de leurs cibles.
Les terroristes peuvent rester près de chez eux en raison de leur nouveau statut d’immigrant, de l’absence d’un moyen de transport et de connaissances du paysage urbain ou d’un désir d’éviter l’attention. Chez les défenseurs d’une cause particulière, 71 % des actes préparatoires ont été commis à moins de 12 miles (19 km), et 92 %, à moins de 28 miles (45 km) de la cible, ceci, peut-être parce que ces extrémistes environnementaux et anti-avortement ont recours à des tactiques de violence « non coordonnée », qui attirent souvent des sympathisants isolés locaux.
Un projet de suivi distinct du NIJ axé sur la distance entre la résidence de plus de 250 terroristes environnementaux et internationaux et leurs cibles a confirmé les conclusions préliminaires antérieures sur la quasi similitude de leurs modèles spatiaux. L’analyse a révélé qu’environ la moitié des terroristes environnementaux et près des trois cinquièmes des terroristes internationaux vivaient à moins de 30 miles (48 km) de leurs cibles. Soixante-cinq pour cent des terroristes environnementaux et 59 pour cent des terroristes internationaux ont préparé leurs attaques à moins de 30 miles (48 km) de leurs cibles.
Même si les sujets de l’examen ont mené la plupart de leurs préparatifs près de chez eux, ils ont commis des vols qualifiés, des cambriolages et des vols beaucoup plus loin, en moyenne, à 429 milles de leur résidence. Ceci porte à croire que la plupart des terroristes environnementaux et internationaux vivent près de leur cible et mènent une surveillance et d’autres préparatifs près de chez eux et du lieu éventuel de l’attaque. Cependant, des crimes graves visant à amasser des fonds pour le groupe, comme des vols, vols qualifiés et cambriolages, sont commis à dessein à une grande distance pour éviter d’attirer l’attention sur l’emplacement du groupe et sa cible.
D’après l’examen, les préparatifs ont commencé en général moins de six mois avant l’attaque et pris fin par une flambée d’activités un jour ou deux avant. Ceci variait selon le type de groupe. Les défenseurs d’une cause particulière et les terroristes de droite menaient beaucoup moins de préparatifs durant une brève période, la plupart, axés sur des actes isolés et une « résistance non dirigée ». Le cycle de planification des terroristes internationaux était plus long.
Dans une étude de suivi, nous avons examiné de près les modèles des groupes terroristes internationaux et environnementaux et dressé la chronologie de leurs préparatifs. Par ex., nous avons analysé les 21 incidents attribués au groupe terroriste environnemental « The Family », à l’origine de l’incendie criminel survenu en 1998 dans une station de ski à Vail (Colorado), et de plusieurs attaques contre des immeubles du Forest Service et du Bureau of Land Management de 1996 à 2000.
The Family comptait au moins 16 membres. Ses actes étaient plus spontanés que ceux d’autres groupes environnementaux, avec une brève période de préparation et peu de planification étendue. Le groupe a mené 85 % de ses actes préparatoires connus six jours avant l’attaque. Un engin explosif fabriqué à l’aire de préparation à peu près un jour avant l’incident avait été livré sur les lieux. On revenait en général à l’aire de préparation pour détruire tout élément de preuve.
Les terroristes internationaux menaient près de trois fois autant d’actes préparatoires par incident que les terroristes environnementaux, ceci, peut-être en raison du plus grand nombre de personnes en cause dans les incidents internationaux, de l’importance et de la portée de l’incident planifié ou simplement d’un cycle de planification de plus longue durée.
La comparaison des 10 incidents terroristes internationaux survenus aux É.-U. a permis d’établir que la durée moyenne du cycle de planification des terroristes internationaux était de 92 jours et de 14 jours, pour les terroristes environnementaux. Les moyennes peuvent être trompeuses en raison de cas particuliers, comme le cycle de planification pluriannuel des extrémistes islamiques afin de détruire de prestigieux immeubles new-yorkais au milieu des années 90. Alors que les préparatifs des terroristes environnementaux avaient eu lieu dans la semaine précédant l’incident, les terroristes internationaux avaient mis jusqu’à 6 mois pour se préparer.
Pour les organismes d’application de la loi, l’incidence de ces modèles est grande. Commettre un acte terroriste nécessite en général des préparatifs locaux. Même si une grande partie de ce comportement n’est pas nécessairement criminel, le fait d’avoir des renseignements rapidement peut aider les forces de l’ordre à arrêter les terroristes avant qu’ils ne passent à l’acte.
La connaissance de la menace, par exemple comprendre la durée des préparatifs des groupes extrémistes environnementaux ou internationaux, a une incidence sur le mode d’intervention des représentants locaux. Déceler que des préparatifs d’extrémistes environnementaux sont en cours peut signaler une attaque imminente, tandis qu’un comportement similaire chez un groupe international peut indiquer qu’une attaque peut encore avoir lieu dans plusieurs mois.
Comprendre que la plupart des terroristes agissent localement peut être crucial alors que les services d’enquête tentent de prévenir les activités terroristes et d’arrêter leurs auteurs. Ces modèles locaux peuvent rendre plus efficientes les patrouilles dans les secteurs à haut risque connus et renseigner sur des actes suspects commis à une certaine distance de cibles éventuelles.
Au moment où nous continuons d’approfondir notre compréhension de la relation entre le lieu de résidence du terroriste, des préparatifs et de la cible, ce niveau accru de connaissances devrait aider les policiers à prévenir les attaques et à y réagir.
Le présent article a paru précédemment dans le NIJ Journal (No 260, Juillet 2008); il est reproduit avec l’aimable autorisation de l’U.S. Department of Justice.
Brent Smith enseigne la sociologie et le droit pénal à l’université de l’Arkansas. Il étudie le terrorisme depuis près de 30 ans et a créé en 1988 l’American Terrorism Study, avec l’aide du FBI. Smith dirige le Terrorism Research Center (TRC) du Fulbright College à l’université de l’Arkansas.