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Gazette - Créer un modèle d'évaluation tous risques

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DOSSIER

par Alain Goudreau, M.Sc., P.Eng.
Centre des sciences pour la sécurité (CSS)
Recherche et développement pour lla défense Canada (RDDC)

Créer un modèle d’évaluation tous risquesÀ l’automne 2006, l’équipe de l’Initiative concernant les interventions d'urgence et les incidents critiques de la GRC a déposé un rapport sur la gestion intégrée du risque, faisant ressortir la nécessité de créer un processus commun d’évaluation tous risques (ETR) pour le gouvernement du Canada. À la Défense nationale, Commandement Canada a aussi fait part de ce besoin dans son étude de l’environnement opérationnel canadien.

En décembre 2006, un groupe fédéral d’experts en renseignement (GER) sur la sécurité nationale a été mis sur pied afin de préparer une ETR. Le GER qui, au départ, comptait uniquement des représentants de ministères et d’organismes fédéraux dotés de capacités de renseignement, s’est élargi pour inclure quelque 20 ministères et organismes fédéraux ayant aussi la responsabilité d’évaluer et de contrôler divers risques à l’égard de la sécurité des Canadiens.

Le GER a fait appel au Centre des sciences pour la sécurité, un des sept centres de recherche de RDDC (le groupe de recherche et développement du MDN), pour aider à gérer l’étude du GER sur l’ETR et coordonner le contenu scientifique de l’étude.

Cet article décrit la nature de l’étude et les progrès accomplis à ce jour.

L’étude sur l’ETR

L’étude sur l’ETR est un projet de trois ans mené afin d’effectuer des recherches, de créer et de mettre à l’épreuve un cadre commun d’évaluations tous risques dans l’ensemble de l’administration fédérale. Un tel cadre pourrait fournir de précieux renseignements permettant aux décideurs d’évaluer la capacité du Canada de se préparer et de réagir à des menaces et à des risques, provenant de terroristes, de criminels, d’accidents ou de catastrophes naturelles.

L’étude portera aussi sur l’effet global d’un processus d’évaluation des risques solide et éprouvé concernant la prise de décision en matière de sûreté et de sécurité. Elle permettra aussi d’évaluer la capacité de rechercher une expertise, de la mettre en commun au sein du gouvernement et de formuler des recommandations pour mettre cette expertise à profit à long terme.

L’étude propose les étapes suivantes pour créer et établir un cadre d’évaluation des risques :

  • Énoncez clairement le problème. Quel est l’objectif visé?
  • Définissez l’approche. Choisissez la(les) méthode(s) la(les) plus pertinente(s).
  • Recueillez des données ou consultez des experts. Provenance, fiabilité des données, etc.
  • Créez le modèle et établissez un cadre de référence pour les résultats des essais.
  • Menez une analyse de la sensibilité pour vérifier si les ensembles de données donnent lieu à des résultats suspects ou erronés.
  • Enregistrez les résultats.
  • Documentez le modèle.

À mesure que les travaux de création d’un cadre commun progressent, l’équipe examine plusieurs défis connexes.

Retour aux principes de base du risque

La terminologie est le premier grand défi auquel l’équipe a été confrontée. Le mot « risque » a une signification différente selon les personnes, les disciplines et les communautés. La difficulté de concilier les définitions s’est accrue lorsque des termes rattachés à la gestion du risque sont entrés en jeu. La « perception du risque » est devenue un concept fondamental à examiner davantage. L’expression « tous risques » pouvait aussi avoir une signification différente, sans avoir la preuve qu’une définition commune puisse être acceptée.

L’équipe a réglé la question de la terminologie en créant un lexique sur le risque afin d’établir un langage commun. Elle a aussi créé une taxonomie (système de classification) d’événements à risque. Celle-ci a permis de préciser ce que signifie « tous risques » et la pertinence d’utiliser des systèmes de classification pour regrouper d’autres aspects du risque, comme les menaces, les dangers, la vulnérabilité et même les conséquences.

L’équipe a aussi dû appliquer la définition traditionnelle du risque, en fonction de la probabilité et des conséquences, à divers domaines auxquels le concept ne semblait pas correspondre. De plus, le mot « probabilité » avait une signification qu’il était difficile d’adopter, en particulier dans les domaines du risque associés à un caractère aléatoire, comme le terrorisme.

L’équipe a aussi vu la nécessité d’exprimer le risque en ayant une compréhension claire des éléments ou composantes du terme, comme intention et possibilité. À ce titre, elle a choisi un principe d’évaluation des risques plus universel et plus largement accepté :

 

ampleur du risque = vraisemblance de l’événement X ampleur des conséquences

Cette équation peut aussi être divisée en ses divers composantes ou éléments (voir l’illustration). Ce processus permet de mieux comprendre les divers types de données requises pour décrire l’ampleur d’un risque, y compris des qualités comme la fiabilité et la liaison temporelle.

Pourquoi le risque est-il si fondamental?

Au Canada, tous les ordres de gouvernement, fédéral, provincial/territorial et municipal, ont la responsabilité de protéger les Canadiens et la société canadienne. La planification nationale des mesures d’urgence dépend des efforts synchronisés des nombreux ministères et organismes qui assument des fonctions de sûreté et de sécurité au sein de chaque secteur de compétence.

Pour des raisons d’ordre pratique, toute tentative en vue d’officialiser un modèle global d’évaluation des risques doit tenir compte des structures actuelles d’adhésion et de responsabilité à l’égard de la gestion des risques. Au Canada, les fonctions de sûreté et de sécurité publique s’étendent à divers secteurs de compétence selon la gravité de l’incidence du risque. Ceci accroît la complexité de planifier et de gérer même des urgences uniques qui s’intensifient entre les limites organisationnelles et les territoires de compétence.

L’absence d’un aperçu cohérent de la gravité relative des risques associés à divers menaces et dangers complique aussi la planification tous risques. Cet aperçu est important. L’approche de classification (taxonomie) tous risques préconisée par l’étude sur l’ETR appuie une planification harmonisée entre les divers organismes et ordres de gouvernement.

Communiquer et visualiser les risques

Un défi réel demeure : communiquer les résultats d’une évaluation des risques sans surestimer ou minimiser la gravité des résultats ou la confiance à leur égard. Imaginons que des cadres supérieurs devant prendre des décisions critiques se voient présenter une évaluation des risques avec divers types de données de divers niveaux d’exactitude et de fiabilité. Ce qui peut sembler un simple exercice de classement des risques peut dans certains cas être trompeur si des avertissements (p. ex. sur la fiabilité des données) ne sont pas admis ou communiqués. Pour rendre les évaluations plus précises, l’équipe de l’étude envisagera d’utiliser les techniques et technologies actuelles de modélisation, d’analyse et de visualisation de données complexes et multiples, dont les applications géomatiques et de visualisation, dans le cadre commun de l’ETR.

Les tentatives de l’équipe afin de visualiser les risques et de s’appuyer sur la taxonomie d’événements à risque ont amené à créer une mesure appelée « volume du risque ». Celui-ci est déterminé par l’ampleur des éléments du risque, comme la probabilité, la vulnérabilité et la conséquence. Tenter d’atténuer ou de toucher un des éléments modifie le volume du risque. Cette approche peut aider à communiquer l’effet des options de gestion et d’atténuation du risque. On peut aussi examiner le risque et ses taxonomies en fonction de trois domaines ou plus : humain et social, matériel et environnemental.

On peut dire que chaque risque ou ses composantes relève de l’un de ces domaines ou se trouve à leur point de rencontre. Le choix des domaines est une question de préférence. Présenter ainsi les risques et leurs composantes donne une idée de la distribution des risques entre les domaines. Combiner cette information à d’autres éléments comme la capacité actuelle (p. ex. escouade antibombe), les investissements dans la capacité ou les plans opérationnels permet de brosser un tableau plus détaillé des risques.

Plusieurs organismes ont adapté un graphique bi-dimensionnel pour présenter les risques et leur ampleur (voir l’illustration). Dans ce cas, les lignes hachurées indiquent les seuils des divers niveaux de risque. Elles représentent une décision de gestion du risque et leur emplacement reflète souvent la tolérance à l’égard du risque ou l’état de préparation opérationnelle.

Les défis à venir

À ce jour, l’étude sur l’ETR montre qu’il est difficile d’intégrer à la prise de décision quotidienne un cadre solide en matière de risques, que ce soit pour les mesures à court terme ou les plans à long terme. Les efforts à l’égard des systèmes de gestion des risques compliquent la prise de décision organisationnelle. Le manque de compréhension des éléments fondamentaux du risque au sein d’un organisme nuira à la mise en oeuvre d’un système efficace de gestion du risque.

Le niveau de détails requis par un organisme dépendra beaucoup du degré (tactique, opérationnel, stratégique ou local, régional, provincial ou national) et de la rapidité d’influence (de la police sur le responsable de la capacité). Les processus de suivi et de vérification des risques doivent être rigoureux. Les organismes doivent établir la terminologie dès le départ et envisager de structurer le problème rattaché au risque à l’aide de taxonomies facilitant la définition des critères à mesurer. Pour chaque critère, on doit adopter une mesure appropriée. L’utilisation uniforme de la taxonomie, des critères et des mesures assurera une solide évaluation des risques.

Faire part des risques et de l’incertitude reste un défi réel. L’aspect temporel ou la durée du risque et son effet sur les composantes individuelles du risque doivent être examinés, comme l’idée de présenter plusieurs évaluations des risques pour différentes périodes. La situation du risque relève plus de la spéculation lorsque notre regard se porte sur l’avenir.

L’équipe de l’étude s’attend à terminer son travail et à présenter ses conclusions en 2010-2011.