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Les spécialistes :
Voilà une question très pertinente à notre époque. Je dirais que non. On pourrait plutôt se demander si notre stratégie actuelle à l’égard de la sécurité nationale nous empêche de lutter efficacement contre le terrorisme. Et à cette question, je crains de devoir répondre oui.
Voyons ce qui est à l’origine de notre intérêt marqué pour la sécurité nationale. Des terroristes ont détourné des avions pour les faire s’écraser sur des édifices aux États-Unis. Ailleurs, ils ont fait exploser des bombes dans des trains, des métros et des boîtes de nuit. Des terroristes complotent toujours en vue de commettre des attentats, et bien qu’il n’ait pas encore été attaqué, le Canada est l’une des cibles d’Al Qaida. La menace pèse toujours. Au point où nous en sommes venus à surveiller certains de nos citoyens, qui se sont radicalisés et se livrent à des activités criminelles. Des Canadiens se rendent au Pakistan pour participer à des camps de terroristes.
La sécurité nationale est au cœur du mandat des gouvernements, et le devoir premier de toute société est de protéger les citoyens contre les menaces visant leur pays. Définir la sécurité nationale n’est pas simple. L’économie, l’intégrité des frontières, les opérations dans l’espace, l’énergie, l’infrastructure, l’agriculture et la santé figurent parmi les secteurs examinés pour évaluer la sécurité d’une nation. Je crois que la nature et l’imminence de la menace doivent déterminer les mesures à prendre pour assurer notre sécurité. Le terrorisme va au-delà des risques d’attentats et de leurs répercussions. Les terroristes ne se contentent pas de nous causer du tort; ils s’attaquent au fondement même de notre identité.
À une époque où la menace à la sécurité nationale est palpable, comme aujourdhui en raison du terrorisme, je propose que nous nous concentrions sur limminence de la menace avant daccorder une attention accrue aux multiples facteurs qui pourraient compromettre notre sécurité.
À une époque où la menace à la sécurité nationale est palpable, comme aujourd’hui en raison du terrorisme, je propose que nous nous concentrions sur l’imminence de la menace avant d’accorder une attention accrue aux multiples facteurs qui pourraient compromettre notre sécurité. Autrement dit, il ne sert à rien de magasiner les extincteurs si l’incendiaire s’apprête à mettre le feu.
Tous les actes terroristes constituent des crimes et c’est pourquoi la justice pénale doit faire partie intégrante de notre intervention. Dans le contexte pénal actuel, qui est très complexe et pose de multiples difficultés, les enquêtes sur les activités terroristes ne laissent aucune place à l’échec et à l’imperfection. Il en va de la confiance de la population à l’égard de nos institutions. Une intervention antiterroriste efficace doit donc comprendre :
Il nous faut donc établir des priorités en matière de sécurité nationale et, à mon avis, c’est ce sur quoi nous devons nous concentrer. Nous pourrons ensuite commencer à magasiner les extincteurs. Voilà pourquoi je réponds non à la question.
Je ne crois pas que l’infrastructure de la sécurité nationale du Canada soit trop axée sur quoi que ce soit en ce moment. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) ne dispose pas de fonds suffisants. Les Forces canadiennes ne disposent pas de fonds suffisants. Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) ne dispose pas de fonds suffisants. Et ainsi de suite.
Par conséquent, les Canadiens et les intérêts canadiens sont de plus en plus vulnérables dans un monde qui change rapidement, pas seulement aux attaques terroristes, mais aussi aux catastrophes naturelles, aux menaces à la souveraineté du pays et à l’intégrité territoriale, aux pandémies et à l’espionnage industriel. La liste est longue.
Mais à savoir si le Canada affecte un trop grand pourcentage de son budget de sécurité au terrorisme, je crois que la réponse est non. Mais je dois admettre que je ne suis pas du genre à prendre des risques quand l’enjeu est trop grand.
Au XXIe siècle, opter pour le laissez-faire en matière de terrorisme est un pari trop risqué. La nature du terrorisme a changé lorsque de nombreuses personnes ont démontré qu’elles étaient prêtes à se faire exploser et à poser des actes terroristes au hasard contre des innocents au nom d’une cause.
On ne peut pas prendre ce genre de chose à la légère et se dire que ça n’arrivera pas au Canada. Ce sera le cas tôt ou tard et plus nous négligeons de nous y préparer, plus c’est probable.
À mon avis, le Canada, en n’investissant pas suffisamment dans les systèmes antiterroristes, se compare à l’Indonésie qui n’avait pas suffisamment investi dans les systèmes d’alerte aux tsunamis. Les tsunamis ne se produisent pas tous les jours, mais il est important de s’y préparer. Il est tout aussi important de se préparer au terrorisme.
Je pourrais vous donner des douzaines d’exemples qui démontrent que la préparation antiterroriste canadienne est inadéquate. En voici quelques-uns. Comment se fait-il que le SCRS, le centre nerveux antiterroriste canadien, ait moins d’employés qu’il y a 18 ans? Pourquoi les passagers de vols canadiens ne peuvent apporter un canif à bord, mais que les colis postaux ne sont pas inspectés? Comment se fait-il que seulement 14 gendarmes surveillent notre talon d’Achille, soit les Grands Lacs?
Il y a eu un incident récemment à Ottawa concernant la « géocachette », un jeu où les participants cachent des objets inoffensifs et d’autres les cherchent à l’aide de dispositifs de localisation. Dans cet incident, un participant a laissé une « cache » — une boîte de cigares en métal remplie de babioles — attachée à un lampadaire dans une zone urbaine vulnérable. Un citoyen vigilant a informé la police, qui a prévenu l’escouade antibombe. Une partie d’une artère principale et une voie réservée aux autobus ont été fermées pendant quatre heures.
Il y a des centaines de colis comme celui-là dispersés un peu partout dans Ottawa, certains dans des endroits vulnérables.
La géocachette a-t-elle soulevé un tollé? Pas vraiment. Pouvez-vous imaginer le scandale que cela provoquerait à Tel-Aviv, à Kandahar ou à Washington?
Peut-être que la plupart des Canadiens pensent que la meilleure défense contre le terrorisme est de ne pas trop s’en faire. Peut-être. Mais les Indonésiens se préparent plus sérieusement à la possibilité des tsunamis maintenant. C’est logique il me semble.
Quelle question difficile! Il faut souhaiter ne pas se tromper si on y répond par l’affirmative! L’élaboration de mesures de sécurité constitue un défi extraordinaire pour les autorités étant donné le manque de ressources et de temps dans une journée. Il n’y aura jamais suffisamment de ressources pour tout le travail à faire.
Compte tenu des crises actuelles dans le monde, personne ne peut être blâmé d’accorder la priorité aux actes criminels potentiels des terroristes.
Par ailleurs, il est difficile d’arriver à un vrai consensus sur la définition du terrorisme, car ce qui est du terrorisme pour une personne peut être un combat pour la liberté pour une autre. Étant donné le raisonnement insensé des fanatiques religieux et idéologiques, un acte terroriste peut venir de presque n’importe où, à tout moment.
Nous risquons de ne pas utiliser adéquatement nos rares ressources si, en mettant l’accent sur le terrorisme (ce qui, au dire de certains, donne une certaine légitimité aux actes terroristes, mal définis d’ailleurs), nous laissons de côté ce sur quoi les organismes d’application de la loi et d’autres responsables de la sécurité doivent vraiment se concentrer : les actes, les comportements et les complots criminels dont certains seulement sont liés au terrorisme.
Les mesures traditionnelles de l’application de la loi — prévention, détection, enquête – seront toujours les moyens les plus efficaces pour protéger le public et amener les suspects devant les tribunaux. Bref, les groupes terroristes doivent être une priorité pour les autorités parce que ces groupes, par définition, ont des intentions criminelles.
Des activités criminelles sont commises à des fins terroristes, mais à d’autres fins aussi. Les autorités ne doivent pas se concentrer sur les activités terroristes au point de perdre de vue le potentiel d’activité criminelle par d’autres groupes ou personnes qui, pour nombre de raisons absurdes et non religieuses ou idéologiques, pourraient mettre une bombe sur un avion, dans un centre d’achats bondé ou ailleurs et causer des dommages tout aussi dévastateurs chez les innocents.
Pour les autorités, le défi consiste à faire preuve de souplesse et d’équilibre. Il faut être assez souple pour reconnaître que des actes imprévus seront commis par des sources inattendues et pour y rester attentif. Il faut réorienter les ressources et l’attention rapidement pour faire face aux imprévus. Il faut trouver le bon équilibre compte tenu du fait qu’on ne dispose pas du personnel ni de l’argent nécessaire pour tout faire.
Sir Robert Peel (le fondateur de la police moderne) disait que la police est le public et que le public est la police. Autrement dit, nous avons tous un rôle important à jouer dans la lutte contre la criminalité, qu’il s’agisse d’actes terroristes ou non.