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Gazette - L'attentat à la bombe de Londres du point de vue des survivants

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DOSSIER

Un journaliste raconte ce qu’il a vécu

Une détonation, une secousse, la noirceur, puis la terreur. Voilà ce qu’a vécu le journaliste canadien Peter Zimonjic le 7 juillet 2005, jour où le métro de Londres a été la cible d’un attentat à la bombe, plus particulièrement lorsque le wagon à côté de celui où il se trouvait a explosé. Peu après la détonation, M. Zimonjic s’est rendu dans le wagon touché pour aider les survivants. Quelques semaines plus tard, il a créé un site Web pour les victimes. Cette année, il a publié un livre qui décrit l’attentat de Londres du point de vue de dizaines de survivants (Into the Darkness: An Account of 7/7, Vintage Originals, 2008). M. Zimonjic a rencontré Caroline Ross de la Gazette pour parler de son site Web, de son livre et de l’intervention des services d’urgence le jour de l’attentat.

Quelle réaction votre site Web ( www.londonrecovers.com ) a-t-il suscitée?

La première année, environ 200 personnes se sont inscrites sur mon site. Je dirais que la plupart des utilisateurs voulaient surtout savoir comment se portaient les gens qu’ils avaient rencontrés ce jour-là. Ils souhaitaient aussi discuter de ce qu’ils ressentaient à l’égard de l’attentat pour obtenir une forme de soutien psychologique. Depuis le premier anniversaire (de l’attentat), moins de gens visitent mon site, ce qui, à mon sens, signifie que les victimes se remettent peu à peu.

Avez-vous été en contact avec des policiers par l’entremise de votre site Web?

Peter Zimonjic a survécu à l’attentat à la bombe de 2005 dans le métro de Londres, puis a publié un livre qui décrit l’événement du point de vue des victimes. Il fait l’éloge de certains aspects de l’intervention des services d’urgence, mais estime que l’on peut apprendre de cette tragédie.

Photo: Brigitte Bouvierthe

J’ai en effet parlé à des policiers qui faisaient partie des secours ce jour-là. La plupart d’entre eux ont communiqué avec moi afin d’obtenir du soutien psychologique pour éviter d’avoir à passer par leur lieu de travail, car ils craignaient d’être jugés par leurs collègues. J’ai même discuté avec des policiers qui n’avaient même pas dit aux membres de leur famille qu’ils avaient prêté secours aux victimes de l’attentat. Ils avaient souvent besoin d’être rassurés sur le fait que d’autres pensaient et se sentaient comme eux; mon site leur apportait un certain réconfort.

Qu’avez-vous appris sur les rapports entre les survivants et les autorités après l’attentat?

Tous les membres des familles des victimes à qui j’ai parlé semblaient très satisfaits des agents de liaison auxquels la police a eu recours pour les tenir au courant des événements qui touchaient leurs proches. Le service de police de Londres a toujours veillé à ce que nous demeurions tous au fait des éléments nouveaux. Je reçois encore des lettres m’informant de l’évolution des diverses poursuites et enquêtes. Le centre d’aide aux victimes de l’attentat du 7 juillet (qui offre du soutien thérapeutique et d’autres ressources), mis sur pied par le gouvernement, est très utile et fort bien organisé.

"J’ai même discuté avec des policiers qui n’avaient même pas dit aux membres de leur famille qu’ils avaient prêté secours aux victimes de l’attentat. Ils avaient souvent besoin d’être rassurés sur le fait que d’autres pensaient et se sentaient comme eux. "

Quelles leçons les autorités peuvent-elles tirer de l’attentat?

Les services d’urgence ont mis une heure à descendre dans les tunnels. Je comprends que certains protocoles de sécurité doivent être respectés; par exemple, les secouristes ne doivent pas se précipiter sur des lieux qui sont jugés dangereux. Je crois toutefois que l’on pourrait envoyer un éclaireur vêtu d’un équipement protecteur pour évaluer la situation. Je sais que des gens qui attendaient les secours sont morts dans le tunnel.

Je pense aussi que les cibles potentielles de terroristes, comme les métros, devraient être munies de trousses de premiers soins et de dispositifs d’éclairage d’urgence. S’il n’y a aucun matériel médical et s’il fait noir, il est très difficile de sauver la vie d’une personne qui a perdu les deux jambes dans une explosion. Des civières se trouvaient dans le métro de Londres, mais personne ne savait où elles étaient rangées; elles n’ont donc pas pu être utilisées.

Pourquoi devrait-on lire votre livre?

À mon avis, il ne faut pas oublier les pertes humaines causées par le terrorisme. Bien souvent, peu après qu’ils soient survenus, les attentats ouvrent des débats sur les politiques gouvernementales ou les libertés civiles. Dans les médias, les survivants deviennent souvent les défenseurs d’une position ou de l’autre. Je crois qu’il importe de laisser les enjeux politiques de côté pour ne garder en mémoire que la tragédie des pertes humaines.