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Gazette - La gestion de la fatigue des policiers est un numéro de funambule

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REPORTAGE

Par Bryan Vila, Ph.D.
Université de l’État de Washington

Police Quiconque est déjà allé au cirque sait à quel point les funambules doivent exécuter un numéro d’équilibriste complexe. Certains l’essaient sans aide, mais la plupart utilisent une longue perche pour garder l’équilibre pendant qu’ils marchent sur le fil entre deux points.

La gestion de la fatigue des policiers est comparable à un numéro d’équilibriste. Elle touche les besoins de la collectivité, du service de police et des policiers. Beaucoup de services de police essaient encore aujourd’hui de remédier à ce problème sans aide, mais un nombre croissant d’entre eux collaborent maintenant avec des spécialistes du sommeil qui, études scientifiques récentes à l’appui, leur font des recommandations ou leur donnent les outils nécessaires pour leur faciliter la tâche. Il est possible d’améliorer les décisions en matière de dotation, d’horaire de travail et de gestion des heures supplémentaires, entre autres, pour nuire le moins possible au sommeil des policiers et, en bout de ligne, à leur santé, à leur sécurité et à leur rendement au travail.

Équilibrage des besoins

Les services de police comptent parmi les activités gouvernementales les plus essentielles et les plus coûteuses. Les collectivités ont absolument besoin d’un nombre suffisant de policiers en service en tout temps pour intervenir en cas d’urgence, prévenir les crimes et arrêter les délinquants. Il ne faut cependant pas gaspiller les ressources publiques en ayant trop de policiers en service. Pour compliquer les choses, les exigences de chaque collectivité à cet égard ont tendance à fluctuer pendant la journée, la semaine ou la saison.

Il ne suffit pas de constituer des quarts de travail optimaux, il faut encore tenir compte de la délicate gestion de la fatigue. Surmenés, les policiers deviennent moins vigilants, leurs capacités cognitives et physiques diminuent, leur humeur change et ils ont de la difficulté à gérer le stress. La sécurité publique diminue, ainsi que la sécurité et le rendement du policier, ce qui accroît le risque d’accidents, de blessures, d’erreurs et de fautes pendant le travail.

La fatigue rend les policiers plus vulnérables à la maladie, aux troubles chroniques et à certains types de cancer.

À long terme, la fatigue rend les policiers plus vulnérables à la maladie, aux troubles chroniques et à certains types de cancer. La fatigue mine aussi la qualité de la vie de famille du policier. Il est donc dans le meilleur intérêt de chacun de comprendre les causes de la fatigue des policiers pour apprendre à les gérer et à les atténuer de la meilleure façon.

Causes de la fatigue des policiers

Chez les travailleurs de quarts comme les policiers, la fatigue et ses répercussions dépendent de quatre facteurs différents.

Heure du jour — Le travail de policier est sans répit, mais les systèmes biochimique, physiologique et comportemental du corps humain sont synchronisés par des rythmes circadiens qui favorisent le travail pendant le jour et le sommeil pendant la nuit. Les policiers, comme tous les humains, sont beaucoup plus sensibles à la fatigue entre 23 h et 6 h.

Quantité de sommeil — Il faut entre 7,5 et 8 heures de sommeil pour remplir nos réservoirs qui se vident à chaque heure d’éveil. Ainsi, il est très probable qu’un policier qui remplit son réservoir de sommeil, se lève à 7 h et commence un quart de 12 heures à 11 h soit très affaibli à 23 h — ce serait l’équivalent approximatif d’un taux d’alcoolémie de 5 mg d’alcool par 100 ml de sang. Si le policier commence son quart sans avoir rempli son réservoir, il sera possiblement encore plus affaibli à la fin de son quart. Comme le manque de sommeil s’accumule, si le policier ne le récupère pas, il deviendra de plus en plus affaibli.

Qualité du sommeil — De nombreux policiers ont des troubles de sommeil et du mal à s’endormir ou à rester endormis. Un policier qui en est affecté, même s’il passe huit heures au lit chaque nuit (ou jour), peut ne pas profiter d’un sommeil de qualité suffisante pour travailler tout son quart en sécurité. Actuellement, la seule façon de gérer ce problème est de soumettre les policiers à des examens périodiques pratiqués par un médecin spécialiste du sommeil.

Nombre de journées de travail de suite — Les policiers, comme tout le monde, sont plus fatigués à mesure que la semaine avance. Les répercussions sont plus grandes si les quarts successifs sont la nuit au lieu du jour, puisque le sommeil de nuit est plus naturel et en général plus réparateur. De nombreuses personnes essaient de rattraper le sommeil perdu pendant leurs congés, mais pour un policier dont le manque de sommeil est trop grand, cela n’est pas toujours possible.

Gestion et atténuation de la fatigue

La gestion et l’atténuation de la fatigue nécessitent un équilibre entre les rythmes circadiens des policiers et les rythmes de la société. Cependant, en plus d’équilibrer la demande de services d’une collectivité et les besoins physiologiques des policiers, les administrateurs doivent trouver une façon d’atténuer l’incidence des quarts de travail sur la vie de famille des policiers.

Une approche de gestion de la fatigue ne réussira que si le policier a de bonnes habitudes de sommeil. Il doit avoir une réelle volonté et s’habituer à de nouvelles pratiques de sommeil pour dormir suffisamment le jour lorsque le bruit, la lumière et les rythmes circadiens l’incitent à rester éveillé. Comme la société en général est active le jour et en soirée, un policier qui dort le jour sera tenté de passer du temps avec ceux qu’il aime, de faire des courses ou de jouer au golf.

Les horaires doivent être aussi stables que possible pour permettre de saines pratiques de sommeil et minimiser le stress des policiers. Des heures irrégulières rendent le travail difficile et nuisent à presque tous les aspects de la vie; elles brisent les routines et amplifient toutes sortes de problèmes comme le retour des enfants de l’école et la planification d’une soirée entre amis.

Les principales causes des heures de travail irrégulières sont les heures supplémentaires dues à des arrestations tardives, les comparutions devant le tribunal, les urgences ou les besoins accrus en personnel lors d’événements publics. Le choix d’avoir un emploi secondaire est une autre cause. La meilleure façon de minimiser les heures de travail irrégulières est de s’assurer que le nombre d’employés correspond à la demande en services policiers et de limiter les emplois secondaires.

Changements concrets

Malgré l’importance réelle de gérer la fatigue, la plupart des services de police éprouvent de la difficulté à cet égard, en grande partie à cause de l’attrait des heures supplémentaires. Bien que les heures supplémentaires constituent un moyen pratique pour les administrateurs de combler les écarts entre la demande et le personnel disponible — et pour les policiers de gagner plus d’argent —, il faut les minimiser. D’après mon expérience, les meilleures pratiques de gestion de la fatigue naissent d’une étroite collaboration entre l’administration et les effectifs bien informés.

La science, source d’éléments probants tangibles, permet de trouver un terrain d’entente et d’équilibrer les négociations liées aux conditions de travail. Elle oblige les administrateurs à faire face aux coûts et aux risques réels de la fatigue et les policiers et leurs représentants à se concentrer sur les principales priorités : la santé et la sécurité. Les parties doivent collaborer. On ne peut pas contrôler les risques et les coûts à moins que les policiers priorisent le sommeil et se présentent au travail reposés, ce qui est seulement possible si les heures de travail, les horaires et la dotation s’y prêtent. La collaboration est le seul moyen de satisfaire les deux parties.

Les bonnes intentions ne suffisent pas à résoudre le problème très complexe d’horaire et à répondre aux exigences biologiques des rythmes circadiens des policiers; des compétences poussées en mathématiques et une compréhension approfondie du sommeil sont nécessaires. Le service de police de Calgary (CPS) a retenu les services d’un chercheur opérationnel compétent, Peter Belmio, pour analyser la demande en services et élaborer des horaires possibles. Ils collaborent avec un spécialiste du sommeil, le Dr Charles Samuels du Centre for Sleep and Human Performance de l’Université de Calgary, qui élabore des techniques pour mesurer l’incidence des différents calendriers sur la vigilance et le rendement cognitif des policiers. Je collabore aussi avec le CPS afin de renseigner les policiers et les superviseurs sur les problèmes de sommeil et les stratégies à adopter pour avoir de bonnes habitudes de sommeil.

Cet effort concerté vise à cerner des problèmes et à obtenir les données nécessaires pour établir des calendriers qui concilient les besoins des Calgariens et de leurs policiers. Il reste beaucoup à faire. On veut intégrer l’établissement du calendrier fondé sur des preuves et la gestion des heures de travail aux politiques et aux pratiques du CPS en améliorant les programmes d’éducation sur les quarts de travail et le sommeil pour les policiers et leur famille et en créant des programmes de contrôle de la santé économiques, pratiques et scientifiquement rigoureux.

Le travail d’intervention directe des services de police comme le CPS fait partie d’un effort concerté encore plus important des équipes de recherche des institutions suivantes : Washington State University; U.S. National Institute for Occupational Health and Safety; State University of New York à Buffalo, Harvard University et University of California à San Francisco. L’objectif vise à accroître les connaissances et à créer des outils qui aideront les services de police de partout à équilibrer les besoins des collectivités et ceux des policiers qui les servent.

Bryan Vila, Ph.D., est professeur de justice pénale à la Washington State University et enquêteur supérieur au Sleep and Performance Research Center. Il a été agent de la paix pendant 17 ans. Il a rédigé de nombreux articles et trois livres, dont Tired Cops: The Importance of Managing Police Fatigue (Police Executive Research Forum, 2000).