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Par Caroline Ross

N’importe quel enquêteur de la lutte antigang vous dira que la répression n’est qu’un élément de la lutte. La police et les partenaires communautaires doivent aussi se concentrer sur la prévention, surtout auprès des jeunes à risque d’affiliation aux gangs.
Il est difficile de définir un jeune à risque, explique le serg. Rob Cameron, chef du Détachement de la GRC de Thunder Bay (Ontario), et catalyseur de la création du Groupe régional intégré antigang (GRIA) du nord-ouest de l’Ontario. « Il s’agit [généralement] de jeunes exposés aux activités d’un gang qui, de par leur mode de vie, sont visés par le processus de recrutement utilisé par les gangs, précise-t-il. Mais n’importe quel jeune est à risque lorsqu’un gang est actif dans sa région. »
Comme les gangs ont le bras long, la police et les partenaires communautaires doivent recourir à diverses stratégies de prévention et d’intervention.
Dans le nord-ouest de l’Ontario, les agents du GRIA passent dans les écoles et les réserves autochtones pour parler des dangers de l’affiliation aux gangs. Les policiers montrent aussi aux enfants une vidéo intitulée Gangland – No Tomorrow (aucun avenir au sein des gangs), qui comprend des entrevues avec des membres et d’anciens membres de gangs de la région.
« Certains purgent une peine d’emprisonnement à perpétuité, d’autres ont perdu des amis et des membres de leur famille, et ils en parlent, explique le serg. Cameron, en précisant que la vidéo présente aux jeunes un aspect dont les recruteurs des gangs se gardent bien de parler.
Parallèlement, le centre des femmes North End Women’s Centre (NEWC) de Winnipeg (Manitoba) s’est inspiré de l’expérience de membres de gangs pour créer un programme de prévention des gangs destiné aux mères seules qui vivent dans des quartiers à forte criminalité ou régis par des gangs.
Le programme Peace Begins at Home (la paix commence à la maison) montre aux mères seules des techniques de parentage positives et leur offre un réseau de soutien en vue de les aider à tenir leurs enfants à l’écart du crime, déclare Patty Parsons, directrice exécutive du NEWC.
Une partie du programme est basée sur des entrevues menées par le NEWC auprès de membres de gangs incarcérés, qui expliquent ce que leurs parents auraient pu faire pour éviter qu’ils n’adhèrent à un gang. Si les réponses semblent simples — inscrire les enfants à des activités sportives ou les embrasser pour leur souhaiter une bonne nuit —, certaines mères n’ont pas ces connaissances, parce que leurs parents ne les leur ont jamais enseignées, ajoute Patty Parsons.
« Selon les anciens membres de gangs, la principale raison pour laquelle ils ont adhéré à un gang était pour avoir un sentiment d’appartenance, poursuit-elle. Notre programme montre aux mères comment intégrer [ce sentiment d’appartenance] au quotidien de tous les enfants de leur foyer. »
Éviter que les jeunes deviennent membres d’un gang est une chose, mais qu’en est-il des jeunes qui en font déjà partie? Des partenaires communautaires de Surrey (Colombie-Britannique) apportent quelques réponses.
En octobre 2007, l’arrondissement scolaire de Surrey a lancé l’« iR3 » (intervention — repenser, réorienter, réintégrer) dans le cadre de son initiative de sécurité dans les écoles.
L’iR3 cible les élèves de la 6e à la 8e année qui ont été suspendus pour violence, intimidation ou possession de drogues, d’alcool ou d’armes. Les jeunes passent deux jours dans un centre communautaire pour en apprendre sur le règlement de conflits, l’estime de soi et les réalités de la drogue et de la vie dans les gangs.
« Nous les renvoyons à l’école avec de nouvelles connaissances », explique Rob Rai, agent jeunesse des liaisons multiculturelles de l’arrondissement scolaire de Surrey. C’est bien plus efficace que de renvoyer les jeunes chez eux où, laissés à eux-mêmes, ils nourrissent leur ressentiment.
Et l’iR3 pourrait bientôt s’inscrire dans une vaste initiative d’intervention communautaire antigang.
L’année dernière, des organismes servant les jeunes, dont l’arrondissement scolaire, le service des parcs et loisirs, la GRC et le Ministère de l’enfance et de la famille de la C.-B., ont dressé les plans du réseau Community Action Assessment Network (CAAN) qui cible les jeunes sur le point d’adhérer à un gang.
Ce réseau, qui devrait être lancé au milieu de 2008, évaluera individuellement les jeunes à risque et leur suggérera des programmes décourageant l’appartenance à un gang, adaptés à leurs besoins particuliers, comme un programme sportif ou du mentorat individuel.
Mieux encore, affirme Rob Rai, le CAAN permet à tous les organismes servant les jeunes de Surrey d’être sur la même longueur d’ondes quant aux outils et aux stratégies d’intervention antigang.
« Un jeune pourra se trouver n’importe où en ville, ajoute-t-il; tout le personnel de première ligne aura la même formation et la même connaissance des jeunes affiliés aux gangs. »