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Gazette - Au-delà des territoires

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DOSSIER

La cupidité et la notoriété motivent les gangs de Toronto

Par le sergent-détective Douglas Quan
Groupe de travail intégré sur les armes à feu et les gangs
Service de police de Toronto (TPS)

La période de la fin des années 90 et du début du nouveau millénaire était explosive dans les rues de Toronto. La région du Grand Toronto (RGT) a été le théâtre d’une augmentation des fusillades sauvages et médiatisées dans diverses collectivités. Cette intensification du recours aux armes à feu et des activités des gangs a incité le TPS à implanter des projets pilotes et des groupes de travail dédiés pour aborder ce problème de front.

Les gangs étendent leurs activités au-delà de leur territoire afin d’accroître la capacité de leurs membres à brasser des affaires.
Service de police de Toronto
Les gangs étendent leurs activités au-delà de leur territoire afin d’accroître la capacité de leurs membres à brasser des affaires.

En 2000 et 2001, le TPS a créé un groupe de travail sur la violence de rue, qui est devenu le projet pilote du groupe de travail sur les armes à feu. Le groupe d’enquêteurs qui a dirigé cette initiative a communiqué avec tous les sous-groupes spécialisés et les policiers de première ligne pour recueillir de l’information et frapper rapidement. Les efforts du groupe de travail sur les armes à feu ont porté leurs fruits sous forme de saisies; cependant, ils ont aussi révélé le besoin d’un groupe permanent pour étudier le problème continu des armes à feu illégales. Le groupe de travail sur les armes à feu a révélé une sous-culture croissante des activités des gangs, d’où la création du groupe de travail sur les gangs.

En 2003, on a fusionné ces groupes pour constituer le Groupe de travail sur les armes à feu et les gangs. C’est durant cette période que le groupe a commencé à considérer les gangs de rue comme des criminels organisés (conformément à l’article 467 du Code criminel). Après avoir résolu plusieurs cas graves et soutenu des efforts quotidiens de répression, le groupe a évolué pour devenir le Groupe de travail intégré sur les armes à feu et les gangs (IGGTF).

Effort intégré

L’IGGTF constitue maintenant un des plus grands services du TPS, mais aussi un des plus grands services au pays à traiter les nombreux problèmes associés à la lutte contre le crime organisé - en particulier les gangs de rue criminels organisés.

Les activités de l’IGGTF requièrent les efforts conjugués de quatre sous-sections. Il existe six équipes chargées de l’application quotidienne de la loi, une section de soutien aux enquêtes sur les gangs, une section des grands projets (Partie VI, enquêtes au moyen de l’écoute électronique) et le service d’enquête et d’analyse sur les armes à feu. Ce dernier s’occupe des expertises, des vérifications et du soutien aux enquêtes relatives à toutes les saisies d’armes à feu et aux incidents connexes pour l’ensemble du TPS.

Les équipes chargées de l’application quotidienne de la loi sont véritablement intégrées; elles comptent sur le soutien de trois membres de la GRC et de six membres de la Police provinciale de l’Ontario détachés par l’Unité provinciale de contrôle des armes. Les membres intégrés travaillent avec les membres du TPS à l’exécution du mandat du TPS visant à améliorer la sécurité des collectivités. Les équipes chargées de l’application quotidienne de la loi appuient tous les services spécialisés du TPS, y compris la brigade des homicides et la brigade des vols à main armée, prêtant leurs ressources à la surveillance, à l’application de la loi et aux enquêtes complexes.

L’évolution de l’IGGTF a permis à ses membres d’acquérir une vaste expérience sur le plan des enquêtes grâce à un engagement de réagir dans les 24 heures suivant un incident violent lié à un gang ou à des armes à feu. L’expérience et les renseignements recueillis lors des enquêtes quotidiennes et au moyen des centaines de milliers de communications interceptées par la section des grands projets permettent aux enquêteurs d’être très informés afin de composer avec le climat de violence de rue souvent provoqué par des gangs de rues criminels organisés.

La cupidité n’a pas de frontière

La ville de Toronto a recensé plus de 140 gangs connus dont les activités se déroulent à l’intérieur de ses limites. Toutefois, les gangs de rue criminels sont dynamiques et en constante évolution. Bien que 75 de ces gangs aient des activités à peu près prévisibles, les activités de 20 à 25 d’entre eux font l’objet d’un suivi incessant. Ce sont ces 20 à 25 gangs qui constituent la plus grande menace pour la sécurité de la collectivité et qui exigent le plus d’attention pour les initiatives policières actuelles.

M.O.B., dans la culture des bandes, revêt différents sens : Member of Bloods (membre des Bloods), Murderer of Bloods (assassin des Bloods), tatouage arboré par certains Crips, ou Money Over Bitches (l’argent avant les filles), qui est habituellement tatoué sur le plan vertical.
Service de police de Toronto
M.O.B., dans la culture des bandes, revêt différents sens : Member of Bloods (membre des Bloods), Murderer of Bloods (assassin des Bloods), tatouage arboré par certains Crips, ou Money Over Bitches (l’argent avant les filles), qui est habituellement tatoué sur le plan vertical.

Les activités criminelles des gangsde rue criminels organisés sont vastes et variées : grands réseaux de distribution de drogues (importation–exportation–culture), vols à main armée, trafic d’armes, vols de véhicules, fraudes sophistiquées, vols d’identité, actes de violence extrême, fusillades et homicides.

La plupart des gangs de Toronto ont des territoires définis. Cependant, les gros gangs se déplacent de plus en plus, étant donné que leurs activités criminelles, comme le commerce de la drogue, exigent des déplacements dans la RGT. Cette situation accroît les risques de conflits entre gangs rivaux qui se disputent les territoires et la clientèle consommatrice. Les gangs de la région de Toronto évoluent aussi de façon dynamique, s’éloignant peu à peu du modèle traditionnel reposant sur l’appartenance ethnique. Les gangs comptent sur un plus grand effectif et sont motivés en grande partie par les besoins financiers ou matériels et par un désir de notoriété.

Il y a trois principes fondamentaux qui motivent tous les gangs : l’argent, le pouvoir et le respect. La sous-culture des gangs est fortement influencée par la culture populaire et le multimédia. En contrepartie, la sous-culture des gangs influence aussi fortement ces médias. Le principe argent–pouvoir–respect alimente l’expansion des territoires et des activités criminelles et il est la principale cause des agressions ouvertes comme les fusillades et les homicides qui hantent de nombreuses collectivités.

Si les gangs dénichent un marché à exploiter, ils trouveront une façon de profiter des possibilités qui s’offrent à eux. Ceux qui fournissent les outils et les ressources nécessaires à la réussite des gangs tireront le plus d’avantages. Ils obtiendront un certain pouvoir et le respect de leur gang, de même que celui des rivaux. Les gangs ne représentent pas un phénomène nouveau. Ils ont existé sous différentes formes depuis de nombreuses générations. Ils emploient toujours les tactiques de peur et d’intimidation pour atteindre leurs buts.

Échanger des idées

Comme on l’a indiqué, les gangs étendent leurs activités au-delà de leur territoire afin d’accroître la capacité de leurs membres à brasser des affaires. Dans plusieurs régions urbaines voisines de la RGT, les gangs peuvent mener parallèlement des activités sophistiquées liées aux drogues et aux fraudes. Par conséquent, de nombreux services de police voisins ont constaté une augmentation des crimes liés aux gangs dans leur territoire de compétence.

Le besoin de renseignements actuels et précis constitue l’une des plus grandes difficultés du contrôle policier des activités des gangs puisqu’elles croissent, prennent de l’ampleur et évoluent. Il est absolument essentiel que les services de renseignements et d’application de la loi liés aux gangs améliorent leur capacité d’échanger de l’information et de s’appuyer mutuellement lors des enquêtes. Tous les services de police doivent intensifier leurs efforts de consignation, de collecte et d’échange de renseignements, en plus de partager leurs expériences en temps opportun et de façon structurée.

À mesure que les gangs criminels étendent leurs activités en milieu urbain et rural, les limites municipales perdent en importance. Les rivalités de territoires seront toujours une des causes fondamentales de la violence, cependant la mobilité des gangs modernes pose un plus grand problème pour la sécurité des policiers et des collectivités parce que leurs membres franchissent allègrement les limites des territoires de compétence pour mener leurs affaires.

La plupart des services de police ont leurs propres définitions et critères leur permettant de reconnaître un crime relié aux gangs, cependant on a souvent recours aux cinq ou six mêmes identificateurs, p. ex. le comportement caractéristique d’un gang ou la possession de l’attirail du gang. De plus, les ressources et les budgets à consacrer à la lutte antigang sont extrêmement limités dans la plupart des régions. Ainsi, le bon sens et la coopération, combinés à un engagement à consigner, à recueillir et à partager adéquatement de l’information utile, permettront

à chaque service de police de définir efficacement ses problèmes liés aux gangs et de mieux comprendre et assurer la sécurité de ses collectivités.