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Gazette - Problème de gangs?

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DOSSIER

Allez au-delà de l’exécution de la loi, affirme un expert

Le problème des gangs peut toucher n’importe quelle collectivité - une grande métropole comme un petit village. Bien que tous les problèmes soient uniques, les stratégies pour les résoudre sont souvent les mêmes. Tony Moreno, ancien membre du service de police de Los Angeles, compte plus de 30 ans d’expérience en application de la loi et en formation concernant les gangs. Il évalue des moyens que les policiers de toute collectivité pourront utiliser pour éviter que des gangs de rue ne s’implantent et pour les démanteler.

Par Tony Moreno

La grande différence entre le problème des gangs des années 70 et 80 et celui qui existe aujourd’hui est qu’il touche maintenant une plus grande partie de la société. Il fut un temps où on croyait que les gangs n’existaient que dans des grandes villes comme New York et Los Angeles. On a aussi longtemps cru qu’il s’agissait d’un problème associé aux secteurs pauvres des grandes régions urbaines et aux groupes ethniques ou minoritaires qui y vivent.

On minimisait généralement l’importance du problème des gangs en croyant qu’il ne concernait que « ces personnes » dans « ces secteurs ». Bien que le portrait n’était pas complet ni exact, cette croyance était répandue et une grande partie de la société ne prêtait pas attention au problème. À titre d’agent de police ayant donné de la formation sur les gangs au Canada et aux États-Unis, j’ai perçu le même déni de la réalité au Canada; certaines personnes croient que ce problème ne touche que les grandes villes américaines.

Il est évident que le problème des gangs existe dans nos villes, nos banlieues et nos villages et qu’il ne se limite pas qu’à certains groupes de race, d’ethnie ou de culture commune. Certaines collectivités éprouvent un problème de gang plus grave que leurs voisines, mais le problème peut exister et se développer partout.

Causes fondamentales

Le meilleur moyen de composer avec les gangs consiste à empêcher les enfants de s’y joindre dès le départ. En d’autres termes, considérez les raisons incitant les enfants à adhérer à un gang : vie familiale déficiente, problèmes scolaires, manque de discipline et de supervision et attrait d’influences négatives. Le club de devoirs et leçons exploité par le Service de police d’Ottawa et le Club des garçons et filles d’Ottawa est un bon exemple de programme efficace pour prévenir l’affiliation à un gang. Le programme occupe une heure de la journée où de nombreux jeunes ont terminé leurs cours, mais manquent de supervision adéquate parce que leurs parents sont au travail. Le club offre aux élèves un endroit à fréquenter après l’école et il les appuie dans leurs efforts d’éducation.

Partenaires communautaires

En tant qu’agents de police, nous oublions parfois que d’autres forces de la collectivité s’intéressent aux mêmes problèmes. En reconnaissant et en respectant les divers rôles et en travaillant de façon cohésive et unie, nous pourrons mieux attaquer le problème des gangs. Autrement dit, les policiers doivent collaborer avec d’autres professionnels d’associations éducatives et médicales, des groupes de services sociaux et des organisations communautaires. Apprendre à se connaître, à se respecter et à comprendre nos différents rôles sont des étapes essentielles afin de résoudre ces problèmes.

L’unité spécialisée Citywide Field Unit du LAPD procède à l’arrestation d’un membre du gang « Rolling 30s Crip » recherché en lien avec de multiples vols à main armée.
Tony Moreno
L’unité spécialisée Citywide Field Unit du LAPD procède à l’arrestation d’un membre du gang « Rolling 30s Crip » recherché en lien avec de multiples vols à main armée.

Étant donné que les gangs et leurs membres fluctuent, se déplacent et ont des activités criminelles dans de nombreux secteurs, les services de police doivent également être souples et entretenir un réseau de professionnels issus de différents secteurs du maintien de l’ordre. Il importe d’établir et de conserver des relations de travail positives avec les services de police nationaux, provinciaux et locaux. Cette approche coopérative explique en partie le succès du modèle du groupe de travail où de nombreux organismes travaillent ensemble à lutter contre les gangs. Sur le terrain, la lutte contre les gangs demande aux policiers d’avoir de bons contacts à l’intérieur des appareils judiciaire et correctionnel et des services de probation et de libération conditionnelle.

Évaluation du problème

Admettre l’existence d’un problème de gang n’est pas une chose aisée. Un tel problème peut porter atteinte à la réputation de la collectivité, créer un sentiment négatif et même nuire à la valeur des propriétés. Personne n’en veut dans sa cour. La mesure la plus efficace et la plus responsable consiste à évaluer précisément le problème. Vous pouvez le faire en recueillant de l’information sur les activités du gang et en y associant de la documentation. Pour déterminer qu’un gang existe, que des membres d’un gang sont dans la collectivité et qu’ils ont des activités criminelles, la documentation suivante est nécessaire : rapports criminels, rapports d’arrestation, rapports d’entrevue sur le terrain, photographies, rapports de renseignements, documents de procédure et rapports d’incident.

Si vous faites de la surveillance policière dans une collectivité qui refuse l’évidence, il peut être utile de vous préparer pour le moment où elle ne pourra plus la nier. Si un problème existe, il ne se résoudra pas par magie. Un crime ou un incident majeur finira par se produire et les policiers doivent être prêts.

L’importance de la connaissance

De tous les policiers que j’ai côtoyés au fil des années, ceux qui ont le mieux réussi à contrer les gangs avaient un point en commun : ils étaient passé maîtres dans l’art de cultiver, de traiter et d’utiliser l’information.

Qu’il s’agisse d’une grande métropole ou de la périphérie d’un détachement éloigné, le problème des gangs est particulier à chaque endroit. L’agent qui parvient à jeter des ponts avec la collectivité et à recueillir de l’information sur les gangs se rend indispensable à l’organisation; il n’est pas donné à tout le monde de réussir à la tâche. Les meilleurs policiers affectés aux gangs obtiennent de l’information des victimes, des témoins, des concitoyens, d’autres professionnels, des membres de gangs eux-mêmes et de toute autre personne ayant quelque chose à partager. En matière de gangs, attirez les confidences. Plus vous en savez, plus vous êtes en sécurité.

Prévention, intervention, application de la loi

En tant qu’agents de police, nous comprenons l’importance des initiatives musclées d’application de la loi dans la lutte contre les gangs. Cependant, il appert que la seule application de la loi ne suffit pas à des endroits comme Los Angeles. Un sage (le serg. à la retraite Wes McBride du bureau du shérif du comté de Los Angeles) a déjà déclaré : [TRADUCTION] « nous ne réglerons pas le problème en procédant à des arrestations ». Un travail policier dynamique et efficace est en cours dans de nombreuses collectivités et un grand nombre de membres de gangs prennent le chemin de nos prisons. À moins d’être complètement réadaptés pendant leur incarcération, ces membres de gangs reviennent simplement dans nos collectivités en étant plus efficaces et plus engagés.

Dans nos collectivités — même celles où le problème des gangs est nouveau — des enfants et de jeunes adultes en seront à diverses étapes d’une affiliation réelle ou potentielle à un gang. Afin d’intervenir efficacement, il est nécessaire de consacrer les ressources voulues pour empêcher les enfants d’adhérer à des gangs ou de s’interposer et d’offrir d’autres occupations qui attireront les membres hors des gangs. Les facteurs et les causes fondamentales de l’appartenance à un gang diffèrent d’une personne à l’autre. Une intervention progressive et multidimensionnelle doit comprendre des éléments de prévention, d’intervention et d’application de la loi.

De nos jours, les agents de police peuvent servir de catalyseurs dans la lutte contre la violence et les activités criminelles des gangs en exerçant ouvertement un leadership dans la résistance contre les gangs et tout ce qu’ils représentent. Le fait d’orchestrer la résistance aux gangs expose aussi les policiers à de plus grands risques. S’attaquer à un problème de gang peut être extrêmement difficile et frustrant et il n’existe pas de potion magique ni de « gourou » possédant toutes les réponses. Le problème des gangs est extrêmement complexe.

Nous pouvons cependant compter sur nous-mêmes : les agents sur le terrain dans cette lutte contre les gangs. Vos homologues de Toronto, de Yellowknife, de Winnipeg ou de Los Angeles sont occupés à sécuriser leur collectivité à leur façon. Plus vous comprendrez le problème des gangs dans votre région, plus vous serez efficace et en sécurité. Votre collectivité, votre organisation et les personnes qui vous tiennent à coeur en bénéficieront.