Gendarmerie royale du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Gazette - Chef de gang pour un jour

Information archivée dans le Web

Information identifiée comme étant archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle n'a pas été modifiée ni mise à jour depuis la date de son archivage. Les pages Web qui sont archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez la demander sous d'autres formes. Ses coordonnées figurent à la page « Contactez-nous »

DOSSIER

La vie dans un gang de Chicago vue par un sociologue admis dans le cercle des initiés

Sociologue ou chef de gang? Le professeur Sudhir Venkatesh a assumé les deux rôles – mais seulement pour une journée dans le second cas.
Paresh Ghandi
Sociologue ou chef de gang? Le professeur Sudhir Venkatesh a assumé les deux rôles – mais seulement pour une journée dans le second cas.

Alors qu’il était étudiant en sociologie en 1989, Sudhir Venkatesh a entrepris une étude inédite : il a rencontré un chef de gang de rue de Chicago qui l’a autorisé à passer près de 10 ans comme observateur des activités de la bande : vente de crack, extorsions, tabassages, fusillades au volant et guerres de gangs. L’étudiant a même assisté le chef à la direction du gang durant une journée.  M. Venkatesh vient de publier un ouvrage qui documente son expérience (Gang Leader for a Day, Penguin Press). Il s’est entretenu avec notre collaboratrice, Caroline Ross.

Comment en êtes-vous venu à être observateur dans un gang de rue de Chicago?

Je n’étais pas un membre du gang; seulement un étudiant de troisième cycle agissant comme simple observateur. J’ai rencontré le chef accidentellement, tandis que j’administrais un sondage auprès de jeunes dans sa collectivité. Nous avons développé une curiosité mutuelle – pour une large part parce qu’il avait un diplôme universitaire – et il m’a permis de fréquenter les membres de son gang pendant près de dix ans.

Comment êtes-vous parvenu à gagner la confiance et obtenir les confidences de plusieurs membres haut placés du groupe?

J’ai dû me distinguer des journalistes, des policiers, des travailleurs sociaux et de tous ceux qui posent des questions, mais qui ne s’attardent pas suffisamment pour saisir la complexité et les subtilités de la communauté. J’ai décidé de ne pas poser de questions du tout, et les résidents (de l’ensemble de logements publics où le gang exerçait ses activités) ont tout de suite compris que je cherchais à voir un autre aspect de leur vie – pour en obtenir une compréhension approfondie.

Quels sont, selon vous, les caractéristiques d’un chef de gang efficace?

Je pense que les chefs de gang doivent être disposés à user de violence spontanément. Ils doivent aussi avoir les capacités d’organisation qui leur permettront de maintenir la cohésion entre plusieurs centaines de membres – dont plusieurs se livrent activement à des activités illicites.

Vous avez participé à la direction du gang durant une journée. Quel aspect des activités du groupe vous a le plus surpris?

Je suis demeuré aux côtés du chef pendant 24 heures. Ce faisant, le degré de violence interpersonnelle le m’a stupéfait – c’était incroyable de voir les façons dont le chef devait infliger des préjudices pour se faire obéir. J’étais aussi surpris de voir ces jeunes se poster au coin de la rue pour vendre de la drogue avec de tels risques de subir une arrestation ou des préjudices physiques, et tout cela pour aussi peu d’argent. On comprend alors le peu de possibilités qui s’offrent à ces jeunes.

Quelle a été votre expérience la plus intense au sein du gang?

De voir les résidents (de l’ensemble de logements publics) aux prises avec les agresseurs était absolument saisissant. La police était à toute fin pratique inaccessible aux locataires – elle négligeait la localité depuis près de 40 ans. Et les locataires n’avaient accès qu’à peu de services sociaux. Dans un tel contexte, les résidents devaient se faire justice eux-même, ce qui voulait quelquefois dire traquer les auteurs de viol et d’agression pour leur infliger une raclée.

Qu’avez-vous appris sur l’interaction de la police avec le gang et ses victimes?

La majorité des policiers laissaient la communauté à elle-même. Ils ne répondaient pas aux appels, ils ne faisaient jamais de patrouille, bref, c’était la négligence totale. Quelques agents toutefois, essentiellement des Noirs qui avaient grandi dans la communauté prenaient l’initiative : ils travaillaient de concert étroit avec les locataires au maintien de l’ordre. J’ai le plus grand respect pour eux parce qu’ils travaillaient dans des conditions extrêmement dangereuses.

Quels conseils donneriez-vous aux policiers appelés à traiter avec des gangs au quotidien?

Faire appel à des intermédiaires de la communauté. Le problème dans la plupart des services de police américains est qu’ils estiment ne pas avoir à répondre à qui que ce soit. Les meilleurs agents sont ceux qui mobilisent les citoyens – pas seulement de façon symbolique par des initiatives de police communautaire – mais bien par la participation à la surveillance formelle du service. Il n’est pas bon pour la police d’agir en complète autonomie de la communauté.