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Gazette - Les bandes de jeunes en France

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DOSSIER

La situation en banlieue de Lyon

Par Richard Pla
Chef du Commissariat de Vénissieux/Saint-Fons, en France

À Vénissieux, une ville de 57 000 habitants de la banlieue lyonnaise, quelque 20 000 vénissians résident dans la cité sensible des Minguettes.

Aux Minguettes, un ensemble de logements sociaux érigés sur un plateau de 220 hectares surplombant Vénissieux (France), les bandes de jeunes posent un problème pour les locataires et la police.
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Aux Minguettes, un ensemble de logements sociaux érigés sur un plateau de 220 hectares surplombant Vénissieux (France), les bandes de jeunes posent un problème pour les locataires et la police.

C’est aux Minguettes qu’ont éclaté les premières violences urbaines de France, en 1981. Ces événements, suivis d’une poussée de violence dans une autre banlieue de Lyon en 1990 et d’autres affrontements ces trois dernières années, ont contribué à la médiatisation des quartiers français dits sensibles et des bandes de jeunes qui y vivent. La Police Nationale, comme la plupart des responsables politiques et institutionnels, cherche sans cesse à améliorer la prise en compte de ce type de délinquance.

Dans cette optique, le Commissariat de Vénissieux oeuvre notamment dans deux directions complémentaires : l’adaptation de l'organisation interne et des méthodes de travail, et le développement d'un partenariat opérationnel avec les autorités locales.

Nouvelles structures et stratégies

À l’interne, le Commissariat a créé un groupe de nuit supplémentaire au détriment des effectifs de jour. Ce groupe est composé de policiers qui travaillent en civil à bord d’un véhicule automobile banalisé. Sa mission première est de lutter contre les violences urbaines par des patrouilles, des surveillances discrètes et des interpellations en flagrant délit.

Un groupe de juristes chargés d’enquêter sur les incidents de violence urbaine a également été constitué. Ces efforts portent notamment sur les incendies volontaires de véhicules automobiles et sur les jets de projectiles visant les représentants des institutions.

L’accueil des plaignants et la prise en charge des personnes en grande difficulté ont été améliorés avec l’embauche par le Commissariat d’un intervenant social travaillant à temps plein.

De même, la recherche d’une plus grande maîtrise du territoire inspire largement le travail quotidien du service. Sans être exhaustive, elle induit des actions à long terme dans plusieurs domaines. Ainsi, les interpellations pour infraction à la législation sur les stupéfiants ont quadruplé au cours des cinq dernières années.

La lutte contre l’économie souterraine, notamment le trafic de stupéfiants, est le plus sûr moyen de lutter contre l’influence des bandes de la cité.

Partenariat opérationnel

Pour l’établissement d’un partenariat opérationnel à Vénissieux, le soutien du Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance est déterminant.

Le Conseil est constitué notamment du maire, du Préfet Délégué pour la Sécurité et la Défense, du Procureur de la République, d’élus municipaux et de représentants de la Police nationale, des pompiers, de l’Éducation nationale, des transports en commun et des bailleurs sociaux. Il se réunit en séance plénière deux ou trois fois par an. Les actions décidées par le Conseil sont menées à bien par différents groupes d’intervention.

Ainsi, chaque lundi en matinée, un « Point Services Publics » est organisé en mairie. Cette réunion permet aux partenaires institutionnels d’échanger des informations et de chercher des solutions adaptées aux problèmes rencontrés.

Puisque la commune est particulièrement touchée par les incendies de véhicules automobiles, un suivi particulier de ce type de délit est organisé. La Police nationale peut compter sur le soutien du Procureur de la République, ce qui garantit une réponse judiciaire adaptée. De plus, les actions suivantes ont été mises en oeuvre par la municipalité et les bailleurs : repérage et enlèvement des véhicules épaves qui sont plus susceptibles d’être brûlés que les autres, et mise en place d'un dispositif de vidéosurveillance.

La sécurisation de lieux sensibles tels que le centre commercial des Minguettes, le marché, les gares de métro et les aires communes des immeubles s’inscrit également dans un cadre partenarial. La collaboration avec les bailleurs est particulièrement fructueuse. Les principaux bailleurs de l'agglomération se sont regroupés pour créer un service qui leur permet d'envoyer des équipes d’intervention dans les immeubles dont les parties communes sont accaparées par les bandes de jeunes.

Ainsi, le secteur le plus difficile des Minguettes a été mis en objectif pour des opérations concertées police-bailleurs. Les bailleurs convoquent les parents des jeunes à problèmes et les avertissent qu’une procédure d’expulsion sera engagée si l’adolescent persiste. Aucune procédure d’expulsion n’est allée à son terme jusqu’à présent, mais ces convocations ont permis d’isoler et d’affaiblir les meneurs en enlevant de la bande les jeunes les moins déterminés.

Pour conclure, aucune administration, pas même la Police nationale, ne pourra réussir seule à régler le problème des bandes de jeunes à Vénissieux. Un véritable partenariat opérationnel est nécessaire. Le soutien de la population est également déterminant et pour cela, l’action de la police doit être expliquée. Dans ce but, le Commissariat participe à des réunions organisées par les conseils de quartier et les bailleurs.