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Gazette - Sur la piste des gangs de rue

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DOSSIER

Une démarche intégree en Columbie-Britannique

Par Caroline Ross

Des agents de l’escouade antigang du Lower Mainland (Uniformed Gang Task Force, dite UGTF) discutent avec le membre d’un gang notoire après l’avoir expulsé d’une boîte de nuit de Vancouver.
UGTF
Des agents de l’escouade antigang du Lower Mainland (Uniformed Gang Task Force, dite UGTF) discutent avec le membre d’un gang notoire après l’avoir expulsé d’une boîte de nuit de Vancouver.

Il est minuit au Standard Bar à New Westminster, aux abords de Vancouver. Quatre voitures banalisées s’arrêtent et déposent huit policiers en uniforme de la GRC et de six services de police de la région métropolitaine. Sur leur veste noire, on peut lire les mots Police Gang Task Force (escouade antigang) en grosses lettres fluorescentes. Bien qu’issus de différents services, les membres travaillent de concert sous un mandat commun.

Les agents pénètrent dans le club et s’exécutent de façon harmonieuse, qui interrogeant des visages familiers, qui notant l’identité, qui vérifiant le port d’armes, qui mettant en détention un homme agressif. Quinze minutes plus tard, ils reprennent leur patrouille en direction du quartier de divertissement de Vancouver.

Tous les soirs, deux équipes de l’escouade antigang (Uniformed Gang Task Force, dite UGTF) comme celle-ci patrouillent dans les rues, les clubs et les bars de Vancouver et des 20 collectivités environnantes. Elles visitent quelques 30 établissements par soir, à l’affût afin de repérer des membres et des associés de gangs, leurs véhicules, leurs armes et des personnes qui ne respectent pas leur couvre-feu. La présence de ces agents se veut un message éloquent : l’activité des gangs ne sera pas tolérée.

L’UGTF s’inscrit parmi les initiatives de coopération des services de police de la région de Vancouver pour lutter contre la violence persistante des gangs de rue dans le Lower Mainland – un secteur de 2,2 millions d’habitants confinés dans le sud-ouest de la province entre la côte et la frontière américaine.

Ici, les gangs de rue manifestent une présence visible, solidement établis dans le trafic lucratif des drogues et dotés d’armes obtenues des États-Unis pour défendre leur territoire. En 2007, on a recensé 247 fusillades imputables à des gangs dans le Lower Mainland, pour une grande part survenues dans des espaces publics : rues, parcs, restaurants et boîtes de nuit. À l’issue d’un affrontement entre gangs dans un parc, on a retrouvé plus de 115 douilles de cartouches jonchant le sol et des balles criblant des voitures et des maisons en rangée du secteur.

En réponse à cette violence, les six services de police municipaux du district ont fait équipe avec 13 détachements de la GRC pour réprimer l’activité des bandes, depuis la base jusqu’aux échelons supérieurs du crime organisé.

Suppression de la violence dans les rues

L’UGTF est entrée en activité en novembre 2007 afin d’opposer un élément de dissuasion concret à la violence des gangs.

« Il s’agit de manifester une présence visible et de contrôler les cibles et les associés connus des gangs, ainsi que leurs véhicules et tout autre endroit où ils peuvent conserver des armes », explique l’insp. Dean Robinson, de la police de Vancouver, chef de l’escouade. Nous ne laissons passer aucune chance de procéder à une arrestation. »

Dans les trois premiers mois de leur mise sur pied, les équipes de l’escouade ont contrôlé au total 4 622 personnes et 5 873 véhicules (occupés et inoccupés). Elles ont exécuté 19 mandats d’arrestation et porté 35 accusations criminelles pour des infractions en matière d’armes, de drogues, des agressions et le non-respect des conditions de libération sous caution ou de libération conditionnelle.

« Les principaux acteurs sont certainement conscients de notre démarche », affirme le serg. Bryon Massie, du Détachement de Chilliwack de la GRC, chef d’équipe au sein de l’escouade durant trois mois. « Ils ne se manifestent pas aussi souvent, et notre présence les contrarie grandement. Nous perturbons leurs activités. »

Source de renseignements utiles aux enquêtes

L’UGTF est aussi devenue une source précieuse de renseignements sur les gangs de rue. Les équipes découvrent les endroits fréquentés par les membres, leurs associés, ceux qui coopèrent et ceux qui ne le font pas – et toutes ces données sont consignées dans les rapports d’incidents quotidiens.

Ce qui est fort utile pour le groupe intégré de lutte contre les gangs de rue de la Colombie-Britannique (British Columbia Integrated Gang Task Force, dit BCIGTF), un groupe d’infiltration de 60 enquêteurs et analystes du Lower Mainland chargé de repérer les gangs impliqués dans des activités violentes chroniques comme les homicides, les extorsions, les fusillades au volant et les enlèvements, d’enquêter sur ces gangs et de les traduire en justice.

Ce genre d’enquête étant fort accaparent en matière de ressources – il faut jusqu’à 100 agents de divers services pour conclure une enquête sur un seul enlèvement –, les enquêteurs doivent viser des cibles qui donneront les meilleurs résultats, explique le surint. John Robin, de la police de Delta, chef du BCIGTF.

« Il nous faut savoir si un individu a été vu successivement à Abbotsford et à Vancouver, et s’il pourrait être impliqué dans une fusillade à Westminster, et il nous faut ces renseignements sur-le-champ, précise le surint. Robin. Dans un mois, il sera trop tard. »

Camillon
UMECO-C.-B
Des gangs de rue de Vancouver ont tenté d’acheminer
ces sacs de sport – remplis de 147 kilogrammes de cocaïne– des États-Unis au Canada pour le compte d’un réseau international de trafiquants. Les enquêteurs de l’UMECO-C.-B. et du BCIGTF ont uni leurs efforts pour perturber la filière de transport.

Pour ce faire, le BCIGTF a élaboré un réseau de renseignements en novembre 2007. Les analystes du groupe recueillent et examinent les données sur les gangs obtenues de sources multiples au quotidien, en dégagent les éléments vitaux qui peuvent appuyer les dossiers existants, signalent les nouvelles cibles et établissent des corrélations entre les enquêtes. Ils produisent ensuite un rapport quotidien (doté de photographies, des conditions de mise en liberté sous caution et des mandats d’arrestation émis pour les cibles connues d’un gang), puis le diffusent dans toute la région.

La démarche permet de tenir les agents de première ligne au fait des activités des gangs de la région et les incite en retour à relayer des renseignements pertinents aux enquêteurs et aux analystes.

Cet échange est primordial, explique l’insp. Robinson, de l’UGTF, car la simple observation d’un tatouage ou d’un élément associé à un gang vaut son pesant d’or pour toute enquête ultérieure sur les organisations criminelles.

Les liens au crime organisé

Les gangs de rue agissent souvent comme manoeuvres pour les organisations criminelles, constate le surint. Robin, du BCIGTF. Les enquêteurs doivent donc coordonner les initiatives avec l’équipe principale d’enquête sur le crime organisé en C.-B., l’Unité mixte d’enquête sur le crime organisé, dite UMECO.

« Les frontières s’estompent entre les gangs mineurs – le crime de rue non organisé – et les autres échelons du crime, jusqu’au terrorisme », explique le surint. Doug Kiloh de la GRC, membre de l’UMECO- C.-B. Les cibles du BCIGTF – les gangs de rue violents – tentent de se forger une réputation et d’établir leur territoire. Les survivants de cette guerre vont devenir les principales cibles dans les années à venir. Nous devons échanger nos renseignements et demeurer au fait des cibles d’enquête de l’autre groupe. »

À titre d’exemple, les deux groupes ont récemment déterminé qu’ils visaient la même cible – des membres de gang connus du BCIGTF qui faisaient également l’objet d’une enquête plus vaste de l’UMECO sur un important réseau de trafic de drogue international (les membres du gang assuraient le transport des drogues acheminées au Canada et depuis celui-ci vers l’étranger). Le BCIGTF et l’UMECO ont pris l’initiative en formant une équipe mixte temporaire chargée de conclure l’enquête sur les membres en question.

« Nous avons dû nous réorganiser pour les besoins de la loi et de l’activité criminelle en cause », précise le surint. Kiloh. L’UMECO et le BCIGTF envisagent d’ailleurs d’autres possibilités d’intégration, compte tenu qu’ils ciblent le continuum du crime organisé, et leurs besoins en ressources et en surveillance se rejoignent. L’UMECO assure déjà les installations d’écoute électronique, la conservation des éléments de preuve et l’entretien des véhicules du BCIGTF.

Perspectives d’avenir de la lutte antigang

De toute évidence, les initiatives intégrées de lutte antigang dans le Lower Mainland portent fruits. Plusieurs membres de gang violents et jouissant de relations sont désormais en détention ou font l’objet d’accusations criminelles. Les forces policières élargissent leurs connaissances de la culture des gangs régionaux, et les agents participant directement aux initiatives de coopération développent des compétences spécialisées et des relations qui leur seront fort utiles à l’avenir au sein de leur service d’attache.

Si l’UGTF et le réseau de renseignements ne sont encore que temporaires – le BCIGTF cherche toujours à obtenir un financement permanent pour les deux – les policiers du Lower Mainland demeurent optimistes à cet égard.

Le serg. Massie, en poste au Détachement de Chilliwack de la GRC, figure parmi ceux-ci. « Nous ne pouvons pas nous arrêter en si bon chemin. »