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Gazette - Un foisonnement inquiétant

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MOT DE LA RÉDACTION

Il y a 15 ans, le phénomène des gangs de rue au Canada attirait à peine notre attention. Même chez les intervenants qui étaient conscients de l’ampleur que prenait la violence liée aux bandes, plusieurs trouvaient le problème assez minime comparativement à ce qui passait chez nos voisins américains, où la situation prenait des allures d’épidémie.

Cette époque est révolue. La culture des gangs, avec toutes ses particularités régionales, est désormais bien vivante au Canada. Des gangs de rue sont actifs dans toutes nos grandes villes – y compris à Toronto et Winnipeg, où leur violence a coûté la vie à deux innocents en 2005, secouant la population –, mais ils s’enracinent aussi dans nos municipalités de taille moyenne, nos banlieues, nos réserves autochtones et nos secteurs ruraux.

Aussi tâcherons-nous, dans ce numéro, de mieux comprendre les tendances que présentent les gangs de rue au Canada et ailleurs. Nous verrons comment les dirigeants policiers et communautaires s’attaquent au problème et, surtout, comment ils collaborent à l’enrayer.

À Vancouver, les gangs de rue se sont taillé une place visible dans le lucratif commerce de la drogue. Caroline Ross discute avec des membres de l’Équipe intégrée sur les gangs de la Colombie-Britannique, un groupe clandestin d’enquêteurs et d’analystes qui travaillent à repérer les membres des gangs les plus violents, puis à mener les enquêtes et les poursuites connexes. Vous verrez comment le plus infime détail peut s’avérer crucial pour une enquête.

Le sergent-détective Douglas Quan, du Groupe d’intervention contre les bandes criminalisées et les armes à feu de Toronto, examine le visage et l’évolution des gangs de rue dans la plus grande ville du pays, où ils ne se définissent plus exclusivement en fonction de leur territoire ou de leur origine ethnique et franchissent les limites traditionnelles en quête de richesse et de notoriété.

Selon les statistiques, la plupart des gangs de rue se trouvent dans les grands centres urbains, mais cette réalité tend aussi à changer. Les bandes se dirigent maintenant vers des communautés plus modestes et plus isolées pour trouver de nouveaux territoires et éviter la police. Nous examinons donc trois collectivités des Prairies – The Pas (Manitoba), La Loche (Saskatchewan) et Hobbema (Alberta) – et certaines des mesures que la police y prend pour redresser la situation.

L’auteur David Chettleburgh décrit ce qu’il appelle le métissage des gangs de rue au Canada – une nouvelle vague de bandes multiethniques qui s’intéressent davantage à produire des drogues synthétiques qu’à arborer symboles et couleurs. Il énumère les mesures à prendre au cours de la prochaine décennie pour ralentir leur expansion.

De son côté, Luciano Bentenuto, du Service correctionnel du Canada, explique pourquoi il faut à tout prix freiner la croissance des gangs dans les prisons pour l’endiguer dans le monde extérieur.

Nous causons aussi avec le sociologue américain Sudhir Venkatesh au sujet de son projet de recherche insolite : il a passé près de 10 ans à observer le chef et les activités d’un gang de rue de Chicago. Nous obtenons également le point de vue de Tony Moreno, ancien membre de l’escouade antigang du LAPD, sur les stratégies qui marchent ou non dans sa ville.

Des rues de Los Angeles et d’autres grandes villes américaines aux quartiers d’Amérique centrale, Héctor Lombardo Morales Rodríguez, du Bureau du procureur du Guatemala, décrit l’évolution des bandes extrêmement violentes appelées maras. Il explique pourquoi le règlement du problème passe nécessairement par une nouvelle stratégie de répression et une meilleure compréhension de la mentalité de ces gangs.

Enfin, nous présentons deux perspectives sur les gangs de jeunes violents en France. Richard Pla, de la Gendarmerie nationale, aborde le problème à Vénissieux et les partenariats opérationnels conclus par la police pour réprimer les gangs avant qu’ils ne s’incrustent, et le criminologue Christophe Soullez fait une comparaison fascinante des gangs en France et au Canada.

Une chose est sûre : les gangs de rue ne passent plus inaperçus. Et nous devons aller au-delà de la répression pour trouver la solution.

Katherine Aldred