Le premier membre à porter le turban reflète sur ses expériences

Un policier de la GRC en tunique rouge

L'insp. Baltej Dhillon dit espérer que la GRC ne fera jamais preuve de complaisance au moment de s'assurer qu'elle représente toutes les communautés qu'elle sert. Photo tirée du site SikhMuseum.com

En 1990, l'insp. Baltej Dhillon de la Div. E est passé à l'histoire comme premier membre de la GRC à porter le turban, représentant par le fait même le visage changeant de la GRC à une époque où la population canadienne était nettement divisée sur le sujet. Heather Hamilton s'est récemment entretenue avec l'insp. Baltej à propos de cette période et de la façon dont la GRC peut continuer d'encourager la diversité et l'inclusion dans toute l'organisation.

Étiez-vous préparé à autant d'attention des médias et au débat public qu'a suscitée votre demande de porter le turban?

Non, je ne m'attendais pas à ce débat ni à ce degré d'attention partout au pays. En Malaisie, où je suis né et où j'ai grandi, il est courant de voir des policiers sikhs porter le turban. Je m'attendais à ce que cette tradition soit aussi admise dans le service de police national du Canada.

Pouvez-vous décrire les premiers jours où vous avez effectué des patrouilles?

Le plus gros des difficultés, je les ai connues avant même d'être engagé à la GRC et après ma formation durant laquelle j'ai reçu des menaces de mort. J'ai failli perdre ma première affectation en raison des tensions et de la controverse que ma présence aurait pu causer.

Les premiers mois de ma première affectation ont été, disons, plutôt intéressants. Comme ailleurs au pays, les gens de Quesnel avaient des opinions polarisées sur la question.

Souvent, des membres de la collectivité demandaient à un autre policier de les aider quand je répondais à un appel, et des clients de bars me huaient lorsque j'y effectuais un contrôle.

C'est en parlant avec les gens et en participant aux activités dans la communauté que j'ai pu gagner la confiance de beaucoup de gens et faire tomber les barrières.

Avez-vous eu des surprises?

Oui. Beaucoup de résidents approuvaient ce changement à la GRC. Je me souviens qu'un jour, un groupe de jeunes s'est attroupé autour de moi pour me féliciter.

Certains résidents se sont donné du mal pour me faire savoir qu'ils étaient fiers de leur pays et reconnaissants pour ma persévérance malgré les obstacles.

Ils voulaient s'assurer que je ne laisse pas les quelques expériences négatives l'emporter sur le soutien que je recevais de la majorité. Je leur étais, et leur suis toujours, très reconnaissant.

Comment les choses se passent-elles pour vous aujourd'hui?

Nous avons fait beaucoup de chemin depuis. La GRC et d'autres services de police comptent maintenant plusieurs policiers qui portent le turban, sans parler du ministre de la Défense, l'honorable Harjit Sajjan. Quand je suis entré à la GRC, mon seul intérêt était d'être jugé pour mon travail et mes efforts, et c'est toujours le cas aujourd'hui.

Durant ma carrière, j'ai travaillé à plusieurs enquêtes très médiatisées comme celles sur la tragédie d'Air India, l'affaire Pickton et le sextuple meurtre à Surrey, ce qui m'a permis de gagner la confiance de mes collègues et de mes pairs et de faire mes preuves en tant que policier.

Je ne me sens plus jugé par ce que je porte sur la tête, mais plutôt par mon travail de policier.

Quel conseil donneriez-vous aux nouveaux membres qui pourraient, comme vous, agir comme pionniers dans leur communauté?

Soyez fiers de ce que vous êtes et de ce qui compte pour vous. Acceptez chaque difficulté, car elle vous rendra plus forts et meilleurs.

Ne vous concentrez pas sur les remarques et les coups reçus, mais plutôt sur ce que vous pouvez faire pour servir le mieux possible la population. N'oubliez pas que ce sont vos actes et paroles dont on se souviendra. Et rappelez-vous toujours les raisons pour lesquelles vous vous êtes engagés.

Y a-t-il d'autres changements dont vous aimeriez être témoin?

J'espère que nous ne ferons jamais preuve de complaisance au moment de s'assurer que nous représentons toutes les communautés que nous servons.

L'avance que nous pourrions avoir par rapport à d'autres pays et organismes d'application de la loi est attribuable à notre diversité et à notre désir de tirer parti de la multitude d'aptitudes et de forces qui y sont rattachées.

Nous devons poursuivre nos efforts pour faire en sorte que la GRC met les différences à l'honneur, encourage les opinions contraires, favorise la créativité à tous les échelons et participe à la gestion de conflits constructifs.

J'essaie d'adhérer à cette philosophie dans mon secteur de responsabilité et j'encourage mes collègues à faire preuve d'audace dans leurs façons de penser et d'innover. J'espère pouvoir en faire plus à ce chapitre au cours de la prochaine année.

Date de modification :