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Policière regardant dans l'appareil-photo.

Se remettre d’un deuil

L'introspection a été la clé de la guérison pour une policière de la GRC

La cap. Lynn Saulnier dit que l'introspection l'a aidée à retrouver un bon état de santé mentale après la fusillade de 2014 à Moncton qui a coûté la vie à trois de ses collègues. Crédit : Serge Gouin, GRC

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La première fois que la cap. Lynn Saulnier de la GRC a pleuré après avoir appris la mort de trois de ses collègues dans l'exercice de leurs fonctions, elle était chez le nettoyeur.

« C'est là qu'on apporte nos uniformes, on connaît les employés », dit la cap. Saulnier, superviseure au sein du Groupe de continuation d'enquête du Détachement de Codiac de la GRC à Moncton (N.-B.). « Ils font partie de la famille. »

Le 4 juin 2014, trois policiers de la GRC ont été abattus par balle et deux autres, blessés lors d'une attaque ciblant des policiers à Moncton.

Le lendemain après-midi, alors qu'elle était entourée de chemises, de robes et de pantalons propres accrochés à des cintres dans une mince pellicule en plastique, la cap. Saulnier s'est finalement permis de pleurer la perte d'un collègue et des deux policiers qu'elle supervisait.

Sa peine s'est vite transformée en colère, puis en abattement.

Son rôle d'instructrice pour le cours de la GRC En route vers la préparation mentale et de coordonnatrice du programme de soutien par les pairs, qui met en contact des employés ayant vécu des situations semblables, l'a aidée à se rendre compte qu'elle n'allait pas bien.

« Je ressentais un grand vide et j'étais démotivée. Je n'arrivais plus à bien accomplir des tâches ordinaires », raconte-t-elle. Elle a alors consulté un thérapeute à l'extérieur de la GRC.

L'exercice physique et le fait de parler à des collègues, des amis et des membres de sa famille ont été d'un grand secours, mais la cap. Saulnier estime que sa capacité d'introspection a été la clé de sa guérison.

« Je suis devenue maître dans l'art de savoir ce que je n'ai pas besoin de savoir », affirme-t-elle.

Afin de se préserver sur le plan émotionnel, la cap. Saulnier a évité de demander des détails sur la mort des policiers et n'a jamais vu les photos du lieu de crime.

« Comme je ne connais pas ces détails, quand je ferme les yeux, je vois les gars tels qu'ils étaient vivants, poursuit-elle. Quand [les policiers qui sont intervenus sur les lieux] ferment les yeux, les images qu'ils voient ne sont pas belles. »

Plutôt que de prendre congé pour faire son deuil comme ses supérieurs le lui avaient suggéré, la cap. Saulnier s'est portée volontaire au centre de soins temporaire aménagé à la suite de la fusillade, où les employés de la GRC pouvaient aller pour avoir du soutien.

Après une autre fusillade ayant causé la mort d'un policier en 2017 à Fredericton (N.-B.), la cap. Saulnier a encore une fois offert son aide. Pendant les funérailles, elle a remis des bouteilles d'eau, a accompagné les gens jusqu'à leur siège et leur a offert du soutien.

« Ça m'a fait du bien d'être là, confie-t-elle. Ça m'a aidé de les aider parce que pour moi, prendre soin des autres, c'est une sorte de thérapie. »

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