Vol. 81, Nº 1Profil d'un détachement

Un policier sans chapeau parle avec un homme assis qui enlace un gros chien noir.

Cultiver la confiance

La GRC tisse des liens forts avec une réserve mi'kmaq

En signe de respect envers la communauté autochtone d'Elsipogtog, le gend. Milliea et ses collègues ne portent pas de chapeau lorsqu'ils sont sur la réserve. Crédit : Serge Gouin, GRC

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Dans le bureau du serg. Bill Collier, au Détachement d'Elsipogtog (N.-B.), trône une plume d'aigle, une des plus hautes distinctions chez les peuples autochtones. C'est sa troisième, mais la première pour la façon dont ses agents et lui assurent le maintien de l'ordre dans la réserve.

Suivant une entente conclue entre la collectivité, la province et la GRC, toutes les parties donnent leur avis sur les questions de police communautaire, y compris les priorités de la bande. Les policiers rencontrent régulièrement le chef et le conseil de bande et un groupe d'aînés et participent à des activités autochtones.

« Tout repose sur la confiance », affirme le serg. Collier en parlant de l'approche du détachement pour maintenir l'ordre dans la bande autochtone de quelque 3 000 membres.

Un dialogue franc permet aux parties de mieux comprendre leurs différences et d'améliorer leurs relations, ce qui facilite la vie communautaire et l'application de la loi.

Comprendre les différences

Le serg. Collier croit que communiquer sur une base régulière contribue à atténuer la méfiance et le ressentiment qui peuvent se développer lorsque les gens comprennent mal le travail policier.

Pour la gend. Vanessa DeMerchant et ses collègues, cette approche consiste notamment à participer à des cercles de guérison.

Au début, les policiers devaient venir sans leurs armes à feu en signe de respect. Mais ça a changé depuis les fusillades de 2014 et 2018 à Moncton et à Fredericton. À présent, ils portent leurs armes sans que cela nuise à la relation de confiance qu'ils ont tissée avec les résidents.

« Lorsqu'on leur explique en quoi consiste notre travail, ils nous comprennent mieux, dit la gend. DeMerchant. C'est bien de pouvoir communiquer ouvertement avec les gens. »

Les agents du Détachement d'Elsipogtog sont aussi très respectés parce qu'ils participent au processus judiciaire de la bande.

Ils assistent à des cercles de détermination, pendant autochtone des audiences de détermination de la peine, aux côtés du délinquant, des membres de la collectivité, du procureur de la Couronne, des policiers et du juge. Assis en cercle, chacun prend la parole pour dire au délinquant les répercussions qu'ont eues ses actions sur lui ou sur d'autres membres de la communauté. Le juge tient compte de toutes les déclarations avant d'imposer la peine et, au-delà de l'aspect punitif, cette démarche vise à aider le délinquant à guérir.

« En assistant à ces cercles, on se rapproche des gens, analyse la gend. DeMerchant. On leur montre qu'on va jusqu'au bout, qu'on ne les abandonne pas comme ça. »

Le détachement, qui compte 13 po-liciers et deux fonctionnaires, a modulé ses façons de faire afin de mieux tenir compte de la culture mi'kmaq.

Depuis qu'ils ont appris que le port du chapeau est perçu comme un signe d'intimidation et un manque de respect envers les résidents de la bande, majoritairement Mi'kmaq, les agents ne le portent plus dans la réserve, souligne le gend. Boyd Milliea qui a grandi dans la communauté.

Une langue commune

Le gend. Milliea utilise sa langue maternelle pour faciliter les échanges depuis son premier emploi dans une réserve en 2000. Lorsqu'il interagit avec des personnes qu'il croit être Autochtones, il entame la conversation en mi'kmaq et passe à l'anglais seulement si son interlocuteur le fait.

« Ça aide à établir un climat de confiance, dit-il. Les barrières tombent plus facilement. »

Enfant, il a vu son père peiner à comprendre les policiers qui parlaient avec un fort accent français, ce qui rendait les relations difficiles. Mais c'est sa première interaction positive avec la police de la bande qui a fait naître sa vocation.

« Ils passaient en voiture et je les ai traités de porcs. Ils se sont arrêtés et se sont adressés à moi dans ma langue, relate-t-il. Ça m'a fait réfléchir et je me suis dit que si je faisais comme eux un jour, peut-être que les interactions se passeraient mieux. »

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