Laboratories clandestins de drogues synthétiques

L'expression « laboratoire clandestin » évoque pour vous des techniciens à lunettes de protection gantés et masqués, des espaces protégés, aseptisés et ventilés, des pipettes, brûleurs et béchers fumants sur des paillasses marbrées reluisantes? Vous croyez que chaque ingrédient est scrupuleusement sélectionné sur une tablette où chaque composante est clairement identifiée et étiquetée commercialement? Si c'est le cas, vous serez doublement choqué par ce qui suit!

L'expression « laboratoire clandestin » désigne n'importe quel endroit où l'on cultive, fabrique ou prépare des drogues. En vertu du Code criminel, ces laboratoires fonctionnent dans la plus totale illégalité, tant au Québec qu'au Canada.

Pas dans ma cour?

Première vérité-choc : les laboratoires clandestins qui abritent la production de drogues synthétiques, c'est-à-dire 100 % chimiques, se retrouvent partout. Songez à des chambres de motel, des camions loués, des entrepôts désaffectés, des appartements, des cabanes de jardin, des hangars, des granges, etc., et ce, dans tous les quartiers, en ville comme à la campagne. Les plus petits laboratoires mobiles se dissimulent même dans des coffres de voiture ou des bennes de camion! La raison est simple : certains types de production nécessitent très peu d'appareils et d'apport externe en électricité (lumière artificielle, chaleur, ventilation ou humidité), comparativement à une plantation de cannabis, par exemple.

Les laboratoires clandestins sont généralement bien dissimulés. Pour les plus petits, une cuisine fera l'affaire - pour la source de chaleur de la cuisinière - mais des réchauds peuvent tout autant être utilisés dans un garage. Les emplacements sont choisis sans tenir compte des dangers que représentent la manipulation et la transformation de substances toxiques, volatiles et explosives, par des gens qui n'ont souvent aucune notion de chimie.

Situation au Québec

(Photos ci-haut) Insalubrité typique dans plusieurs laboratoires clandestins/Laboratoire clandestin dissimulé dans un garage de maison cossue

Autre vérité-choc : le Québec est connu comme étant un important producteur de drogues de synthèse au Canada. La méthamphétamine (surnommée meth ou speed dans la rue) et la MDMA (aussi appelée ecstasy) sont les deux substances illicites les plus connues.

La production québécoise s'adresse tant au marché local qu'international. Les laboratoires sont donc plus volumineux et très productifs. Ils nécessitent quantité d'appareils et de systèmes pour les différentes étapes de la fabrication. Certaines drogues sont si simples à produire que les criminels recrutent des « chefs » (cook, en anglais) sans aucune formation scientifique. Ces derniers ne font que suivre la recette en utilisant des ingrédients identifiés par de simples lettres. Un comportement aveuglément dangereux!

Bien que plusieurs types d'individus soient associés à ces laboratoires, leur mode d'opération est semblable et leurs motifs sont comparables. Ils sont généralement exploités par le crime organisé, grand dominateur du marché, qui en retire la majorité des bénéfices. Le but? Faire de l'argent, beaucoup d'argent, et rapidement, sans égard pour la santé et la sécurité des consommateurs. La présence de laboratoires clandestins entraîne aussi une augmentation de l'activité criminelle dans les secteurs où ils s'installent. Le trafic des drogues de synthèse permet au crime organisé de financer de multiples autres activités criminelles aux dépens de la société.

Le danger vu d'en face

Laboratoire clandestin opérant dans un sous-sol de résidence.

Les laboratoires clandestins sont de véritables bombes à retardement, toujours synonymes d'air empoisonné, de parois contaminées, de sources de toxicité variées. Ceux qui y vivent, incluant malheureusement parfois des enfants, devront subir les conséquences pour leur santé à court, moyen et long termes.

Ils mettent ainsi en péril leur propre vie, celle des autres occupants des lieux et leurs voisins, puisque les accidents (incendies, explosions, brûlures, électrocutions) sont monnaie courante. Bien souvent, les premiers intervenants (policiers, pompiers, ambulanciers) sont les premières victimes des dangers encourus par la communauté.

Malheureusement, détecter les laboratoires de drogues de synthèse peut être ardu. Il faut être à l'affût de certains signes souvent discrets. Les chiens de garde, les caméras de surveillance et les fenêtres aux draperies toujours fermées ne sont évidemment pas toujours des preuves, mais peuvent être des indices de la présence d'un laboratoire clandestin.

Incendie dans une cuisine servant de labo clandestin.
La très haute toxicité et les dangers d'explosion et d'incendie obligent les équipes de démantèlement à prendre des mesures exceptionnelles.

Quelques faits à retenir

  • Aucun laboratoire clandestin n'est sans risque.
  • Les laboratoires clandestins de fabrication de comprimés représentent des dangers d'explosion, d'incendie, de contamination par la peau et par l'air, causés par la toxicité des produits entreposés, et des réactions chimiques provoquées par des recettes approximatives et hasardeuses.
  • La présence de l'un ou de l'autre dans votre environnement n'est assurément pas souhaitable.
  • Le public joue un rôle primordial dans la sécurité des collectivités en respectant les lois, en collaborant avec la police et en lui communiquant tout renseignement sur une activité illicite.

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