Rapport sur la situation des drogues illicites au Canada - 2008
La drogue appelée « khât » désigne les feuilles du Catha edulis Forsk, un arbuste originaire d’Afrique orientale et de la péninsule d’Arabie. Les feuilles contiennent des stimulants voisins de l’amphétamine, à savoir le cathinone et la cathine, qui sont des substances réglementées au Canada. La teneur en cathinone est à son apogée dans le plant fraîchement coupé, puis elle décline progressivement jusqu’à ce qu’il ne reste plus que de la cathine, qui est un stimulant nettement moins puissant que le cathinone. Le khât séché ou déshydraté, communément appelé thé arabe ou thé d’Abyssinie, contient de la cathine.
La mastication du khât induit un état d’euphorie et d’allégresse, accroît la vigilance et provoque l’insomnie, la perte de l’appétit, l’augmentation de la pression sanguine et l’accélération du pouls. Une consommation répétée peut causer la paranoïa, des hallucinations et une dépendance psychologique. Cela dit, la longue durée de son transport et la perte de fraîcheur (et donc de puissance) qui en résulte réduisent considérablement le risque que le khât disponible au pays suscite une dépendance.
C’est dans les communautés somaliennes, yéménites, éthiopiennes et kényanes que la mastication du khât est la plus répandue. Ces communautés sont concentrées en Ontario et au Québec, mais un certain nombre d’entre elles habitent l’Alberta et la Colombie-Britannique. Dans ces milieux, le khât est traditionnellement consommé à l’occasion de rituels, d’événements spéciaux et de rencontres sociales. Les effets d’une dose moyenne de khât frais (de 100 g à 200 g) durent habituellement jusqu’à quatre heures.
En 2008, le Kenya et l’Éthiopie sont demeurés les principaux pays sources de khât. Cette drogue, rarement importée directement du pays source, est généralement introduite au Canada à bord d’avions de ligne en provenance d’États européens servant de pays de transit. Le Royaume-Uni, où le khât n’a pas le statut de substance réglementée, est demeuré en 2008 le principal pays de transit pour les cargaisons destinées au Canada. Parmi les autres pays de transit figurent les Pays-Bas, les États-Unis, l’Allemagne, la Belgique et, dans une moindre mesure, la France, la Suisse, l’Afghanistan, l’Italie, Hong Kong, la Chine et l’Inde.
Selon Santé Canada, environ 23 t de khât ont été saisies par les organismes canadiens d’application de la loi en 2008, soit cinq tonnes de moins qu’en 2007. Moins de 10 % des saisies de khât réalisées en 2008 impliquaient des voyageurs aériens. Le plus souvent, le transport de la drogue s’est fait par voie postale et aérienne, grâce à des services de messagerie et de fret aérien. De fait, la plupart des saisies de khât séché effectuées au pays l’ont été aux centres de traitement du courrier international de Toronto et de Montréal.
Suivant une tendance apparue en 2007, on note une augmentation du nombre de saisies réalisées dans les Prairies, en particulier en Alberta, où la quantité de khât saisie en 2008 représentait une augmentation de plus de 250 % par rapport à 2007 (de 57 kg à plus de 200 kg).
Une forme inédite de khât, qui a fait son apparition dans les bars d’Israël sous le nom de « hagigat », constitue une nouvelle tendance d’intérêt pour la communauté chargée de l’application de la loi. Le terme « hagigat », jeu de mot formé des mots hébreux hagiga, qui signifie « fête », et gat, qui veut dire « khât », désigne une pilule de poudre obtenue à partir des feuilles de khât et contenant environ 200 mg de cathinone. Le hagigat est vendu comme un stimulant naturel. Malgré sa popularité en Israël, rien n’indique que le hagigat a fait son entrée au Canada.
Par les années passées, des groupes du crime organisé ayant des liens avec des communautés d’Afrique orientale et du Moyen-Orient, aussi bien au pays qu’à l’étranger, avaient été identifiées comme responsables du marché illicite du khât. En 2007, une enquête menée conjointement par la GRC, l’ASFC et le Service de police d’Ottawa a mené au démantèlement d’une organisation criminelle impliquée dans l’importation de khât. En 2008, cependant, aucun réseau criminel de ce genre n’a été identifié; il semble plutôt qu’exportateurs, importateurs, passeurs et revendeurs aient agi dans le cadre de réseaux faiblement organisés.
Les contrebandiers continuent de recruter des passeurs pour introduire du khât au Canada, ce qui évite à ceux-là d’être arrêtés et expose ceux-ci au risque de poursuites judiciaires. Les individus recrutés sont appâtés par les récompenses que les contrebandiers sont prêts à leur accorder une fois le khât livré à bon port, par exemple l’hébergement à l’hôtel et une rétribution en argent.
En février, l’arrivée à l’aéroport international d’Edmonton d’une cargaison aérienne ayant transité par l’aéroport Heathrow de Londres a éveillé les soupçons des agents de l’ASFC. Une enquête à ce sujet a mené à la saisie de 135 kg de khât par le service de police d’Edmonton. Deux hommes ont été accusés d’importation d’une substance réglementée et possession d’une telle substance en vue d’en faire le trafic.